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L’Américain Ashton Carter chez le Kurde Massoud Barzani

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Les affrontements armés des combattants kurdes irakiens (peshmergas) avec les jihadistes du groupe État islamique (EI) leur ont coûté très cher en termes de pertes humaines. Les Américains sont bien placés pour le savoir. D'ailleurs, ils les ont intégré à leur dispositif de lutte contre le groupe jihadiste sunnite.

Après sa visite en Israël, en Jordanie et en Arabie saoudite, le ministre américain de la défense s’est rendu en Irak. Une visite surprise. La reprise en main d’Al-Anbar et de son chef-lieu Ramadi des mains des combattants du groupe jihadiste État islamique (EI) était au cœur de ses rencontres avec les autorités irakiennes. Le lendemain de cette visite, il a, le 24 juillet, atterri à Irbil, au nord du pays, pour rencontrer le dirigeant kurde Massoud Barzani et des militaires américains stationnés dans la région.

Ashton Carter fait l’éloge des peshmergas

Lors de son entretien avec le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Ashton Carter a salué le combat des peshmergas contre l'EI ainsi que leurs succès militaires sur le terrain. Mais, à plusieurs occasions, l'appui aérien de la coalition internationale s'est révélé déterminant dans la victoire des combattants kurdes. Cette coopération ne leur a pas épargné la perte de plus de 1200 des leurs que l'EI a tués (AFP, 24 juillet, 2015). Le ministre américain a également réaffirmé à son interlocuteur l’engagement de son pays pour une défaite durable de ce groupe jihadiste. Il lui a aussi assuré le souhait de son pays de continuer leur collaboration: "Nous sommes impatients de poursuivre notre partenariat".

Washington compte sur l’apport des peshmergas à sa stratégie de lutte contre l’EI et de reprise de Mossoul. Pour rappel, cette deuxième ville d’Irak est tombée entre les mains des jihadistes sunnites en juin 2014.

Après ses entretiens avec le chef kurde, le ministre américain a rencontré à Irbil des militaires de la coalition internationale. Il a fait, là aussi, devant eux, l’éloge des peshmergas. Il leur a dit que les combattants kurdes "sont le modèle de ce que nous essayons de faire" aujourd’hui en Irak et à terme en Syrie. M. Carter a également parlé aux soldats de ce qu’il attendait d’une armée irakienne formée avec les soins américains: être "capable" de "gagner sur le terrain", "tenir" (les zones reprises à l’EI) et "permettre une vie décente" aux populations locales (Associated Press, 24 July 2015). Cette approche de la lutte contre le groupe jihadiste s’inscrit dans le fil droit des quatre leçons de la stratégie anti-insurrection apprises des guerres d’Irak et d’Afghanistan: forme, nettoyer, tenir et construire.

Selon un communiqué publié sur le site du Pentagone, Ashton Carter a aussi porté à l'attention du kurde Barzani que c’est à travers le gouvernement central de Bagdad que son pays continuerait à faire transiter de l’aide militaire vers le Kurdistan: "Les États-Unis continueront à travailler au côté, avec et à travers le gouvernement d’Irak pour venir en aide aux forces kurdes dans le combat contre l’EI". Autrement dit: les Américains n’ont pas l’intention de court-circuiter le pouvoir central à ce chapitre. Un message qui a dû conforter la position de M. Abadi. N'oublions pas que le pouvoir chiite central est aux prises avec des dirigeants kurdes qui avaient mis à profit la guerre contre l’EI pour faire main basse sur des zones qui leur échappaient jusque-là, dont Kirkuk, la ville clé des champs pétrolifères du nord de l’Irak, et donc agrandir le territoire contrôlé par eux.

Passer par Bagdad pour faire transiter des armes aux peshmergas va à l’encontre des demandes formulées par certains membres du Congrès américain. Cela permet aussi au gouvernement Obama d'éviter d’entériner une division de facto de l’Irak en trois entités distinctes, sur des bases ethniques et confessionnelles. Une situation que l’EI a mise à profit pour prendre de l’expansion.

***

Le ministre américain de la défense a effectué une tournée de cinq jours au Moyen-Orient. Irbil était sa dernière étape. L’occasion pour lui de rassurer les Kurdes sur la détermination de Washington à infliger une cinglante défaite à leur ennemi commun. Mais, avec le concours des Irakiens.

28 juillet 2015



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État islamique
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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