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Ashton Carter à Bagdad pour discuter de la lutte contre le groupe État islamique

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le groupe combattant État islamique (EI) est une menace pour l'intérêt américain au Moyen-Orient. Il représente également une menace pour l'existence même du pouvoir chiite à Bagdad. Les deux parties en sont conscientes. D'où leur analyse commune de la situation.

Le ministre américain de la défense s’est rendu au Moyen-Orient. Ashton B. Carter a, à cette occasion, tenté de rassurer des alliés israéliens, jordaniens et saoudiens sceptiques à propos de l’accord sur le programme nucléaire iranien. Sa tournée dans la région l’a également mené en Irak.

Reprise de Ramadi, au cœur de la visite d’Ashton Carter

C’est la première fois que M. Carter se rend en Irak à titre de ministre de la défense.

Cette visite survient à un moment critique pour le pays. L'EI a, depuis juin 2014, infligé au gouvernement central plusieurs revers. La capitale et ses environs ont été, par exemple la semaine dernière, le théâtre de plusieurs attaques terroristes qui ont fait des dizaines de victimes. Ramadi est tombée en mai entre les mains de l’EI. Cette ville sunnite de 400 000 habitants est la capitale de la province d’Al-Anbar. Le 13 juillet, le gouvernement central a lancé une offensive pour reprendre le contrôle de cette province stratégique située dans l'Ouest du pays, aux frontières syrienne, saoudienne et jordanienne.

En attendant le début de l’assaut contre Ramadi, une autre opération cible la ville de Fallouja, située elle aussi dans la même province et qui avait donné des sueurs froides aux Marines à l'époque de l'ancien président américain George W. Bush. Cette mission est conduite principalement par les miliciens du Hachd chaabi (Mobilisation populaire). Ces milices sont chiites. Elles sont encadrées par des Pasdarans iraniens. Ils ont commis plusieurs exactions contre les Arabes sunnites irakiens, entre autres, à Tikrit, berceau de l’ancien président Saddam Hussein. Ce faisant, ces sectaires contribuent aux tensions confessionnelles dans ce pays et poussent plusieurs de leurs victimes dans les bras des jihadistes sunnites. Les forces de la coalition internationale apportent leur appui aérien aux opérations des forces terrestres irakiennes et des miliciens chiites contre l'EI.

L’ÉI menace ces jours-ci, de nouveau, la région-clé de Dyala.

Lors de sa visite surprise effectuée le jeudi 23 juillet, Ashton Carter a rencontré le premier ministre Haidar Al-Abadi, son ministre de la défense Khaled Al-Obaidi, le chef du contre-terrorisme, le président du parlement fédéral, Salim al-Joubouri, et des militaires américains.

Si le ministre Carter s’est rendu en Irak, c’est pour aborder la question des efforts des pays de la coalition internationale en vue de défaire le groupe jihadiste. Il est d'ailleurs arrivé à Bagdad au moment où les militaires irakiens et leurs homologues américains finalisaient le plan de reprise de Ramadi des mains de l’EI.

Sur l’agenda du ministre américain figuraient aussi des rencontres avec une délégation de tribus arabes sunnites d’Al-Anbar. Il a cherché à les convaincre de rejoindre les forces qui luttent contre l’EI pour les aider à reprendre le contrôle de cette province. Mais, si lui aimerait voir le pouvoir central chiite leur faire de la place au sein de cette force et de l’armée nationale en général, Bagdad s’appuie quant à elle, entre autres, sur des milices chiites très hostiles aux Arabes sunnites. Les élites chiites au pouvoir à Bagdad demeurent, d’un autre côté, aveuglées par leur soif de revanche et la minorité arabe sunnite en paye le prix en termes d’exclusion du partage du pouvoir politique et de la rente pétrolière. On n'a pas besoin d'être un fin observateur pour constater que cette hostilité confessionnelle a fait le lit de la fulgurante ascension de l’EI et lui a permis de s'étendre en peu de temps. Mettant à mal l'existence de l'Irak à l’intérieur de ses frontières actuelles.

Le ministre Carter a également rencontré des militaires américains. Il leur a annoncé que le l’EI sera défait, avec leur concours. Rappelons-nous qu’après la chute de Ramadi, les 500 soldats et conseillers militaires déployés en Irak par Barak Obama se sont ajoutés aux 3000 soldats qui étaient déjà sur place. Ils ont été stationnés sur la base irakienne de Taqadoum (Progrès), à l’est du chef-lieu d'Al-Anbar. La mission de ces conseillers n’est pas de combattre directement l’EI, mais plutôt d’entraîner l’armée irakienne et de l’assister dans l’accomplissement de ses missions et d’essayer, en prime, de maintenir ouvert le canal de communication avec les tribus sunnites dans cette partie du pays.

***

Pour Washington, chasser l'EI de la province d’Al-Anbar et de son chef-lieu et leur conservation entre les mains du pouvoir de Bagdad est un objectif stratégique de la plus haute importance. Mais, elle sait qu'une telle chose ne peut se produire sans l'engagement et l'appui du peuple irakien dans son ensemble. Mais, comment y parvenir alors que le pouvoir arabe chiite continue d'instrumentaliser le sectarisme pour empêcher l'intégration institutionnelle de la minorité arabe sunnite et son accès au pouvoir et à la rente pétrolière?

28 juillet 2015



** Le ministre de la défense Carter s'entretient avec des militaires de la coalition internationale contre l'EI. Crédit de l'image: le compte Twitter du Pentagone.


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État islamique
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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