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Égypte: Abdel Fattah El-Sissi veut une justice de talion

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le président égyptien Sissi ne dévie pas d'un iota de sa politique d'éradication des Frères musulmans d'Égypte. L'assassinat du procureur général Barakat n'a fait que le rendre encore plus intraitable avec l'opposition islamiste en particulier. Peu importe pour lui le prix que pourraient payer les Égyptiens pour cette politique du tout-répressif qui a plus l'air d'une fuite en avant que d'autre chose.

Près de deux ans après le coup d’état du 3 juillet, le tout-sécuritaire du régime d’Abdel Fattah El-Sissi s’est montré incapable de contenir la violence politique en Égypte. Après s’être jusqu’ici attaqué à des soldats ou à des policiers, principalement dans la péninsule du Sinaï, le terrorisme a, le 29 juin, touché le cœur du régime autoritaire. Le poussant vers plus d’intransigeance face aux membres de la confrérie des Frères musulmans.

Le président Sissi veut une nouvelle législation au service du tout-répressif

Après l’attentat à la voiture piégée qui a, le lundi 29 juin, coûté la vie à Hicham Barakat, procureur général et élément clé de la politique d’éradication des Frères musulmans d’Égypte, Le Caire a aussitôt accusé les Frères musulmans d’en être les responsables. Cette accusation n’a pas empêché les autorités de rechercher l'administrateur d'une page Facebook, ''Résistance populaire à Gizeh'', qui avait revendiqué le meurtre du magistrat égyptien, avant de se rétracter et de nier sur Twitter tout lien avec ce qui s'était passé. La ''Province du Sinaï'', la filiale égyptienne du groupe combattant État islamique (EI), est également dans le collimateur des autorités.

Le président Sissi a assisté aux funérailles militaires de M. Barakat à la mosquée du maréchal Tantaoui, au Caire. Plusieurs dignitaires de son régime, des personnalités publiques ainsi que des proches parents de la victime étaient également présents.

À la sortie de la mosquée, M. Sissi s’est laissé emporter. Il s’est plaint  à un groupe de juges d’une loi qui, à l’en croire, ''entrave la main de la justice'' et leur a promis de muscler la législation au nom de la ''lutte contre le terrorisme''. Il a promis à la famille de la victime: ''Nous n’allons pas attendre. Nous allons amender la législation pour nous permettre de rendre justice rapidement''. Pour mieux se faire comprendre des Égyptiens qui regardaient en direct les scènes transmises par la télévision et partagées sur le réseau social de partage des vidéos YouTube, il a déclaré: ''Nous n’allons pas attendre 5 ans, 10 ans pour juger les gens qui nous tuent.'' Il a ajouté: ''S’il y a une condamnation à mort, elle sera mise à exécution''.

Marwa, la fille de M. Barakat, devait être satisfaite d’entendre M. Sissi tenir ces propos, elle qui lui avait demandé de venger son père. Rapidement! Autre motif de satisfaction pour elle: le président égyptien a autorisé le gouvernement à débaptiser l’emblématique place Rabea Adaouiya pour qu’elle porte désormais le nom de la victime. Pour apprécier la portée symbolique de ce geste, rappelons-nous que c’est là où manifestaient il y a deux ans ses adversaires.

Comme l’a indiqué, le 1er juillet, l'agence officielle MENA, une nouvelle loi de lutte contre le terrorisme a été adoptée par le conseil des ministres (on y reviendra dans une prochaine chronique), conformément à la demande du président égyptien. Le nouveau décret permet à la justice notamment d'accélérer les procédures d'appel et donc l'exécution des verdicts déjà prononcés contre des centaines de Frères musulmans lors de procès iniques. Pour apporter son eau au moulin de la machine à broyer des hommes, le ministre éradicateur de la justice Ahmed Al-Zind a pour sa part fait annuler les vacances d’été des juges pour clore rapidement tous les dossiers des détenus islamistes. Une décision qui devrait frustrer plus d’un au sein de la magistrature et les rendre plus ferme encore à leur endroit.

Une fois toutes les procédures judiciaires formelles complétées, le choix du moment d’exécution de dirigeants islamistes, dont l’ancien président Morsi et le guide général de la confrérie islamiste, M. Badie, tous deux condamnés à la peine capitale, sera laissé à l’appréciation d'un Sissi qui ne demande que cela. Il serait étonnant que cela survienne en plein Ramadan ou le jour de fête de la fin du mois sacré de jeûne. Si ces exécutions devaient avoir lieu, le risque serait alors de voir l'appareil des Frères musulmans basculer entre les mains du courant qotbiste. Un facteur supplémentaire de l'aggravation de l'insécurité au sein du pays. Un groupe combattant comme l’EI ne manquera pas d'en profiter pour élargir son territoire d'action. Mais, c'est de bonne guerre...

***

La politique d’éradication des islamistes prônée par le président Sissi a coûté au pays plus de 1400 morts. Avec les nouvelles mesures répressives prises par son régime, la situation sécuritaire de l'Égypte devrait s’empirer davantage. Faute de projet politique, cette orientation a plus l'air d'une fuite en avant qu'autre chose et pourrait pousser le pays au bord du précipice de la guerre civile. Du pain béni pour différents groupes radicaux au pays et dans la région.

3 juillet 2015



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Il y a actuellement 1 réaction.

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Pas de laxisme
par juan carlos Güemes davalos candida Saravia le 4 juillet 2015

on ne peut pas etre laxiste avec des ssassins, comme les freres musulmans!

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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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