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Arabie saoudite: Pas de coup de fouet pour le blogueur Raïf Badawi

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

L’affaire Raïf Badawi est dommageable pour l'image de l'Arabie saoudite dans l'opinion publique internationale. Riyad ne peut la balayer sous le tapis ou faire comme si de rien n'était. Il est dans son propre intérêt de lui trouver assez rapidement une issue ''humaine''.

Raïf Badawi administrait "Free Saudi Liberals". Un site web qui s’est fait connaître sur la Toile pour sa liberté de ton et sa critique de plusieurs aspects de la société et du pouvoir saoudiens. Les autorités ont fini par fermer le site. Sous la pression des conservateurs, dont nombre de prêcheurs influents, les autorités ont arrêté le jeune blogueur en 2012. Suite à un procès bâclé et injuste, il a été condamné, en novembre 2014, à passer 10 ans de sa vie en détention, à être privé, à sa sortie de prison, des droits de voyager et d’écriture pendant une période de 10 ans, à recevoir 1000 coups de fouet à raison de 50 par semaine et à payer une amende de 266 000 dollars américains (330 000 $ CAN). Le 7 juin, la Cour suprême a confirmé ce jugement.

Nouveau report de la flagellation du blogueur saoudien Badawi

Ce verdict a choqué plusieurs à travers le monde, y compris au Canada. La mobilisation s’est alors organisée un peu partout pour demander la libération du journaliste. L’occasion aussi pour les défenseurs des droits humains de pointer du doigt le caractère liberticide du régime autoritaire saoudien. Plongeant dans l’embarras Riyad et la mettant un peu plus sur la défensive.

Ensaf Haïdar était morte d’inquiétude pour son mari, Raïf Badawi. Il était prévu que son bourreau lui inflige 50 coups de fouet juste après la fin de la prière de l’après-midi de ce vendredi 12 juin devant le public.

Quel était son soulagement en apprenant la nouvelle du report de sa flagellation, encore une fois! Même réaction chez tous les sympathisants de la cause de son mari, notamment parmi les membres d’Amnistie internationale qui l’ont adopté comme prisonnier d’opinion et se sont fortement mobilisés et ont multiplié les formes de soutien un peu partout à travers le monde pour, espèrent-ils, amener le gouvernement saoudien à le libérer.

Plusieurs organisations internationales et gouvernements occidentaux ont exercé de fortes pressions sur Riyad dans le même sens sympathique à la cause du blogueur. C’est ce qui peut expliquer la décision de lui épargner encore une fois le traitement inhumain et dégradant de flagellation et qui va à l’encontre de plusieurs engagements au niveau international de l’État saoudien dans le domaine des droits humains.

La Belle-Province ouvre les bras à Raïf Badawi

Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, à la nouvelle en provenance de Riyad de report de la flagellation du blogueur s’est ajoutée le même jour, à quelques heures d’intervalle, une autre, en provenance cette fois de la Capitale-Nationale de la Belle-Province.

La ministre de l’immigration Kathleen Weil a tenu à 9 heures une conférence de presse à l’Édifice Pamphile-Le May, à l’Assemblée nationale. Elle était accompagnée de sa collègue Christine St-Pierre, ministre des Relations internationales et de la Francophonie, du député de Sherbrooke Luc Fortin et de trois représentants des partis de l’opposition: les péquistes Maka Kotto et Agnès Maltais et la caquiste Sylvie Roy.

À cette occasion, la ministre libérale a fait une annonce d’importance. Son gouvernement a accordé au blogueur saoudien un Certificat de sélection du Québec (CSQ) pour des ''raisons humanitaires''. Faisant de lui un citoyen néo-québécois. Ce certificat lui permettra d'accélérer les procédures d'immigration s'il est libéré.

La présence à cette occasion de représentants du gouvernement et de deux partis de l’opposition, assis côte à côte, à la même table, est un signe fort du consensus à l’Assemblée nationale et donc au Québec sur la cause de Raïf Badawi. Tous veulent donc la même chose de Riyad: qu’elle le libère de manière inconditionnelle et qu’elle l’autorise à quitter  l’Arabie saoudite pour pouvoir regagner le Canada où sa femme et ses trois enfants ont trouvé refuge.

Ottawa a vu d’un bon œil le geste de Québec.

En faisant de Raïf Badawi un néo-québécois, le gouvernement Couillard a envoyé la balle dans le camp de son homologue fédéral. Celui-ci peut accorder au Saoudien la résidence permanente. Se donnant ainsi d'avantage de marge de manœuvre dans une éventuelle négociation de la libération de M. Badawi avec Riyad.

***

Le Canada et l’Arabie saoudite sont des alliés de longue date. En plus de leurs liens d’affaires, ils font partie de plusieurs alliances internationales. Ils sont membres tous les deux de la coalition internationale contre le groupe combattant État islamique. Ottawa pourrait mettre à profit ces liens privilégiés pour explorer différentes voies, si ce n’est déjà fait, en vue de la libération de M. Badawi. En plus de sa diplomatie chevronnée, elle pourrait se servir, entre autres, de réseaux comme la communauté des affaires, ou frapper à la porte des Al Saoud. Qui sait, peut-être trouvera-t-elle là une oreille assez attentive à sa requête. Mais, dans tous les cas de figure, la discrétion est de mise si on veut avoir du succès au bout du compte. C'est le moyen le plus approprié pour négocier avec Riyad les conditions de libération de Raïf Badawi et espérer obtenir d'elle  l'autorisation de sa sortie du territoire saoudien. C'est dans ce contexte que le roi Salman pourrait, sans perdre la face chez lui, être incité à gracier le blogueur et à lui rendre sa liberté de mouvement.

12 juin 2015



** De gauche à droite: Sylvie Roy, Maka Kotto, Kathleen Weil, Christine St-Pierre, Luc Fortin et Agnès Maltais. Le crédit de l'image: la site web de l'Assemblée nationale.


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Il y a actuellement 1 réaction.

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Quel gachis planétaire
par Maurice Paquin le 3 juillet 2015

Merci au site Tolerance 0 pour sa prise de position légitime

pour la défense des droits de Raïf Badawi. Vos articles sont

percutants et rassembleurs. Continuez votre beau défi qui

nécessite énormément de travail et de temps afin de réaliser

les objectifs de votre mission.

 

Bravo et félicitations à toi Victor le directeur responsable

des activités au sein de Tolérance ).

Maurice Paquin

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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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