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Le rire contre les préjugés

Et si l’humour était l’arme fatale pour lutter contre les préjugés et l’intolérance ? L’idée paraît réaliste si l’on se fie à la réussite de certains humoristes qui ont fait de cette mission un combat personnel et ont réussi là où d’autres personnalités publiques ont échoué.

C’est peu dire que durant ces dernières années, l’humour dit engagé n’a pas eu le vent en poupe dans certains milieux.  Le fameux "On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui" de l’excellent Pierre Desproges résonne si fort aujourd’hui ! Souvent cinglant et anticonformiste, cet humour est accusé de tous les maux : racisme, islamophobie, antisémitisme, xénophobie etc. Cette sensibilité, qui s’est parfois muée en véritable paranoïa, s’est avérée dangereuse voire mortelle. Les attentats de Charlie Hebdo et les attaques suite aux caricatures danoises ont démontré à quel point les détracteurs de cet humour ne veulent pas rire. Entre le rire et la mort, il n’y a qu’un pas ! Les retombées sont catastrophiques. La censure et l’autocensure font actuellement rage dans plusieurs rédactions occidentales et les témoignages ne tarissent pas pour le prouver. Quoi qu’il en soit, ce genre d’humour a largement été commenté, décrypté et analysé. La retentissante affaire Dieudonné, qui s’est parfois transformée en une catharsis collective,  a eu, au moins,  le mérite de nourrir ce débat douloureux, houleux mais essentiel autour des limites de l’humour. Ce même débat se poursuit toujours et divise.

La légèreté au rendez-vous 

Cependant, l’humour dont on parle ici est plus fédérateur, moins controversé, accessible, ciblant les clichés et faisant la vie dure aux idées reçues nourries à l’encontre de certaines cultures, certaines communautés. Son point fort ? Un langage simple et des personnages populaires. Prenons l’exemple de cet humoriste américain d’origine égyptienne, Ahmed Ahmed qui a fait de ses stand up le cadre idéal pour s’attaquer aux idées préconçues ancrées dans la culture américaine notamment dans les milieux ultra conservateurs où l’on confond, trop souvent, musulman et terroriste. Cet humoriste, amateur de petites salles, a affirmé que ses spectacles sont souvent suivis de débats où les gens discutent de sujets qui d’habitude fâchent. Jouer sur les représentations identitaires, les décalages culturels et se moquer des stéréotypes comme l’ont fait également Fellag, Gad El Maleh, Jamel Debbouze, Rachid Badouri, est aussi efficace qu’utile. Loin de banaliser les préjugés ou de dénigrer l’autre, cet humour atteint également les jeunes et les appelle à réfléchir sans dédramatiser certaines réalités.

La méthode me semble, en tout cas, perspicace et plus efficace que certains discours faussement anxiolytiques, politiquement corrects et barbants racontant les méfaits des préjugés et faisant l’éloge de la tolérance sans jamais prendre le risque de mettre le doigt sur les origines du mal. Pourquoi ? Eh bien, pour ne pas froisser certains ! Oui, mais comment réparer sans comprendre, sans heurter les consciences et sans bousculer les esprits embourbés dans ces raisonnements dépourvus de nuances? Car, avant de s’attaquer au problème, il serait judicieux de comprendre son origine. Quelles sont donc les origines des préjugés ?  Certaines études ayant porté sur le thème de la naissance des préjugés ont indiqué que face à la surchauffe cognitive et l’imposant flux d’informations, le cerveau a tendance à généraliser. Cette généralisation peut s’avérer erronée voire dangereuse. Elle prend la forme de stéréotypes et de préjugés. Ces derniers ont, d’ailleurs, tendance à s’auto-entretenir. Ainsi, une personne « atteinte »  focalisera sur certains traits de caractères qui seraient associés à telle communauté et à en faire une règle générale. Aussi, les médias, le cinéma, la famille, les amis, les politiciens ou personnalités publiques et le système d’éducation – rien que ça!- ont leur part de responsabilité dans ce système où le laisser-faire est parfois la règle.

Etre réaliste

La recette de l’humour pour combattre ces fléaux paraît intéressante et réaliste. Réaliste car on ne peut, hélas, pas demander à ces personnes « atteintes », de lire pour s’instruire, de se documenter pour comprendre les histoires des peuples et des pays, de regarder au-delà de leurs cultures et traditions, de découvrir des œuvres artistiques qui leur sont inconnues, d’échanger avec des individus différents au lieu de les regarder bizarrement, d’être critiques vis-à-vis des politiques de leurs pays, d’essayer de se forger leur propre pensée et de fuir la propagande de certains médias manipulateurs et partisans. On ne peut, hélas, pas demander tout cela, ni obliger les gens à le faire. Ce qui reste, cependant, réaliste est de confronter la personne à sa propre ignorance. L’autodérision est une arme incroyable pour déconstruire certains comportements, envoyer certains raisonnements au cimentière des idées et aboutir à une véritable prise de conscience. Cela me rappelle l’expérience de l’homme qui drague crûment une femme dans la rue et se rend compte que c’était sa mère. La réaction a été sans appel et l’on se demande si ce « dragueur » s’est converti au respect de la femme.

L’intérêt de combattre ces préjugés est  d’assainir les relations entre individus puisque les idées reçues véhiculent méfiance, intolérance et repli sur soi. Cependant, le but n’est pas de museler la critique. Bien au contraire, il faut préserver le sens critique fondé sur des faits fiables, des comportements avérés et des données crédibles …mais sans généraliser. Il serait d’ailleurs salutaire de trouver un moyen de critiquer sans se faire traiter de raciste ou de xénophobe car cette hyper-sensibilité et ces tabous –portant notamment sur les questions religieuses- sont , entre autres, responsables de l’émergence de certains discours bêtes et méchants dans les débats publics. La rectitude politique associée à certains thèmes propulsés au rang de sujets « sensibles » et « délicats » peut s’avérer aussi néfaste que les préjugés car elle aplatit la réflexion et écrase la critique constructive.

10 juin 2015



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Chronique
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La Chronique de Sana
par Sana Bouagila Abdelkéfi, Québec

Sana Bouagila Abdelkefi, journaliste, Québec.

Sana est journaliste de passion et juriste de formation.  Parallèlement à des études en Droit, elle entame une carrière de journaliste dans la presse écrite et la radio. Elle collabore avec plusieurs organismes de communication...
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