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L’Arabie saoudite maintient la condamnation du blogueur Raïf Badawi

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Pour un pays comme l'Arabie saoudite jaloux de son image sur la scène internationale, l'incarcération du blogueur Raïf Badawi est très mauvaise en termes de relations publiques. Sa cause ne cesse chaque jour de gagner de nouveaux soutiens un peu partout à travers le monde. Si le maintien par la Cour suprême de sa condamnation ravit, d'un côté, les milieux conservateurs dans son pays, cette décision place de l'autre les Al Saoud sur la défensive à l'étranger.

Raïf Badawi est un blogueur saoudien âgé de 31 ans. C’est un père de trois jeunes enfants, dont un garçon. Il a créé et co-administré (avec Souad Al-Shammari) "Free Saudi Liberals", un site web dédié au débat libre et ouvert des questions de société et de pouvoir et à la promotion des idées libérales et modernes dans son pays. Un choix culturel qui a déplu à plusieurs conservateurs saoudiens. Pour ne pas se faire doubler dans ce champ miné à sa droite par les milieux ultra-conservateurs, le pouvoir religieux a mis la pression sur Riyad pour faire payer à l'intellectuel son entreprise. Il a finalement eu gain de cause car il ne pouvait en être autrement dans ce contexte.

La Cour suprême maintient la sentence de Raïf Badawi

Les autorités l’ont donc arrêté en juin 2012.

À la suite d’un long processus judiciaire bâclé, inéquitable et entaché de nombreuses irrégularités, le Saoudien a été condamné en novembre 2014. Il a écopé de 10 ans de prison ferme, 1000 coups de fouet à raison de 50 par semaine, une amende de 266 000 dollars américains et une interdiction de voyage et d’écriture de dix ans à l’expiration de sa peine de prison. Cette condamnation a suscité, à travers le monde, un large mouvement de solidarité avec le blogueur et des critiques de plus en plus acerbes de son pays. Les premiers 50 coups de fouet infligés, le vendredi 9 janvier 2015, à M. Badawi n’ont fait qu’aggraver les choses pour l’image de l’Arabie saoudite. Ce qui a mis cette dernière dans une position inconfortable sur la scène internationale, elle qui aspirait à présider aux destinées du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU…

Amnistie internationale Canada n’a ménagé aucun effort pour venir en aide à son prisonnier d’opinion et à sa femme. Grâce à son large réseau au pays et à travers le monde, Ensaf Haïdar a pu multiplier les initiatives et les démarches de sensibilisation à la cause de son mari auprès de l’opinion publique et de nombreux gouvernements, au Canada et à l’étranger. Toujours dans ce cadre, elle a récemment fait une tournée réussie en Europe.

Ces efforts de lobbying ont rendu possible plusieurs succès en termes d’image et de relations publiques à la faveur du blogueur. Ils ont été couronnés, entre autres, par l’obtention de plusieurs prix prestigieux. Mais, d’un autre côté, ils ont mis dans l’embarras Riyad. Celle-ci n’a d’ailleurs pas hésité à faire part de son mécontentement de cette campagne. Le gouvernement du Québec en sait quelque chose…

Ensaf Haïdar et les sympathisants de la cause de son mari ont cru (ou voulu croire) que le moratoire aux flagellations de M. Badawi maintenu depuis le 9 janvier était un signe de bonne volonté de la part de Riyad. Ils espéraient aussi que le mouvement de solidarité internationale amène les autorités saoudiennes à revoir leur copie et ultimement à annuler la sentence du blogueur. Mais, ils avaient prêché par excès d’optimisme.

Sur demande du roi Abdallah, décédé depuis, la Cour suprême devait se prononcer sur le cas de M. Badawi. C’est chose faite ce dimanche 7 juin. Cette haute juridiction a confirmé la condamnation du mois de novembre dernier. Le blogueur devra donc passer 10 ans en prison, recevoir 950 coups de fouet à raison de 50 par semaine, payer une amende de 266 000 dollars américains et être interdit de voyage et d’écriture de dix ans à l’expiration de sa peine de prison.

***

Maintenant que la décision de la Cour suprême de l'Arabie saoudite est tombée, les sympathisants de la cause de Raïf Badawi sont fixés sur son sort. À court terme, à moins d’un changement de dernière minute, pour une raison ou une autre, il devra être fouetté 50 fois le vendredi prochain sur la place publique, à la sortie de la prière hebdomadaire. Mais, à moyen terme, ce n’est pas perdu pour autant pour ses sympathisants. Le roi Salman peut à tout moment le gracier. Avec Ramadan, un mois sacré pour les musulmans pieux, qui s’approche à grands pas, une fenêtre d’opportunité s’ouvre. Le souverain saoudien pourrait saisir la fête de l’Aïd Al-Fitr qui clôt le mois sacré du jeûne pour faire acte de clémence. Permettant à son pays de clore ce dossier embarrassant sur la scène internationale. Comme la femme et les enfants de M. Badawi vivent au Canada, le premier ministre Harper pourrait de son côté intervenir directement auprès de l’allié saoudien dans la guerre contre le groupe combattant État islamique pour l’inciter à le faire. D'ailleurs, le premier ministre Philippe Couillard a déclaré que le Québec était prêt à accueillir le blogueur et lui permettre de vivre auprès de sa famille.

7 juin 2015



* Le blogueur Raïf Badawi. Le crédit de l'image: la page Facebook de sa femme, Ensaf Haïdar.


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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