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Le Vatican reconnaît l’État de Palestine

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le processus de paix israélo-palestinien est en état de mort clinique depuis plusieurs années. Pour essayer de lui redonner vie, de plus en plus de pays franchissent le Rubican et reconnaissent l’État de Palestine. Cette fois, c'était au tour du Vatican de le faire. Fragilisant à ce niveau un peu plus la position d'Israël sur la scène internationale.

Cela fait 15 ans que le Vatican négociait avec l’Autorité palestinienne (AP) un accord sur les droits de l’Église catholique en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza. Ce traité concerne son statut juridique, ses droits, sa liberté d’action ainsi que des questions de fiscalité, de propriété foncière, de culture et de diplomatie. Cet accord protège l’activité de l’Église catholique et les libertés religieuse et de conscience dans ce territoire. Pour apprécier l’importance de cet accomplissement pour le Saint-Siège, rappelons-nous que ses négociations depuis 1999 avec l’État hébreu d’un accord sur les droits juridiques et patrimoniaux de l’Église catholique en Israël ont à ce jour échoué. Ces deux États entretiennent des relations diplomatiques depuis 1993.

Un accord avec "l’État de Palestine" décevant pour Israël

Les Palestiniens catholiques, qui représentent près de la moitié des Chrétiens parmi leurs compatriotes, ont dû se réjouir doublement de la conclusion de cet accord historique. D’abord, parce qu’il a été conclu avec le Vatican. Ensuite, pour sa teneur diplomatique et hautement symbolique pour leur nation.

Ce traité a été signé le 12 mai.

Selon les termes de cet accord, on apprend que le Vatican a traité avec l’"État de Palestine" et non pas avec l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP). Ce glissement de langage équivaut une reconnaissance diplomatique en bonne et due forme de cet État.

Si ce n’est pas la première fois qu’il arrive au Saint-Siège d’utiliser le terme "État de Palestine", puisqu’il l’avait fait la première fois en février 2013, dans le sillage du vote de l’ONU en faveur de l’admission en novembre 2012 de la Palestine comme État observateur, cette fois il s’agit du premier document légal signé entre le Vatican et l’État de Palestine, ce qui représente une reconnaissance diplomatique officielle de ce dernier et un gain appréciable pour le peuple palestinien.

Cet accord traduit le souhait du chef de l’Église catholique de voir les Palestiniens enfin accéder à la souveraineté nationale et vivre en paix et en sécurité côte à côte avec Israël. D’ailleurs, le Pape François a, depuis son accession au Trône de  Saint-Pierre, multiplié les gestes symboliques allant dans ce sens. Il s’est, à titre d’exemple, lors de sa visite officielle en Terre sainte, en mai 2014, envolé directement d’Amman vers Bethlehem au lieu de faire comme d’habitude escale en Israël. On se rappelle également de sa prière pour la paix en juin de la même année dans les Jardins du Vatican avec le président israélien d’alors, Shimon Peres, et le président palestinien Mahmoud Abbas.

Si cette reconnaissance diplomatique a réjoui le peuple palestinien, elle a par contre instantanément provoqué la colère des Israéliens. Leur ministère des affaires étrangères a à ce propos exprimé sa "déception". Pour son porte-parole, cette "décision n’est pas propice à amener les Palestiniens à la table de négociation" (voir sa déclaration au site Times of Israël). Avant d’ajouter qu’elle "ne fait pas progresser le processus de paix et éloigne le leadership palestinien d'un retour aux négociations directes et bilatérales". Cette déclaration reprend mot pour mot la ligne de communication officielle exprimée ces derniers temps par les autorités israéliennes chaque fois qu’un nouveau pays ou une assemblée législative en Europe reconnaît l’État de Palestine. Mais, avec un processus de paix en état de mort clinique depuis plusieurs années et un Benyamin Netanyahou qui s’était engagé durant sa campagne électorale printanière à empêcher la création de tout État palestinien et à relancer la colonisation juive des territoires occupés, on est en droit de se demander de quel processus de paix parlent les dirigeants israéliens?

Le gouvernement israélien a également indiqué qu’il examinera l’accord avant de faire part de ses options.

Pape François à M. Abbas: "Vous êtes un ange de paix"

Pour signer ce traité diplomatique entre le Saint-Siège et l’État de Palestine, le président Mahmoud Abbas s’est, le 16 mai rendu au Vatican. Le lendemain, le Pape François a canonisé deux nouveaux saints. Il s’agit de deux religieuses palestiniennes, les sœurs Marie-Alphonsine Danil Ghattas (1843-1927) et Mariam Baouardy (1846-1878). La première fonda la Congrégation des sœurs du Saint-Rosaire de Jérusalem et la seconde, un couvent de carmélites à Bethléem. Cette double canonisation est une première pour leur peuple.

Le Pape François a reçu le président Abbas en audience privée pendant une vingtaine de minutes. L’occasion de le qualifier d’"ange de paix" (AFP, 16 mai)! Tout un appui à la stratégie de négociation, au leadership de Mahmoud Abbas et au peuple palestinien.

Les deux dirigeants ont, à cette occasion, abordé la question du processus de paix israélo-palestinien. Ils ont souhaité la reprise de négociations "directes entre les deux parties" pour parvenir enfin à une "solution juste et durable au conflit". Ils ont également discuté des conflits affectant le Moyen-Orient et insisté sur la nécessité de lutter contre le terrorisme et sur le dialogue inter-religieux.

***

Le Vatican a donc reconnu pour la première fois l’État de Palestine. Ce faisant, le leader de plus d’un milliard de personnes disséminées aux quatre coins du monde a mis son autorité morale et spirituelle au service de la souveraineté nationale du peuple palestinien et donc de la cause de la paix. Accentuant, à son tour, un peu plus, la pression diplomatique sur l’État hébreu pour l’amener à la table de véritables négociations en vue de trouver dans un délai raisonnable une "solution juste et durable (à son) conflit" avec la nation palestinienne. Mais, avec son nouveau gouvernement très idéologique et où siègent de nombreuses personnalités extrémistes, Israël serait-il prêt à écouter ce message ou au contraire se refugierait-il dans une posture défensive?

21 mai 2015



* Le Pape François et le président Abbas au Vatican. Crédit de l'image: la page Facebook du dirigeant palestinien.


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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