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Le triomphe d’Obama : une victoire pour la diversité

par
Ph.D., Université de Montréal, Directeur, Tolerance.ca®
La victoire d’Obama représente à tous les points de vue une évolution des mentalités américaines. Contrairement à ce que l’on avance cependant, Obama n’est pas le premier président noir américain. Au-delà de la couleur de sa peau, Obama est l’incarnation même de la diversité.

Né d’une mère blanche, élévé par ses grands-parents blancs, et plus particulièrement par sa grand-mère blanche, décédée quelques heures avant sa victoire, Obama est l’héritier du métissage américain. Autre croisement culturel, plus ou moins mis de l’avant durant la campagne, car objet de crainte pour l’électorat juif, est la religion musulmane du père kenyan d’Obama.


C’est cette diversité qui constitue également la base de la victoire d’Obama et qui lui a permis d’obtenir l’appui de plus de 96 % du vote noir, plus de 80 % du vote des hispanophones et de plus de 76 % du vote juif. Par ailleurs, et ceci est encore plus significatif, Obama a obtenu pour son parti le plus fort pourcentage du vote blanc depuis Lyndon Johnson.

Bien plus que la fameuse Rainbow Coalition de Jesse Jackson des années 1980, Obama a réussi à concilier tout le monde, comme l’a confirmé de manière manifeste son adversaire John McCain lorsqu’il a concédé la défaite et a demandé à ses partisans de se rallier au président élu américain.

On a pu remarquer que plusieurs personnes avaient les larmes aux yeux pendant qu’Obama prononçait son discours historique de la victoire et, parmi celles-ci, le révérend Jesse Jackson, lui-même candidat à la nomination présidentielle du Parti démocrate aux élections de 1984 et 1988.

En observant l’émotion de Jackson sur CNN, je n’ai pu m’empêcher de me rappeler les discours vitrioliques teintés de radicalisme de ce dernier, lors de ses campagnes à la course présidentielle des années 1980. Encore dernièrement, le 14 octobre 2008, le même Jackson annonçait au New York Post que, d’après lui, Obama promettait des changements fondamentaux dans la politique étrangère des Etats-Unis et que l’Amérique aurait l’occasion de «guérir les blessures qu’elle a infligées aux autres nations». Le changement le plus important aurait lieu au Proche-Orient, déclarait Jackson, où les Etats-Unis cesseraient de favoriser les intérêts d’Israël, comme ils l’ont fait pendant des décennies. De plus, ajoutait-il, les «Sionistes, qui ont contrôlé la politique américaine pendant des décennies, perdront une grande partie de leur pouvoir.»

C’est justement le refus de cete attitude vindicative, aux antipodes de ce qu’incarne le président élu, qui explique la victoire d’Obama. Contrairement à ce discours rancunier, c’est le nouvel esprit de changement et de conciliation qui a attiré l’électorat et en particulier les jeunes électeurs. De plus, la nomination par Obama de Rahm Emanuel au poste de secrétaire général, position considérée par certains analystes comme étant la plus importante de la Maison Blanche après celle du président, contredit non seulement l’analyse de Jesse Jackson, mais montre bien que Barack Obama vise à rassurer l’électorat juif, qui s’était montré très craintif à son égard lorsqu’il s’était déclaré disposé à dialoguer avec les adversaires des Etats-Unis et notamment avec l’ennemi juré d’Israël, le président iranien, Ahmed Ahmadinejad.

Or, Rahm Emanuel, le nouveau chef de cabinet de Barack Obama, est le fils d’un ancien combattant de l’Irgoun, l’organisation armée juive la plus radicale durant le mandat britannique de la Palestine. Emanuel, lui-même juif pratiquant, est  membre d’une congrégation orthodoxe de Chicago. Il a aussi été parachutiste volontaire dans l’armée israélienne pendant la première guerre du Golfe. Il jouit, par ailleurs, d’une influence considérable au Congrès américain.

Enfin, le succès d’Obama doit aussi être attribué au fait que, tout en reconnaissant son appartenance à la communauté noire - il a, comme on le sait, travaillé au sein de cette communauté -, le candidat du Parti démocrate ne s’est pas présenté comme un candidat noir, mais comme le représentant de la majorité.

Cela dit, les Américains sont très fiers -et avec raison- d’avoir réussi à élire un premier président noir.

Après avoir franchi la barrière raciale, Obama doit maintenant réussir à atteindre ses principaux objectifs, dont le plus important consiste à assurer aux Américains un accès gratuit et universel aux soins de santé au moment où les États-Unis -et le monde- traversent une crise financière sans précédent. Le défi est de taille.

Note

Déjà en mars 2007, Tolerance.ca était parmi les premiers à publier un portrait de Barack Obama. Voir notre article Le phénomène Obama


* Image : Reuters


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Il y a actuellement 2 réactions.

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Pa d'hypocrisie
par dani le 9 novembre 2008

il est incontestablement noir, avant son l'election il était dans la categorie des noirs, lui même fut victime des discriminations des blancs mais apres son election les meme blancs racistes veulent dire qu'il ne pas noirs. hypocrite. bien que sa mere est blanche, M obama est un noir "un afro americain". nous ne voulons pas de vos pensez unique qui ne sont vrai.  

Rahm Emanuel
par Salomon Schinasi le 28 novembre 2008

 

 

Victor,

Ton article est excellent ;Sauf que le poste offert à Rahm Emanuel est celui de chef de cabinet et non pas celui de secrétaire général. C'est selon moi un poste encore plus important que celui de secrétaire général qui sera probalblement occupé par Hillary.

À très bientôt

 

 

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Victor Teboul est écrivain et le directeur-fondateur du magazine en ligne Tolerance.ca ®, fondé en 2002 afin de promouvoir un discours critique sur la tolérance et la diversité. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont des romans et des essais, et de nombreux... (Lire la suite)

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