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Israël: Benyamin Netanyahou à droite toute

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le vainqueur du scrutin du mois de mars dernier s’est rapidement rendu compte de la fragilité de son gain. Avec le coup de Jarnac de son sortant ministre des affaires étrangères, Benyamin Netanyahou a dû se rendre à l’évidence et capituler devant un autre chef de l’extrême droite pour pouvoir enfin former son nouveau cabinet. En attendant une prochaine crise et peut-être même la dissolution de ce gouvernement.

La Knesset compte 120 sièges. Le scrutin anticipé du 17 mars a permis au Likoud de Benyamin Netanyahou de remporter 30 sièges. Lui qu’on donnait jusque-là perdant. Le président Reuven Rivlin l’a alors chargé de former le gouvernement. Il y est parvenu le mercredi 7 mai. In extremis. C’est son quatrième cabinet.

Coalition de droite dure et fragile

Le premier ministre sortant comptait sur l’appui de son ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman à ses efforts en vue de former son nouveau cabinet de coalition. Mais, le chef de la formation d’extrême droite Yisrael Beiteinou avait d’autres plans en tête. Il a donc, le 4 mai, annoncé que ses six députés feront partie de l’opposition. Privant ainsi le chef du Likoud d’une large majorité parlementaire à droite.

Cette donne a ouvert un grand boulevard devant le chef du parti d’extrême droite religieuse Foyer juif (HaBayit HaYehudi). Naftali Bennett a vendu cher le soutien de ses huit députés. En échange de cet appui, il a obtenu pour lui-même l’Éducation, Jérusalem et les Affaires de la diaspora et pour Uri Ariel l’Agriculture et le développement rural et le poste de vice-ministre de la Défense. M. Netanyahou a insisté pour que toutes les questions liées à Jérusalem soient transférées à son bureau de primature. Le département d’Agriculture est crucial pour le financement des colonies juives en Cisjordanie.

Le Foyer juif a également arraché le portefeuille de la Justice pour la controversée Ayelet Shaked. Toute une couleuvre à avaler pour le chef du Likoud. Rappelons-nous qu’il lui refusait jusqu’ici ce poste. Il n’a pas dû apprécier le fait qu’elle quitte son poste de directrice de son cabinet pour rejoindre son adversaire Bennett. Avec la mainmise sur le ministère de la justice, Foyer juif devra contrôler et la commission des lois du cabinet et l’ordre du jour de la Knesset et pourra nommer le prochain procureur général. Avec la piètre opinion que cette extrémiste et son parrain cultivent à l’endroit de la Cour suprême, il est fort probable qu’ils tentent de saper son autorité.

Pour apporter son appui à l'entreprise du premier ministre sortant, le parti ultraorthodoxe Judaïsme unifié de la Torah (6 sièges) s'est contenté d’importantes concessions au niveau de l’autonomie des institutions religieuses et de fonds publics. Le Shass, autre faction ultraorthodoxe du paysage politique, a de son côté monnayé ses 7 sièges et obtenu deux ministères: l’Économie pour son chef Aryeh Deri et les Services religieux pour David Azoulay.

En échange de l’apport de ses 10 députés, le parti du centre-droit Koulanou a obtenu le maroquin des Finances pour son chef et fondateur Moshe Kahlon, le portefeuille du Logement et de la construction pour son no. 2 Yoav Galant et la Protection de l’environnement pour Avi Gabbay.

Les gains du Foyer juif ont particulièrement irrité plusieurs au sein du Likoud. Le premier ministre élu a dû jusqu’au dernier moment négocier avec plusieurs des membres de son propre parti la distribution des maroquins ministériels. Pour les contenter, il s’est résigné à l’idée de ne pas limiter le total des portefeuilles à dix-huit comme c’était prévu initialement.

En plus des postes de chargé des Affaires étrangères, de la Santé, des Communications et du Développement régional qu’il garde en attendant l’arrivée éventuellement de nouveaux partenaires de la coalition, le premier ministre a accordé à douze des membres de son parti les portefeuilles suivants: Silvan Shalom, son collaborateur de longue date, à la Vice-primature et à l’Intérieur, Moshe Yaalon reste à la Défense, Yariv Levin au Tourisme et à la Sécurité publique, Yuval Steinitz à l’infrastructure nationale, l’énergie et l’eau, Yisrael Katz aux Transports et sécurité routière, et aux Renseignements, Zeev Elkin à l’Immigration et absorption, en plus des Affaires stratégiques, Danny Danon à la Science, technologie et espace, Gila Gamliel aux Seniors et à l’Égalité des sexes, Haim Katz au Bien-être et services sociaux, Miri Regev à la Culture et sports, et deux ministres sans portefeuille: Benny Begin et Ofir Akunis. M. Steinitz est également chargé de la commission atomique israélienne et du dossier nucléaire iranien.

Une paix plus que jamais aux calendes grecques

Netanyahou IV est le cabinet le plus à droite de l’histoire d’Israël. Avec ce gouvernement, l'horizon de conclusion d'un accord de paix global et définitif avec les Palestiniens s’éloigne encore davantage que dans le cas du gouvernement sortant. Pour s’en rendre compte, jetons d'abord un coup d’œil à ce qu’en pensent deux ténors de Foyer juif et membres de la nouvelle coalition de M. Netanyahou.

Quand il est question des Palestiniens et de Naftali Bennett et Ayelet Shaked, une controverse n’attend pas l’autre. La députée extrémiste avait déclaré qu’''Israël devrait déclarer la guerre à l’ensemble du peuple palestinien''. Pourquoi? Elle y voit ''l’ennemi d’Israël''. Lors des massacres de Gaza l’été dernier, elle avait lancé, sur Facebook, un appel à l’extermination de toutes les mères palestiniennes. Elle a assimilé les Palestiniens à des ''combattants ennemis'' et les a qualifié de ''serpents'' à anéantir (sic).

Naftali Bennett avait, de son côté, déclaré en 2013 au quotidien Yediot Aharonot: ''si vous attrapez des terroristes, vous devez simplement les tuer''. Devant la protestation du journaliste relativement à l’illégalité du geste, l’ancien ministre de l’économie de Benyamin Netanyahou a répliqué: ''j’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie. Je ne vois pas où est le problème'' (Jerusalem Post, 30 juillet 2013).

Ces deux ministres d'extrême droite sont partisans de l’annexion d’une partie de la Cisjordanie à Israël. Ils sont également opposés à tout accord avec l’Autorité palestinienne (AP) sur la base des frontières de Juin 1967 et donc à la création de tout État palestinien indépendant et économiquement viable. D'ailleurs, ils assimilent un tel accord à un ''suicide national'' pour l’État d’Israël. Le même État défini par eux comme État-nation du peuple juif. Une affirmation à laquelle s’opposent et le président conservateur Rivlin et la minorité arabe dans ce pays.

Si l’hostilité des extrémistes de Foyer juif à la solution des deux États est donc un secret de polichinelle, le chef du Likoud ne s’est pas non plus distingué par un quelconque penchant pour une solution sur la base des frontières de Juin 1967. Pour ne rien arranger à ses affaires, le relent raciste de sa rhétorique électorale durant les derniers jours de la campagne du printemps a, d’une part, dégoûté même un conservateur nationaliste comme le président Rivlin. Ajouté à sa volte-face concernant la solution des deux États et sa promesse de relancer la colonisation des territoires occupés, ce relent a, d’un autre côté, contribué à empoisonner une relation personnelle déjà malmenée avec le président Obama.

Les Palestiniens n’ont pas traîné les pieds avant de dénoncer cette coalition. D'ailleurs, le chef des négociateurs pour l’OLP, Saëb Erekat, l'a qualifié de ''gouvernement d’union pour la guerre et contre la paix'' (AFP, 7 mai). L’annonce du feu vert des autorités israéliennes au projet de construction de 900 nouveaux logements de colons à Jérusalem-Est a dû ajouter de l’eau au moulin de ce membre du Comité exécutif de l'OLP et le conforter dans sa position très sceptique à propos des intentions réelles de ce nouveau cabinet.

Netanyahou VI a également été accueilli fraîchement par le chef de l’Union sioniste (24 sièges à la Knesset). Yitzhak Herzog l'a qualifié de ''gouvernement d'échec national''. Un cabinet qui ne serait, à l'en croire, "ni responsable, ni stable, ni gouvernable" (AFP, 7 Mai). Cette réaction est une fin de non recevoir de la proposition de M. Netanyahou de le rejoindre dans sa coalition.

***

Si M. Netanyahou a échappé in extremis à l’embarras de voir le président Rivlin se tourner vers son adversaire Herzog pour qu'il tente à son tour de former un gouvernement, ses ennuis sont loin d’être terminés. Le vote ce jeudi 14 mai à la Knesset en faveur de sa coalition, à raison de 61 voix pour et 59 contre, n'y change rien sur le fond. À l’image de sa coalition ténue (61 sièges), son gouvernement est très fragile. À la moindre défection, lors du vote du budget ou d’une motion de confiance, par exemple, tout peut s’effondrer et il devrait donc reprendre tout depuis le début. La stabilité de son cabinet sera donc fonction de négociations incessantes et harassantes avec ses partenaires de coalition. Mais, en raison de divergences entre ces alliés, ce bricolage instable ne devrait pas tenir très longtemps.

14 mai 2015, Mis à jour le 5 juin 2015



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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