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Gaza: Les États-Unis absents d’une session du Conseil des droits de l’Homme

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Les relations entre l'Israélien Netanyahou et l'Américain Obama n'ont jamais été chaleureuses. Mais, elles se sont davantage détériorées au cours de la récente campagne électorale israélienne. Le locataire de la Maison-Blanche n'a pas apprécié le ton du candidat du Likoud et encore moins sa volteface à propos de la solution des deux États. D'où l'annonce de son gouvernement d'une ''révision'' de sa politique à l'ONU.

Les relations entre Israël et le Conseil des droits de l’Homme sont, de notoriété publique, mauvaises. L’État hébreu a toujours accusé l’institution onusienne de lui être hostile. Il lui est arrivé de boycotter ses travaux. Il l’avait fait par exemple en 2012 quand le Conseil avait décidé d’enquêter sur les conséquences des colonies juives dans les territoires palestiniens occupés. Il fallait attendre le mois d’octobre 2013 pour voir son représentant Eviator Manor faire son retour au sein de l’institution.

Israël et les… États-Unis absents d'une session du Conseil

Le Conseil a décidé de former une commission d’enquête internationale indépendante sur les conséquences de l’offensive israélienne l’été dernier contre la bande de Gaza et la situation dans les territoires occupés (Cisjordanie et Jérusalem-Est). Ce nouveau conflit a, selon les chiffres des Nations unies, causé la mort de 2256 Palestiniens, des civils pour la plupart, dont 538 enfants. Côté israélien, on a enregistré le décès de 70 soldats et de 3 civils. La période couverte par le Rapporteur spécial Makarim Wibisino et l'expert juridique sénégalais Doudou Diène va du 13 juin (lendemain de l'enlèvement de trois adolescents juifs retrouvés morts un peu plus tard) à la fin du conflit en août 2014.

La décision de créer cette commission n’a pas plu au gouvernement Netanyahou. D’ailleurs, il a non seulement tenté de miner la crédibilité de la commission, en s’attaquant à la probité de son président, mais également refusé de coopérer avec elle. La correspondance envoyée à cet effet en octobre et novembre 2014 et en janvier et février par la commission aux autorités israéliennes est restée lettre morte. L’Autorité palestinienne, la Jordanie et l’Égypte ont quant à elles offert leur coopération aux membres de la commission.

La juriste américaine Mary McGowan Davis a, le 3 février, remplacé au pied levé son démissionnaire collègue canadien William Schabas, objet d’attaques israéliennes virulentes. La partie israélienne s'est servie d’un avis juridique rédigé en 2012 par le professeur de droit pour le compte de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) pour parler de conflit d’intérêts et de potentielle partialité du Canadien.

La Commission d'enquête a présenté, ce lundi 23 mars, à Genève, une mise à jour orale de la situation devant la 28e session du Conseil des droits de l’Homme. Son rapport devrait être publié en juin prochain.

Le ton du rapport du rapporteur indonésien Wibisono est cinglant vis-à-vis d’Israël. Il a, entre autres, souligné "la brutalité des destructions et la forte proportion de vies civiles perdues à Gaza." Son tour de la question l’a en fin de compte amené à s’interroger sur "l'adhésion d'Israël aux principes du droit international humanitaire" (www.ohchr.org).

La plupart des intervenants au débat, qui a suivi la présentation du rapporteur, n’ont pas été de main morte avec Israël. Ils ont "condamné la politique d'occupation israélienne" et dénoncé "les violations des droits des Palestiniens au mépris du droit international." Pour eux, la paix et la stabilité dans la région sont fonction de "la fin de l'occupation israélienne et (de) la reconnaissance du droit à l'autodétermination du peuple palestinien dans le cadre d'un État souverain et indépendant."

La plupart des ONG se sont elles aussi montrées très critiques vis-à-vis d’Israël. Elles ont par exemple "dénoncé (un) blocus de Gaza" qui en a fait "un camp de concentration" (sic).

D’autres intervenants, moins nombreux, dont deux lobbies pro-israéliens, le Congrès juif mondial et l’United Nations Watch, et l’Union européenne ont condamné ce qu’ils ont qualifié d’"acharnement anti-israélien."

Israël n’a pas assisté à cette session. Par ce boycott, ce pays a voulu signifier son désaveu du travail de la commission et son dédain de ses conclusions préliminaires.

Les États-Unis se sont eux aussi absentés de ces travaux. Leur ambassadeur Keith M. Harper se trouvait alors à Washington.

Cette absence des Américains a laissé les observateurs songeurs. Et pour cause. D’habitude, ils ne ménagent pas leurs efforts et pèsent de tout leur poids dans les institutions multilatérales pour défendre leur allié israélien et tuer dans l’œuf toute initiative hostile à son endroit. Mais, cette fois, ils se sont absentés du Conseil et se sont donc abstenus de le faire.

Les Israéliens ont affirmé que si leur principal allié s’est abstenu cette fois, c’était à leur demande.

On aurait pu croire la version israélienne. Mais, en raison du refroidissement des relations entre le président Obama et le premier ministre Netanyahou, le doute est permis. N’oublions pas la mise en garde, le 19 mars, de la Maison-Blanche à l’effet qu’elle a l’intention de revoir son appui inconditionnel à l’État hébreu à l’ONU, après que le chef du Likoud ait annoncé, en pleine campagne électorale difficile, son intention de s’opposer à la création de tout État palestinien.

***

Contrairement à leurs habitudes au sein du Conseil des droits de l’Homme, les États-Unis n'étaient pas cette fois présents en session spéciale pour défendre la position de leur allié israélien contre ses virulents critiques. Une situation qui en dit long sur l’état difficle des relations entre les gouvernements des deux pays. Mais, la question maintenant est de savoir ce que fera Washington lors de prochaines échéances onusiennes. Continuerait-elle sur sa lancée de ''révision de sa politique'' aux Nations unies ou reviendrait-elle à de meilleurs sentiments vis-à-vis d'Israël, sous la pression conjointe d'élus démocrates et du lobby sioniste conservateur? L'enjeu des prochaines élections, présidentielle et législatives de novembre 2016, ne devrait pas être totalement absent des calculs de Barack Obama à cet effet.

24 mars 2015



* Le Conseil des droits de l'Homme. Crédit de l'image: sa page Facebook.


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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