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L'attachement du Canada à la solution des deux États

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le gouvernement conservateur canadien est un allié inconditionnel de l'État d'Israël. Il ne manque aucune occasion pour le répéter ou le montrer. Mais, cela ne l'empêche pas de se tenir aux positions traditionnelles du pays dans le dossier du conflit territorial qui oppose l'État hébreu aux Palestiniens.

Un proverbe populaire dit: ''il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué''... Pourtant, plusieurs en Israël et ailleurs à travers le monde n’avaient pas médité une telle sagesse au moment de la campagne électorale du mois de mars. Les adversaires du candidat Benyamin Netanyahou et nombre d’observateurs de la scène politique israélienne le donnaient ainsi que son parti perdants avant même que les électeurs ne se prononcent sur leur sort.

Stephen Harper soutient la solution des deux États

Le premier ministre israélien sortant est non seulement parvenu à conserver son poste à l’issue des élections législatives anticipées du 17 mars, mais a également réussi à gagner plusieurs sièges supplémentaires dans la nouvelle Knesset, la vingtième. Il était pourtant donné perdant par plusieurs sondages d’opinion. À deux jours de la date du scrutin, il avait multiplié les sorties controversées pour, espérait-il, séduire au-delà de son électorat traditionnel de droite nationaliste et sauver ainsi par la même occasion et sa tête et son parti d’une déroute annoncée dans les enquêtes d’opinion.

Le chef du parti de droite nationaliste Likoud avait notamment déclaré qu’avec lui comme premier ministre aucune chance pour qu’un État palestinien puisse voir le jour. Une volteface destinée à séduire, entre autres, les colons juifs résidant dans les territoires palestiniens occupés, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Il avait également tenté d'attiser le sentiment de peur des Arabes dans la société juive. Sur sa page Facebook, on pouvait lire: "Les électeurs arabes se déplacent en masse. Les organisations de gauche les conduisent en bus," comme s’ils étaient des ennemis de l’intérieur et non des citoyens d’Israël. Le candidat conservateur avait aussi joué à fond la carte de la sécurité. Une corde très sensible chez les électeurs israéliens.

En s’opposant ouvertement à la création d’un État palestinien, durant cette campagne, il a remis en question le processus de paix israélo-palestinien et est revenu sur son propre engagement en 2009, à l’Université Bar-Ilan, en faveur de la solution des deux États à ce conflit.

Cette déclaration a heurté de plein fouet la position officielle d’organisations internationales comme les Nations unies et l’Union européenne et de pays comme les États-Unis, la France, l’Allemagne, la Chine, la Russie ou le Canada dans ce conflit territorial. Elle a également suscité l’ire du président américain. Barack Obama n’a d’ailleurs pas hésité personnellement à le faire savoir publiquement (voir par exemple son entrevue au Huffington Post, 21 mars). Cette position a apporté de l’eau au moulin de relations déjà froides entre les dirigeants des deux pays.

Si le président Obama a attendu 48 heures avant de féliciter Benyamin Netanyahou pour sa réélection (tout un message codé de désaveu), le premier ministre canadien n’a pas attendu aussi longtemps avant de le faire. Dès le mardi 18 mars, Stephen Harper a publié un message sur son compte Twitter (@premierministre) où on peut lire: "Je félicite le PM Nétanyahou pour ses résult. d’élections. Nous travaillerons avec plaisir avec le nouv. gouv. Israël a l’amitié du Canada."

Le message du chef conservateur canadien a visé à rassurer son homologue israélien sur la solidité des liens entre les deux pays. Donc, pas d’inquiétude pour lui à se faire de ce côté de l’Amérique du Nord.

Un communiqué publié le dimanche 22 mars par le cabinet du premier ministre sur son site web nous a appris que M. Harper s’est entretenu au téléphone avec son homologue israélien. L’occasion pour le dirigeant canadien de lui transmettre trois messages. D’abord, (comme c’est d’usage dans un tel contexte) le féliciter pour sa réélection (inattendue). Ensuite, lui réitérer "le ferme engagement du gouvernement à l'égard de la sécurité d'Israël en tant que terre du peuple juif". Enfin, réaffirmer "la position de longue date du Canada en faveur d'une solution à deux États."

Stephen Harper a donc saisi l’occasion de sa première conversation avec Benyamin Netanyahou depuis sa réélection pour lui dire l’attachement du Canada et de son gouvernement à la solution des deux États: Israël et la Palestine, deux pays vivant en paix et en sécurité. Un désaveu subtil de la déclaration controversée du candidat israélien sur la création d’un État palestinien.

Si cet élément du message de M. Harper peut réjouir l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas et la rassurer un peu sur ce volet de la politique d’un gouvernement conservateur qui ne cache pas son soutien inconditionnel à Israël, sa définition de cet État comme "terre du peuple juif" devrait la heurter ainsi que le nouveau chef de la Liste unie. M. Abbas rejette catégoriquement la condition du chef du Likoud de reconnaître Israël comme "État du peuple juif". Tout comme Ayman Odeh. Ce chef de la troisième force politique de la 20e Knesset non seulement ne se reconnaît pas dans cette définition de son pays, mais également lutte pour que les Arabes en Israël (un cinquième de la population) jouissent de l’égalité de leurs droits avec leurs compatriotes juifs.

***

Comme on vient de le voir la rhétorique électoraliste d’un Netanyahou désespéré l’a amené à revenir sur un des engagements de l’État d’Israël. Une volteface qui a fortement irrité le principal allié de ce pays et qui apportera de l’eau au moulin de la propagande de ses ennemis dans la région. Mais, il faudrait plus que du rattrapage de l’après campagne de la part du chef du Likoud pour ramener le locataire de la Maison-Blanche à de meilleurs sentiments à son égard ou pour rassurer la ''communauté internationale'' sur ses intentions réelles concernant la création d'un État palestinien.

23 mars 2015



* Le premier ministre Stephen Harper. Crédit de l'image: sa page Facebook.


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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