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Syrie: Nouveau camouflet pour le médiateur de l’ONU Staffan de Mistura

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La division du Conseil de sécurité des Nations unies face à l'avenir de la Syrie le rend incapable de trouver une solution consensuelle et durable à la crise politique syrienne et à ses retombées humanitaires. Cette situation limite ipso facto la marge de manoeuvre de tout envoyé spécial de l'ONU dans ce pays et le condamne d'avance à l'échec, quand il n'y ajoute pas sa propre contribution.

Le conflit en Syrie demeure entier. Pas de perspective de résolution à court ou moyen termes d’une crise politique qui de plus en plus menace d’emporter toute la région dans une guerre ouverte. Les positions de Bachar El-Assad et de son opposition politique et militaire restent inchangées et irréconciliables quand il est question d’options de transition politique. D’un côté, le président syrien est déterminé à garder le pouvoir. Ce à quoi s’objecte son opposition de l'autre. Deux diplomates chevronnés, l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan et Lakhdar Brahimi, s'y étaient essayé à titre de médiateur de l'ONU pour la Syrie avant de jeter l’éponge. Depuis sa nomination en juillet 2014, Staffan de Mistura essaye à son tour de trouver une solution à ce casse-tête.

Pas de cessez-le-feu pour l’opposition syrienne à Alep

Le secrétariat général de l’ONU était au fait de la position de l’opposition syrienne sur l’avenir du régime autoritaire en place à Damas. Mais, cela n’avait pas empêché son envoyé dans ce pays de déclarer, le vendredi 13 février à Vienne, deux jours après sa visite à Damas, que Bachar El-Assad ''fait partie de la solution'' en Syrie et qu’il continuera à ''avoir des discussions importantes avec lui''. Comme il fallait s’y attendre, la Coalition nationale syrienne en la personne de Samir Nashar n’a pas traîné les pieds avant de fustiger cette déclaration et d’affirmer que le président syrien était ''le problème, pas la solution'' de la crise syrienne (Cf. sa déclaration à l’AFP, 13 février).

Staffan de Mistura avait également déclaré du même souffle qu’exclure M. Assad du processus politique profiterait au groupe État islamique. Une affirmation également rejetée du revers de la main par l’opposition syrienne.

Parler ouvertement de Bachar El-Assad comme faisant ''partie de la solution'' en Syrie est une première pour un envoyé de l’ONU dans ce pays. Si une telle affirmation a dû réjouir le premier concerné et ses parrains russes et iraniens, elle n’a pas dû plaire à l’Arabie saoudite, au Qatar ou à la Turquie, des puissances régionales hostiles au maintien du régime Assad en place.

M. De Mistura a déclaré avoir, durant sa rencontre avec le président syrien, ''discuté de la proposition des Nations Unies d'un gel (provisoire) des hostilités dans la ville d'Alep'' (Communiqué de l’ONU, 11 février); sans donner de détails là-dessus. Il a également affirmé, en point de presse, que ''le gouvernement (lui) a indiqué sa volonté de cesser tous les bombardements aériens, tous les types de bombardements, y compris les tirs d'artillerie, pendant une période de six semaines sur la ville d'Alep à partir d'une date qui sera annoncée à Damas'' (Communiqué, 18 février).

À l’issue de sa rencontre, le 17 février, avec les membres du Conseil de sécurité, M. De Mistura a fait part d’optimisme modéré. Il les a également informés de son intention de se rendre de nouveau à Damas et, dès que possible, à Alep. Il leur a fait part de son souhait d’obtenir de l’opposition ''une réponse à une demande similaire faite par l'ONU d'arrêter les tirs de mortier et de roquettes sur la ville d'Alep pendant six semaines''.

L’envoyé spécial de l’ONU s’est effectivement rendu dans la capitale syrienne. Il a obtenu de Damas son accord de voir l’ONU envoyer une délégation à Alep pour "y évaluer la situation, s'assurer de l'accroissement substantiel de l'aide humanitaire une fois la trêve (provisoire) annoncée et surveiller les violations éventuelles du cessez-le-feu" (AFP, 1 mars).

Mais, avant qu’il ne puisse crier victoire, M. De Mistura s’est vu, le jour même, opposer une fin de non-recevoir de la part de l’opposition politique et militaire à Alep. Une organisation du nom de Commission des forces de la révolution à Alep a déclaré, en communiqué, qu’elle ne pourrait le rencontrer s’il n’envisageait pas l’idée que toute ''solution globale'' à la crise syrienne ''passe par le départ d’Assad et de son état-major et le jugement des criminels de guerre'' (AFP, 1 mars). Ce que le diplomate onusien ne pourrait accepter vu sa déclaration du 13 février dernier.

L’opposition a donc rejeté la proposition de l’envoyé spécial de l’ONU de gel provisoire des combats à Alep. Elle n’est visiblement pas satisfaite de la diplomatie des ''petits pas'' de M. De Mistura. Pire: elle estime que ses propositions ne sont pas de nature à mettre un terme à la crise politique et humanitaire que connaît le pays et qui ne cesse de s’aggraver depuis les quatre dernières années.

***

Le nouveau revers diplomatique de l’ONU en Syrie était inscrit dans le ciel. La déclaration limpide de son nouvel envoyé spécial dans ce pays selon laquelle Bachar El-Assad serait partie de la solution de la crise syrienne ne pouvait que lui aliéner d’avance l’appui de l’opposition. À cette méfiance vis-à-vis de Staffan de Mistura s’ajoute la non-concordance entre son approche diplomatique des ''petits pas'' et la recherche de l’opposition d’une solution globale à cette crise.

1 mars 2015



* Le médiateur de l’ONU Staffan de Mistura et le président Assad. Crédit de l’image: www.presidentassad.net


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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