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Égypte: Le blogueur Alaa Abd El Fattah condamné à 5 ans de prison

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Dans l’Égypte d’Abdel Fattah El-Sissi, c’est devenu très dangereux de manifester pacifiquement notamment contre les procès militaires de civils ou les dérives liberticides du régime autoritaire en place. La loi sur le droit de manifester adoptée par le gouvernement provisoire de Hazem El-Beblawi sert de cadre légal à la répression de l’opposition.

Depuis son coup d’État, l’ancien chef des forces armées et actuel président de l’Égypte a multiplié les mesures destinées à faire taire toute forme d’opposition. La justice a été un élément clé de ce dispositif répressif. Les islamistes en ont été victimes. L’opposition de gauche en a elle aussi pâti.

Lourde condamnation pour une figure de la Révolution du 25 janvier

Alaa Abd El Fattah est un blogueur cairote de 33 ans. Il est issu d’une famille connue de gauche. Sa participation à la révolte de 2011 en a fait une figure de proue de l’opposition laïque. Ce soulèvement a mené à la chute de la dictature d’Hosni Moubarak.

Alaa Abd El Fattah s’était servi d’Internet pour dénoncer ce régime. Il a eu maille à partir avec lui ainsi qu’avec ses successeurs.

Le 26 novembre 2013, des centaines d’opposants libéraux et de gauche ont manifesté devant la Chambre haute du parlement pour dénoncer les procès militaires de civils et la loi anti-manifestation validée en octobre par le gouvernement intérimaire du premier ministre Hazem El-Beblawi dans la foulée du coup d'Abd El Fattah El-Sissi le 2 juillet 2013. Cette loi est controversée. L'opposition l'a décrié car elle y a vu un retour aux méthodes de l'ère Moubarak. Elle a été élaborée pour dissuader l'opposition d'organiser le moindre rassemblement non autorisé au préalable par le ministère de l’intérieur. Deux jours après cette manifestation, Alaa Abd El Fattah a fait partie des militants arrêtés. Il a attendu jusqu’au 23 mars 2014 pour pouvoir bénéficier d’une relaxe sous caution.

Le 11 juin 2014, un tribunal cairote l’a condamné ainsi que 24 de ses camarades à 15 ans de prison ferme et à une amende salée de 13000 dollars américains. Ils ont été écroués. Tous ont été reconnus coupables de quatre chefs d’accusation: prendre part à une manifestation illégale (contre les procès militaires de civils), agression d’un agent de police, vol du talkie-walkie d’un policier et dégradation de biens publics (AFP, Reuters, 11 juin 2014).

Les 25 révolutionnaires ont appelé de leurs condamnations.

Une cour d’appel a annulé leurs condamnations et les a renvoyés pour être rejugés.

Le 15 septembre, un juge s’est récusé et a ordonné leur libération sous caution. Mais, ils ont été arrêtés de nouveau le mois suivant pour être rejugés.

Pour protester contre son incarcération, Alaa Abd El Fattah a mené une grève de la faim partielle. Cette grève l’a affaibli. Sa sœur, Mona Seif, croupit elle aussi en prison. Elle a été condamnée à trois ans de réclusion pour avoir participé à une manifestation non autorisée.

Le 23 février 2015, le juge Hassan Farid a réduit la peine initiale d’Alaa Abd El Fattah de 15 à 5 ans de réclusion. Il a également condamné les vingt-quatre autres accusés à des peines variant entre 3 et 15 ans (AFP, Reuters, 23 février). Ces militants devraient faire appel de leurs condamnations.

***

Les vingt-cinq révolutionnaires condamnés cette semaine à de lourdes peines de réclusion s’ajoutent à une longue liste et qui ne cesse de s’allonger des victimes de la restauration d’un régime autocratique que plusieurs Égyptiens, Frères musulmans en tête, avaient hâtivement et naïvement cru avoir vaincu. Rien n’indique à court terme que le régime Sissi reviendrait sur ses pratiques liberticides ou qu’il s’en amenderait. D’un autre côté, l’opposition est loin d’avoir déposé les armes. La guerre ouverte entre le président Sissi et les jihadistes au Sinaï et ailleurs en Égypte devrait rendre la situation encore plus délétère pour l’opposition dans ce pays.

26 février 2015



* Alaa Abd El Fattah dans une cellule. Crédit de l'image: Une photo de Mohamed Hossam publiée sur la page Facebook de M. Abd El Fattah.


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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