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Pas de volant pour les femmes saoudiennes

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

En Arabie saoudite, les femmes sont du point de vue légal considérées comme des mineures à vie. Tout est fait dans cette société bédouine pour le leur rappeler, y compris quand il est question du droit de conduire une voiture. 

L’Arabie saoudite est le seul pays au monde où il est interdit à une femme de conduire une voiture. Pour pouvoir se déplacer, la femme doit embaucher un chauffeur et quand elle manque de moyens financiers elle se retrouve à la merci de proches parents mâles. Cette prohibition est inscrite dans les mœurs. Elle est également fruit de la résistance culturelle des milieux conservateurs, les mêmes qui constituent la base du régime autocratique en place. Mais, de plus en plus de voix contestent cette mesure injuste et discriminatoire.

Women2Drive: de Manal Al-Charif à Loujain Hathloul et Maysaa Alamoudi

En avril 2011, Women2Drive voit le jour. Son ambition est de pousser Riyad à adopter un décret royal autorisant les femmes à conduire. En attendant, elle encourage les femmes à prendre le volant.

Les actrices de cette campagne se sont servies des réseaux sociaux pour déjouer les filtres de la censure et tenter de toucher le maximum de femmes dans leur pays. Le 17 juin 2011, plusieurs Saoudiennes ont suivi cet appel. Elles l’ont indiqué, photos à l’appui, sur les réseaux sociaux.

Manal Al-Charif est sans conteste l’icône de ce mouvement féminin. C’est une jeune informaticienne. Après avoir passé deux semaines en prison, elle a été libérée le 30 mai 2011. Son délit? Elle avait mis en ligne un YouTube la montrant au volant.

Il fallait attendre le 1er décembre 2014 pour que l’on entende de nouveau parler de cette campagne.

Loujain Hathloul Al-Hathloul est une informaticienne saoudienne de 25 ans. Elle est installée à Dubaï. Pour se rendre dans son pays, elle a pris sa voiture. Elle était toute seule. Au moment de franchir le poste-frontière à Batha, la police l'a bloqué pendant 24 heures, comme c'est indiqué dans un de ses tweets (). Elle a raconté sur Twitter sa journée. Son geste de conduire une voiture a été interprété par les autorités comme une "provocation" et a été arrêtée. Plusieurs lui ont exprimé leur soutien sur Twitter et Facebook.

En apprenant la nouvelle de son arrestation, son amie, la journaliste Maysaa Alamoudi qui vit elle aussi à Dubaï, a décidé, comme elle l'a raconté dans un de ses tweets (@maysaaX) de se rendre sur le champ à la frontière de l'Arabie saoudite avec les Émirats arabes unis au volant de sa voiture pour lui apporter son soutien. Même sort pour elle.

L’arrestation des deux militantes s’est répandue comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux. Une page Facebook a été créée pour les soutenir et tenir informée la communauté.

Au lieu de passer quelques heures ou quelques jours en détention et être relâchées après, quand il est question de conduire une voiture pour une femme, les deux militantes ont vu leur détention se prolonger. Et leurs proches prendre leur mal en patience.

Le 25 décembre, les deux femmes ont été déférées devant un tribunal antiterroriste à Ahsa! Cette saisine a étonné plus d’un.

Après avoir passé plus de deux mois en détention, les deux militantes ont été libérées le 13 février 2015. Sans s’expliquer sur le cadre de leur libération ou leur éventuelle inculpation.

***

La mésaventure des deux militantes en dit plus long que toute autre chose sur l'état réel des femmes en Arabie saoudite. Le roi Salman ne pourrait pas être sans savoir le coût en termes d'image pour son pays de continuer à priver les femmes du droit de conduire une voiture. Aucune campagne de relations publiques à ce propos ne pourrait sauver la face de son régime en Occident ou ailleurs.

25 février 2015



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Loujain Hathloul Al-Hathloul (à gauche) et Maysaa Alamoudi (à droite). Crédit de l'image: page Facebook créée pour soutenir la cause de ces féministes. 




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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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