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Le Turkmène Khalid Khoja à la tête de la Coalition nationale syrienne

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La crise politique syriene demeure entière. Ni le régime Assad ni son opposition ne sont en mesure de vaincre l'adversaire sur le terrain militaire. Aucune issue politique de la crise n'est encore à l'horizon non plus. C'est à l'ombre de ce statu quo destructeur que la principale composante de l'opposition syrienne en exil a renouvelé encore une fois ses instances dirigeantes.

La Coalition nationale (CN) des forces de l’opposition et de la révolution est la principale force de l’opposition en exil à Bachal Al-Assad. Elle est opposée au maintien de son régime autoritaire en place à Damas. Son assemblée générale a tenu sa 18e session à Istanbul, le lieu de son siège. L’occasion pour elle de renouveler ses instances dirigeantes.

Un Turkmène à la tête de l’opposition syrienne en exil

À l’issue de trois jours d’assemblée générale, la CN a, le 4 janvier, renouvelé ses instances dirigeantes. L’occasion d’élire son président, son secrétaire général, trois vice-présidents, dont une femme, et les 19 des 24 membres de son comité politique (les 5 postes restants reviennent de droit aux membres du comité présidentiel). Six mois après son unique mandat à la tête du Conseil, le président sortant, Hadi Al-Bahra, n’a pas sollicité un second mandat.

L’appui de 56 votants (soit la majorité absolue des 109 électeurs) a permis à Khalid Khoja, un indépendant, de devenir le nouveau président de la CN.

Khalid Khoja est médecin et homme d’affaires. Il est né en 1965 à Alep. En 1980, les redoutées Moukhabarates (la police politique de Hafez Al-Assad) l’ont arrêté. Il a passé deux ans dans une prison damascène. Aux yeux du régime, son père apportait un soutien financier aux Frères musulmans de Syrie, une organisation qui s’opposait, les armes à la main, au régime du chef du clan alaouite. Il avait 17 ans au moment de quitter la Syrie en direction du voisin du nord. Il a fait des études en Libye avant de s'installer en Turquie. Après des études de science politique à l’Université d’Istanbul entre 1985 et 1986, il a fréquenté la faculté de médecine de l’Université 9 Septembre à Izmir entre 1987 et 1994 et achevé sa formation un an plus tard. En 2001, il a fondé et dirigé depuis le groupe médical: le Mertip Healthcare Group.

Depuis 2011, M. Khoja dirige le Comité de la Déclaration de Damas en Turquie. À l’ombre du soulèvement populaire dans son pays, il a pris part à la fondation du Conseil national syrien (CNS) en 2011 et l’année d’après à celle de la Coalition nationale (CN). Avant son élection à la tête de la CN, il œuvrait comme son "ambassadeur" à Ankara.

M. Khoja est le premier Turkmène à accéder à la tête de la CN. Contrairement à un prédécesseur très proche de l’Arabie saoudite, un motif de mécontentement chez nombre d’opposants de l’intérieur et en exil, il est réputé indépendant. C’est ce qui lui a permis de séduire des factions laïques et islamistes modérées et donc de battre Nasr Al-Hariri (50 voix). Celui-ci était le secrétaire général de l’équipe sortante de la CN. Plusieurs avaient vu en lui le candidat des islamistes. D’ailleurs, il a bénéficié de l'appui des Frères musulmans et d'Ankara. En vain!

Sur les candidats aux trois postes de vice-présidents, seul le juriste damascène Hisham Ibrahim Marwa (1962-) a été élu dès le premier tour à la majorité absolue (56 suffrages contre 43 pour son unique concurrent, Fayez Sara). Deux autres candidates se sont quant à elles affrontées, le 5 janvier, en second tour, pour occuper la deuxième vice-présidence réservée à une représentante des femmes. Nagham Al-Ghadri, une indépendante de Latakié, a cette fois eu raison de Hivaroun Sharif (respectivement 53 et 49 suffrages). Le troisième siège de vice-président, réservé aux Kurdes, reste pour le moment vacant en attendant un futur candidat.

Faute de majorité absolue, aucun des candidats en lice, Mohamed Yahya Maktabi (54 suffrages) et Jawad Abu Hatab (51 voix), n’a été élu, au premier tour, au secrétariat général. Ce sera chose faite le lendemain puisque le premier a récolté 55 suffrages (contre 47 voix pour le second). Le nouveau secrétaire général de la CN est né en 1967 dans la capitale syrienne et a effectué ses études de sciences à l’Université de Damas.

L’assemblée générale de la CN a également élu la moitié des 38 candidats de son Comité politique, soit les 19 membres qui ont au moins obtenu 50 suffrages, dont le président sortant Al-Bahra (55 voix).

"Un des ennemis de la révolution syrienne"

L’assemblée générale de la CN devait également se pencher sur d’autres questions, dont la nouvelle initiative russe. Il s’agit du souhait du maître du Kremlin de réunir à Moscou, le 26 janvier, des représentants du gouvernement damascène et des membres de l’opposition de l’intérieur (Coordination nationale) et exilée pour "dialoguer". Mais, l’opposition en exil s’en méfie. Elle y voit une manœuvre de plus de la part d’un Vladimir Poutine désirant offrir encore une fois du temps supplémentaire à son protégé Assad pour l’aider à écraser les rebelles. D’où la réaction négative du nouveau président de la CN.

À sa première de conférence presse, M. Khoja a fait remarquer que ce n’est pas son organisation comme telle qui a été conviée à Moscou, mais plutôt quelques-uns de ses membres. Et d’avertir qu’aucun de ses dirigeants n’y prendrait part en l’état. Pour enfoncer le clou, il a déclaré que la Russie représentait "un des ennemis de la révolution syrienne" (Cf. AP, 5 janvier 2014). Autrement dit: le nouveau leadership de la CN ne fait pas confiance à la médiation russe. Un changement notable de ton par rapport à des leaders précédents moins durs.

Si le gouvernement damascène s’est déclaré prêt à aller à Moscou pour participer au "dialogue" entre Syriens, il est totalement opposé au départ de Bachar Al-Assad du pouvoir. Le camp en face est quant à lui entièrement opposé au maintien de ce dernier en place. Sur le terrain militaire, aucune des deux parties ne semble pour le moment en mesure de vaincre l’autre. C’est dire le blocage destructeur de la situation. Le chef du Kremlin ne pouvait l’ignorer et encore moins plaider une ignorance bienveillante au moment de proposer ses services aux Syiens.

***

Encore une fois, la principale composante de l’opposition syrienne en exil a réussi à renouveler ses instances dirigeantes. Une réalisation non négligeable quand on garde à l’esprit la lutte d’influence entre les puissances étrangères qui soutiennent une faction ou une autre en son sein. Cela dit, la question est de savoir si le nouveau président de la CN réussira là où a échoué son prédécesseur. Le doute est permis à ce niveau en raison de facteurs dépassant les capacités propres de M. Khoja. Aussi, n’est-il pas venu le temps pour la CN de revoir ses statuts pour, entre autres, permettre à son prochain président d’exercer un mandat de trois ans par exemple. N’oublions pas que six mois est une période trop courte pour permettre la réalisation de quoi que ce soit et qu’elle empêche le chef de la Coalition d’acquérir la moindre visibilité en Syrie et sur la scène internationale. Sans oublier le fait qu’elle envoie un message de méfiance des dirigeants de l’opposition les uns envers les autres.

6 janvier 2015



* Le nouveau président de la Coalition nationale Khalid Khoja/Crédit de la photo: la page Facebook de M. Khoja.


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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