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Le parlement européen et la reconnaissance de l’État de Palestine

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La reconnaissance de l'État de Palestine n'est plus un tabou sur le Vieux Continent. Pour les dirigeants européens, la question est maintenant de savoir à quel moment et dans quel contexte la déclarer. Ce développement d'importance est un acquis pour la nouvelle stratégie palestinienne sur le front diplomatique et traduit d'un autre côté le pessimisme grandissant en Europe sur les chances de survie de la solution des deux États en raison de l'échec des pourparlers de paix d'Oslo.

Avec les guerres d’Irak et d’Afghanistan, nombre de cercles influents en matière de politique étrangère aux États-Unis et en Europe avaient véhiculé l’idée selon laquelle le conflit israélo-palestinien n’était plus central pour les opinions publiques des pays musulmans. Mais, c’était mal connaître et cette question et la symbolique qu’elle représente pour cette partie du monde. La réalité a fini quelques années plus tard par balayer le fantasme de ces rêveurs. Confronté à la menace jihadiste, de plus en plus grandissante à domicile, l’Occident a pris conscience qu’un règlement global et définitif du conflit israélo-palestinien et la naissance d’un État palestinien indépendant et viable pourraient contribuer à l’affaiblissement de la portée idéologique des réseaux terroristes et de leurs capacités de recrutement de jeunes gens issus des pays nord-américains et européens. D’où, en partie, la cascade de reconnaissances de l’État de Palestine par plusieurs parlements du Vieux Continent. À son tour, le parlement européen devait se prononcer sur cette question.

Un appui européen ''en principe'' à la reconnaissance de l’Etat de Palestine

C’est grâce à des députés sociaux-démocrates qu’un projet de résolution a été proposé une première fois au parlement européen. Ce texte demandait aux États membres de l’Union européenne (UE) de reconnaître unilatéralement l’État de Palestine. Mais, les 265 députés du premier groupe parlementaire européen, le Parti populaire européen (PPE), ont lié cette reconnaissance à la relance du processus de paix et ont pesé de tout leur poids pour imposer leur point de vue. Il fallait donc mettre de l’eau dans le vin social-démocrate. À l'issue de difficiles tractations, cinq des sept groupes politiques du parlement se sont enfin entendus sur la mouture d'une motion et l'ont soumis à l’appréciation de leurs collègues députés.

Selon les termes de cette résolution, le parlement européen ''réaffirme son appui sans réserve à la solution des deux États, sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale des deux entités, à savoir l'État d'Israël dont la sécurité est assurée et un État de Palestine indépendant, démocratique, d'un seul tenant et viable, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, en vertu du droit à l'autodétermination et dans le strict respect du droit international.'' Si l'Autorité palestinienne (AP) verrait d'un bon oeil cette déclaration de principes, la coalition gouvernementale de droite nationaliste et d'extrême droite en Israël ne pourrait y souscrire en raison des liens de ses factions avec les colons et la droite dure. Sans oublier leur soubassement idéologique et même culturel. Pour s'en rendre compte, il suffit d'examiner leur langage politique et la politique dure du premier ministre Benjamin Netanyahou à l'endroit des Palestiniens.

Le parlement européen a également souligné le caractère illégal des ''implantations israéliennes au regard du droit international.'' Tout en condamnant ''de la manière la plus ferme tous les actes de terrorisme ou de violence.'' Mais, à quoi bon traiter les colonies israéliennes d'''illégales'' et en même temps tarder, au niveau national, à adopter des mesures concrètes et susceptibles de rendre le coût économique de leur maintien prohibitif pour tout cabinet israélien?

Le parlement européen a aussi appelé toutes les factions palestiniennes, Fatah et Hamas en tête, à ''mettre un terme à leurs divisions internes'' et à leurs querelles pour permettre la consolidation de ''l’autorité du gouvernement d’union nationale palestinien'' et les a exhorté à ''accepter les engagements de l'OLP.'' L'unité interpalestinienne est évidemment nécessaire pour la cohésion et l'efficacité de toute action gouvernementale et rien ne pourra se faire de manière durable sans elle. Mais, chaque faction palestinienne a son propre agenda politique et sa propre philosophie de la lutte contre l'occupation et, pour ne rien arranger à leurs affaires, la confiance est loin de régner entre elles. Aussi, demander principalement au Hamas et accessoirement au Jihad islamique, de manière codée et sans les nommer, la reconnaissance de l'État d'Israël et la renonciation à ce que l'État hébreu qualifie de ''terrorisme'' et les factions armées palestiniennes de ''résistance,'' c'est se condamner à être inaudible chez une bonne partie du peuple palestinien et inefficace. D'ailleurs, ni les pressions palestiniennes ou arabes ni le blocus durant des années de la bande de Gaza n'ont réussi à faire changer ces factions palestiniennesde position.

Si le parlement européen a déclaré à cette occasion son appui ''en principe'' à l’idée de ''reconnaissance de l'État palestinien et la solution des deux États,'' il a estimé que ces deux éléments ''devraient être concomitants au processus des pourparlers de paix,'' un processus qui, selon lui, ''devrait être mis en marche.'' Mais, lier la reconnaissance d’un État palestinien à la relance du processus de paix, c’est à toute fin pratique condamner une telle reconnaissance à être reportée sine die. N’oublions pas qu’en plus de vingt ans de négociations, le processus d’Oslo n’a pas pu déboucher sur la création d’un État palestinien. D’un autre côté, ces négociations n’ont jamais empêché les gouvernements de gauche, de droite et d’extrême droite israéliens d’accélérer la colonisation juive des territoires palestiniens occupés, ce qui revient de facto à réduire à néant toute perspective de naissance d’un État de Palestine indépendant et économiquement viable et par conséquent signe l’acte de décès de la solution des deux États, Israël et Palestine. Ce contexte a aliéné la confiance du peuple palestinien dans le processus de négociations. D'où leur changement ces derniers mois de stratégie. Ce contexte politique général compromet également la sécurité des Israéliens.

Le parlement européen a aussi estimé que l’Union européenne ''doit prendre ses responsabilités et devenir un véritable acteur et un médiateur dans le processus de paix au Proche-Orient.'' Il a dans ce sens invité la haute représentante à la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’UE à œuvrer à l’élaboration ''d’une position commune de l'Union à cet égard.'' Deux voeux pieux dans le contexte actuel. Israël s'était durant des années opposé à toute intervention diplomatique de l'UE dans ce conflit car considérée par principe pro-palestinienne ou pas assez pro-israélienne. Une méfiance qui ne peut que se nourrir de la cascade de reconnaissances récentes de l'État de Palestine par des parlements de plusieurs pays du Vieux Continent. À cela s'ajoute une difficulté supplémentaire de taille: chaque État européen est jaloux de sa souveraineté nationale en matière de politique étrangère. Il est encore loin le jour où les États de l'UE accorderaient leurs violons en cette matière.

Le Parlement européen a enfin décidé de mettre en place "Parlementaires pour la paix". Il s’agit d’un cadre de rencontre entre les ''députés européens, israéliens et palestiniens de tous les partis.'' Un moyen de rapprocher les points de vue.

Cette résolution a été adoptée le mercredi 17 décembre, en session plénière, grâce à l’appui de 498 voix. Mais, 88 députés ont voté contre et 111 se sont abstenus.

***

À l’instar des motions adoptées par les parlements britanniques, espagnol, portugais, français et luxembourgeois, la résolution du parlement européen n’est pas contraignante pour les États de l’UE. Comme on vient de l'analyser ci-dessus, ce compromis politique a de nombreuses limites. Mais, d'un autre côté, il représente un pas européen de plus dans la direction de reconnaissance de cet État.

20 décembre 2014



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L’hémicycle du parlement européen / Crédit: www.strasbourg.eu




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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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