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Le "oui" unanime des députés irlandais à l’État de Palestine

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

L'effondrement du processus de paix d'Oslo et la ligne dure du gouvernement de coalition israélien alimentent le mécontentement sur le Vieux Continent, y compris en Irlande. Pour briser cette dynamique, on pense que la reconnaissance d'un État palestinien renforcerait la position du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à la table des négociations d'un accord de paix global et définitif avec Israël.

Les efforts du ministre américain des affaires étrangères, John Kerry, en vue de relancer un processus de paix moribond n’ont rien donné. La colonisation juive des territoires palestiniens occupés continue de plus belle, tuant dans l’œuf tout projet de création d’un État palestinien indépendant et viable. Les massacres à Gaza de l’été dernier ont choqué plusieurs en Europe et ailleurs. La tension en Cisjordanie est montée d’un cran, causant la mort de plusieurs palestiniens et israéliens et faisant craindre le déclenchement d’une troisième Intifada. Dans ce contexte explosif, la grogne se fait de plus en plus entendre parmi des dirigeants européens excédés par la ligne dure du gouvernement de coalition de Benjamin Netanyahou. Pour briser cette dynamique peu propice à la paix, plusieurs parlements européens, dont celui de l’Irlande, sont devenus proactifs et se sont prononcés sur la demande de reconnaissance d’un État palestinien.

La Dáil Éireann favorable à la reconnaissance de l’État de Palestine

Après les chambres des représentants français, britanniques et espagnols et le sénat irlandais, c’était au tour de la chambre basse (ou Dáil Éireann) du parlement irlandais de se prononcer sur une motion symbolique de reconnaissance de l’État de Palestine. Le leader historique du Sinn Fein, Jerry Adams, avait à cet effet présenté une motion à l’appréciation de ses collègues.

La motion a invité le gouvernement de Dublin à "reconnaître officiellement l'État de Palestine sur la base des frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale, comme stipulé par les résolutions des Nations unies." Elle l'a également appelé à faire tout son possible au niveau international pour que les parties israélienne et palestinienne arrivent à entreprendre "un processus de paix inclusif et viable."

Dans l’esprit des rédacteurs de cette proposition, franchir un tel pas serait "une contribution positive à une solution négociée entre deux États de (leur) conflit." Autrement dit: reconnaître un tel État renforcerait la position palestinienne à la table des négociations avec Israël.

Par rapport à d’autres résolutions du genre, celle-ci est assez étoffée.

Même si le Sinn Fein ne représente que la deuxième force de l’opposition (14 sièges), sa motion a été appuyée, à l’unanimité, par les deux partis au gouvernement, le Fine Gael (75 sièges) et le Parti travailliste (37 sièges), les 14 indépendants et les représentants de la Fianna Fáil (20 sièges) et de l’Alliance de la gauche unie (5 sièges). La motion a donc été adoptée le mercredi 10 décembre sans être soumise au vote. Cet appui unanime en dit long sur le degré élevé de mécontentement des députés irlandais du blocage du processus de paix israélo-palestinien et de la ligne dure du gouvernement Netanyahou. D'ailleurs, empêcher un des leurs, Jerry Adams, de se rendre dans la bande de Gaza, quelques jours avant le vote des députés, n’a pas dû améliorer une image israélienne déjà largement écornée dans l’opinion publique irlandaise.

Le caractère non contraignant de la motion du Dáil Éireann pour le cabinet d’Enda Kenny (Fine Gael) n’a pas empêché son ministre des affaires étrangères, Charles Flanagan, de déclarer que l’exécutif soutenait la solution de deux États, Israël et la Palestine, et qu’il n’avait "aucune réserve de principe à l’idée d’une reconnaissance rapide (de l’État de Palestine, ndlr) si, comme je le pense, cela peut contribuer à une solution du conflit" (AFP, 11 décembre 2014)

Israël critique le vote irlandais

Le président de la campagne irlandaise de solidarité avec la Palestine, Martin O’Quigley, s’est réjoui du vote irlandais.

De son côté, l’État hébreu a critiqué le vote du Dáil Éireann. Son ambassade à Dublin a déclaré qu’un tel vote est une ingérence dans un conflit étranger aux côtés d’une partie et aux dépens d’une autre et que cela ne peut aider à l’établissement de la paix entre les Israéliens et les Palestiniens.

Le porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères, Emanuel Nachshon, a, pour sa part, déclaré que "seules des négociations directes (entre les Palestiniens et les Israéliens) pourraient déboucher sur un accord de paix alors que la démarche irlandaise de reconnaissance unilatérale de l’État de Palestine "fait croire aux Palestiniens qu’ils pourraient s’en passer et arriver à leur fin" (Irish Times, 10 décembre 2014).

Le département d’Avigdor Lieberman a donc repris encore une fois plusieurs éléments de sa ligne de communication utilisée pour critiquer la décision suédoise de reconnaître, la première, l’État de Palestine.

La réaction négative israélienne était dans l'ordre des choses. Mais, il est dans l'intérêt à long terme de ce pays de prendre note du fait que si les Irlandais sont arrivés là, comme d’autres Européens avant eux, c’est en raison justement de l’échec, qui était prévisible, d’un processus de paix qui, au terme de plus de 20 ans de négociation, n’a apporté ni la sécurité à la nation israélienne ni la dignité au peuple palestinien. La négociation par l'Autorité palestinienne de la fin de l’occupation militaire et de la colonisation juive de son territoire n'a dissuadé les Israéliens ni d'élargir leur colonisation ni de l'accélérer, empêchant à terme la naissance de l'État de Palestine. Cet état de fait a alimenté la tension en Cisjordanie et fragilisé la sécurité des Israéliens. Cette situation explosive est du pain béni pour les faucons des deux côtés de la clôture.

***

Les députés irlandais, et leurs compatriotes sénateurs avant eux, ont donc reconnu le droit du peuple palestinien à un État souverain et viable. En prenant cette décision, les membres du Dáil Éireann ont fait de la république d’Irlande le quatrième pays membre en règle de l’Union européenne à le faire. Rien n’indique que les parlements européens encore discrets chercheront dans les semaines à venir à éluder la question. À court terme, se posera la question de la position officielle de l’Union européenne sur la reconnaissance de l’État de Palestine. Sautera-t-elle le pas ou se réfugiera-t-elle derrière la position de la chancelière allemande Merkel?

14 décembre 2014



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La chambre basse du parlement irlandais (Dáil Éireann). Crédit: www.oireachtas.ie




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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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