Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

Le parlement portugais dit "oui" à l’État de Palestine

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Les dirigeants européens sont mécontents du blocage du processus de paix israélo-palestinien. Ils multiplient les gestes attestant de leur exaspération par la ligne dure du gouvernement de coalition de Benjamin Netanyahou. Pour ne rien arranger aux affaires d’Israël, l’opinion publique européenne semble s’éloigner de plus en plus d’une position traditionnelle de soutien inconditionnel à l’État hébreu. Pendant ce temps, l’idée de reconnaissance de l’État de Palestine fait son chemin sur le Vieux Continent.

Le processus de paix d’Oslo est au point mort! L’accélération et l’extension de la colonisation juive des territoires palestiniens occupés depuis la guerre de juin1967 rendent désormais impossible tout État palestinien indépendant et viable. Pour tenter de sauver les meubles, et donc la solution des deux États, une idée a fait son chemin sur le Vieux Continent: reconnaître l’État de Palestine. L’idée derrière cette nouvelle approche diplomatique consiste à renforcer la capacité d’une partie palestinienne faible face à la puissante partie israélienne. La Suède a ouvert le bal dans ce sens. Depuis, une majorité de représentants de nations européennes ont appelé leurs gouvernements respectifs et à tour de rôle à aller de l’avant dans le sens de Stockholm. Les députés portugais sont les derniers en date à lancer un tel appel.

L'Assemblée de la République portugaise appelle Lisbonne à reconnaître l’État de Palestine

Le premier ministre libéral portugais, Petro Passos Coelho (1964-), dirige depuis les élections législatives anticipées de juin 2011 un gouvernement de coalition de centre-droit composé de son Parti social-démocrate (PPD/PSD) et du Parti populaire (CDS/PP) de Paolo Portas (1962-). Il dispose donc d’une majorité confortable (132 sièges sur un total de 230 membres de l’Assemblée de la République portugaise). Disposant de 74 sièges, le Parti socialiste d’António Luis Santos da Costa (1961-) représente quant à lui la principale formation d’opposition. Pour rappel, l’Assemblée de la République portugaise est le nom donné au parlement monocaméral dans ce pays

Les députés des deux partis au pouvoir et du Parti socialiste s’étaient entendus avant de déposer conjointement une motion à l’appréciation de leurs collègues. Les auteurs de cette motion ont proposé au gouvernement de "reconnaître, en coordination avec l’Union européenne, l’État de Palestine comme un État indépendant et souverain."

Ils ont également appelé Lisbonne à "continuer à promouvoir le dialogue et la coexistence pacifique de deux États démocratiques, Israël et la Palestine." Tout en déclarant qu’à leur avis "seules des négociations pourront garantir la sécurité et la paix dans cette région." Une formulation censée, nous semble-t-il, apaiser la partie israélienne et le lobby pro-Israël au Portugal.

Le vendredi 12 décembre 2014, les députés de l'Assemblée de la République portugaise se sont prononcés sur cette motion. Comme elle avait d’entrée de jeu l’appui de la majorité au pouvoir et d’une partie de l’opposition, son adoption était assurée. C’est chose faite. L'Assemblée de la République portugaise, réunie à son siège au Palais de São Bento, s’est donc prononcée en majorité écrasante en faveur de la motion de reconnaissance de l'État de Palestine. Seuls neuf députés ont voté contre. Le choix clair du parlement en faveur d’un "État de Palestine", un "État (…) indépendant et souverain," va dans le sens contraire de ce que cherche Israël à imposer à coup de faits accomplis et successifs dans les territoires qu’il continue d’occuper depuis juin 1967. Une façon pour les députés portugais de dire aux Israéliens qu'ils sont contre leurs colonies de peuplement dans ces territoires.

Juste après le dévoilement du résultat du vote des parlementaires, leur collègue et ministre des affaires étrangères, Rui Machete, s'est empressé d'informer l’Assemblée que le gouvernement choisira "le moment le plus approprié" pour donner suite à leur demande et a également exprimé son souhait de voir les peuples israélien et palestinien "cohabiter durablement et pacifiquement" (Cf. Dépêche de l’AFP, 12 décembre 2014).

***

Le vote symbolique des parlementaires portugais en faveur de la reconnaissance d’un État palestinien indépendant et viable n’est pas isolé. Il représente la plus récente démarche dans ce sens en Europe. Des députés et sénateurs d’autres pays l’avaient fait avant eux. Cette cascade de reconnaissances diplomatiques de l’État palestinien montre qu’Israël est de plus en plus isolé sur le Vieux Continent et que son argumentaire est de moins en moins audible.

13 décembre 2014



* Le Palais de São Bento est le siège de l’Assemblée de la République portugaise. Crédit: Inconnu, Wikipedia.


Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Aziz Enhaili
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter