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Benjamin Netanyahou saborde sa coalition gouvernementale

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Benjamin Netanyahou a encore une fois montré combien il était un redoutable tacticien. Tout en poussant à la sortie d’anciens partenaires d’une coalition hétéroclite, il s’est arrangé pour avoir l’air d’un dirigeant qui voulait jusqu’à la dernière minute la conservation de son gouvernement. Au terme de son exercice de communication, il a eu ce qu’il recherchait depuis le début. Plongeant le pays dans des élections générales anticipées.

Ce qui devait arriver arriva. La crise couvait depuis plusieurs semaines au sein du gouvernement de Benjamin Netanyahou. On en parlait dans les médias. On devait à coup sûr s’y attendre au sein de ce cabinet hétéroclite. Un gouvernement de coalition allant des centristes aux faucons de la droite nationaliste et d’extrême droite.

Le prétexte de discipline gouvernementale

Le chef du parti Likoud a limogé de son gouvernement deux de ses ministres: celui des finances, Yaïr Lapid (Yesh Atid: 19 députés), et celle de la justice, Tzipi Lvni (parti Hatnuah: 6 sièges). Le 2 décembre, il a justifié sa décision, en communiqué, par leurs critiques répétées de sa politique: "Au cours des semaines récentes, les ministres Lapid et Livni ont durement attaqué le gouvernement que je dirige." Il est également allé jusqu’à les accuser, en conférence de presse, d’avoir fomenté un "putsch" au sein du gouvernement! Comme si cela n’était pas suffisant, il les a accusés de l’avoir empêché de prendre des décisions nécessaires à la sécurité du pays.

Invoquer la question de discipline gouvernementale pour justifier sa décision de limoger deux de ses importants ministres a plus l’air d’un prétexte que d’autre chose. D’ailleurs, ce n’était pas la première fois que des ministres de son gouvernement fassent des déclarations critiques de sa politique. Sans être limogés pour autant.

Pour faire montre de bonne foi et sauver les apparences, le premier ministre israélien a rencontré son ministre Lapid, le lundi 1er décembre, soit la veille de son limogeage. Il a exigé de lui cinq conditions, tout en sachant d’avance que le chef du Yesh Atid ne pouvait les accepter. Une de ces exigences est le soutien de son projet controversé de loi sur Israël comme l’État du peuple juif (le sujet d’une prochaine chronique).

Le dirigeant israélien a donc eu ce qu’il voulait. Lui qui devrait au début de l’année prochaine faire face à un test de primaires à la tête du Likoud. Même s’il est le favori au sein de son parti, à en croire les sondages d’opinion, il voulait se donner des airs d’un chef fort qui ne badine ni avec la sécurité du pays ni avec la discipline gouvernementale.

Une ligne politique dure en perspective

En limogeant les chefs des partis Yesh Atid et Hatnuah, Benjamin Netanyahou a fait d’une pierre plusieurs coups. Il a sabordé son gouvernement de coalition, deux ans à peine après sa formation. La dissolution de la Knesset (le parlement) lui a également permis de se débarrasser d’alliés récalcitrants et qui ne voyaient d’un bon œil ni sa ligne dure vis-à-vis des Palestiniens ni sa façon controversée de traiter avec l’administration américaine.

Les députés du Likoud ont soutenu officiellement la décision de leur chef de dissoudre la Knesset. Tout comme les partis de l’opposition, de droite comme de gauche, avec chacun son propre calcul politique.

Maintenant que les Israéliens ont rendez-vous avec les urnes le 17 mars prochain, suite à l’entente des chefs des groupes parlementaires, lui le favori des sondages devrait, si la tendance se maintient, se succéder à lui-même à la tête du gouvernement. Une coalition qui devrait se situer encore davantage à droite de l’échiquier politique que lors de la 19e législature. Ce cabinet pourrait être composé des partis de droite nationaliste, religieuse et d’extrême droite. D’ailleurs, le chef du parti ultra-orthodoxe Shas s’est déjà déclaré prêt à s’y allier si un certain nombre de ses demandes étaient satisfaites, dont l’annulation de la loi sur la conscription. Des formations de droite nationaliste dure comme Foyer juif de Naftali Bennett ou d’extrême droite comme Israel Beitenu d’Avigdor Lieberman pourraient également s’y retrouver. La controversée loi faisant d’Israël l’État du peuple juif et l’accélération de la colonisation juive des territoires palestiniens occupés, notamment Jérusalem-Est, représentent des gages pour eux, tout comme pour la base likoudnik.

***

Le gouvernement de coalition n’a donc pu résister ni aux tensions incessantes entre partisans de la ligne dure et adeptes du compromis avec les Palestiniens, ni aux calculs politiques du chef du Likoud. Si les urnes accouchaient l’année prochaine d’une majorité de droite, Benjamin Netanyahou pourrait alors en prendre prétexte pour durcir encore davantage sa ligne et sa politique. Comme les Américains auront la tête ailleurs en 2015 (la préparation des leurs prochaines élections présidentielle et législatives) et avec un Congrès contrôlé par les Républicains, le prochain gouvernement israélien se sentirait plus libre pour accélérer le pas et rendre non viable la solution des deux États, Israël et la Palestine. Tout en protestant de l’absence de partenaire palestinien crédible pour conclure un accord de paix global et définitif.

8 décembre 2014



* Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou / Source de l'image: www.netanyahu.org.il


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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