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Iran: Une grâce pour Ghoncheh Ghavami

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Les relations entre la République islamique et les femmes iraniennes sont complexes. Si l’ordre islamique a permis aux femmes d’enregistrer des taux de scolarisation, y compris au niveau universitaire, jamais atteints du temps de la dictature des Pahlavi, sa législation demeure assez conservatrice et largement misogyne. D’ailleurs, la femme irano-britannique qui voulait assister à un match de volley-ball masculin au stade Azadi de Téhéran en sait quelque chose…

Ghoncheh Ghavami est née en 1989 d’un père iranien et d’une mère britannique, Susan Moshtaghian. Elle a la double nationalité. Elle a obtenu son diplôme de droit à l’Université de Londres. Elle a vécu pendant six ans dans la capitale britannique. Une fois de retour en Iran en 2014, elle a rejoint, à titre de bénévole, une ONG de bienfaisance dédiée à la lutte contre l’illettrisme des enfants des rues.

Les femmes non grata dans les stades d'Iran

Jusque-là, elle était une jeune femme qui aimait s’amuser, croquer la vie à plein dent, comme l’avait raconté à l’auteur de ces lignes une de ses amies lors d’un échange sur Facebook. Elle n’avait donc jusque-là nulle démêlée avec les autorités de la République islamique. Mais, tout a basculé le 20 juin dernier.

Cette journée-là, les équipes iranienne et italienne devaient s’affronter lors d’un match de volley-ball masculin au stade Azadi de Téhéran.

À l’instar d’autres femmes qui étaient présentes sur les lieux au moment des faits, Ghoncheh Ghavami voulait assister à ce match. Mais, elle devait savoir qu’une telle chose est, depuis 2012, prohibée en République islamique puisque la loi iranienne interdit aux femmes de se retrouver aux côtés des hommes dans des stades.

Interdites d’accès au stade Azadi, les dix-sept femmes, dont Ghoncheh Ghavami, ont manifesté sur place. La police des mœurs les a alors arrêtées avant de les relâcher quelques heures plus tard.

Le 30 juin, Ghoncheh Ghavami a été de nouveau arrêtée. Elle a été incarcérée dans la sinistre prison d’Evin.

En mois de septembre, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, le premier ministre britannique a évoqué son cas avec le président iranien Rohani. Mais, David Cameron devait savoir que la République islamique ne reconnaît pas la double nationalité.

Le 1er novembre, elle a été condamnée à un an de prison ferme et à deux ans d’interdiction de sortie du territoire. On l’a accusé de "propagande contre le régime" et d’avoir pris part à des manifestations de l’opposition iranienne à l’étranger.

Sa condamnation a soulevé des protestations en Iran et à l’étranger. Le ministère britannique des affaires étrangères a exprimé son "inquiétude" à cause de cette condamnation. Amnistie internationale en a fait une prisonnière d’opinion et a appelé à sa libération. Plus de 700 000 personnes ont signé une pétition dans ce sens. Plusieurs pages Facebook ont été lancées en sa faveur. La Fédération internationale de volley-ball (FIVB) a déclaré que l’Iran ne pourrait organiser de matchs de volley-ball tant que les femmes ne pourraient accéder aux stades. Elle a dans la foulée retiré à ce pays l’organisation du Championnat du monde des moins de 19 ans, prévu en 2015. La Fédération française de volley-ball et la Ligue nationale de volley ont elles aussi manifesté leur solidarité avec la jeune iranienne.

Devant le tollé international provoqué par cette affaire, Téhéran a nié tout lien entre l’arrestation de la jeune femme et sa loi interdisant la mixité dans les stades.

Ghoncheh Ghavami a rejeté sa condamnation. Elle a aussitôt commencé une grève de la faim, sa seconde, pour protester contre le fait que le jugement du procès du 16 octobre ne lui a pas été formellement notifié. Sa première grève de deux semaines, en mois d’octobre, était pour protester contre sa détention en isolement cellulaire pendant 41 jours et sans le moindre procès.

Le 23 novembre, coup de théâtre: un juge a relâché l'Iranienne contre une caution de 31 273 dollars américains, en attendant que la cour d’appel prononce un verdict définitif dans son affaire.

Cette libération conditionnelle pourrait être interprétée comme une mesure d’apaisement de la part d’un pays engagé dans des négociations difficiles et complexes avec le Groupe 5+1 (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine et Russie, en plus de l’Allemagne) sur son programme nucléaire.

La fête du nouvel an iranien (Nowruz) a apporté un beau cadeau à la famille Ghavami. C'est le frère de Ghoncheh qui l'a en personne annoncé sur une page créée par lui sur le réseau social Facebook pour mobiliser l'opinion publique internationale en faveur de sa soeur. Ghoncheh Ghavami a été grâciée, le mardi 31 mars 2015. ''Aujourd'hui, je peux vous dire que Ghoncheh est libre!'', s'est-il réjoui. ''Ghoncheh n'aura pas à passer un autre jour, une autre heure en prison.'' Tout un soulagement pour sa famille et pour ses proches. Toutefois, un bémol. Elle reste sous le coup d'une interdiction de voyager pendant deux ans.

***

Le calvaire de Ghoncheh Ghavami jette une lumière crue sur le sort des femmes en Iran. Il fournit une illustration du régime de discrimination qui leur est infligé comme femmes dans le pays des mollahs. D’ailleurs, depuis 2012, les Iraniennes sont exclues de plusieurs programmes de formation universitaire. Cette politique cherche in fine à réduire à un seuil gérable la pression des féministes iraniennes sur le système social et politique de leur pays.

3 décembre 2014, Mis à jour: 2 avril 2015



* Image de Ghoncheh Ghavami / Source: www.amnesty.org.uk


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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