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La Francophonie choisit une femme à sa tête

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

L’Organisation internationale de la Francophonie est une institution importante. Elle vient de marquer l’histoire. En choisissant une femme pour diriger ses destinées, elle a fait tomber une barrière devant l'accès de la femme à une position de prestige de premier ordre.

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est une institution multilatérale. Elle comprend 77 États membres ou observateurs et représente 890 millions d’habitants. 30 des 57 États membres de l'OIF sont africains. La France finance 53% du budget de l’organisation. Comme son secrétaire général sortant, Abdou Diouf, ne pouvait se représenter pour un nouveau mandat, six candidats ont mené campagne pour lui succéder. Ces aspirants sont: le Mauricien Jean-Claude de l’Estrac, le Burundais Pierre Buyoya, le Congolais Henri Lopes, le Guinéo-équatorien Agustin Nze Nfumu et la Canadienne d’origine haïtienne Michaëlle Jean. Ils devaient convaincre les chefs d’État et de gouvernement réunis, les 28 et 29 novembre, à Dakar, pour un sommet de deux jours.

Michaëlle Jean à la tête de la Francophonie

C’est l’ancienne gouverneure générale du Canada qui a réussi à être choisie comme nouvelle secrétaire générale de la Francophonie. Du jamais vu pour une femme et pour cette organisation!

Comme l’indique sa biographie autorisée sur son site de campagne, Michaëlle Jean est née en 1957 à Port-au-Prince en Haïti. Elle a connu l’expérience de l’exil et du déracinement puisqu’elle s’est réfugié avec ses parents à Montréal alors qu’elle n’avait que onze ans.

Elle a poursuivi, avec succès, ses études universitaires au pays et en Italie en littérature et langues modernes. Elle maîtrise six langues: le français, l’anglais, l’italien, l’espagnol, le créole et le portugais.

Après avoir travaillé à Radio-Canada entre 1988 et 2005 et remporté plusieurs distinctions, le premier ministre libéral Paul Martin l’a désigné Gouverneure générale et commandante en chef du Canada. Une désignation qui a irrité fortement les souverainistes québécois qui voyaient en elle une des leurs.

Durant son mandat de cinq ans, elle a apporté une touche chaleureuse à sa fonction de chef d’État. Les femmes africaines s’en rappelleront pendant longtemps encore... Le premier ministre conservateur Harper a quant à lui fini par trouver un modus vivendi avec elle, ce qui n’était pas chose aisée au départ.

En 2010, l’UNESCO l’a désigné son envoyée spéciale pour Haïti. Une affectation qui est arrivée à un moment critique de l’histoire de ce pays, celui d’un tremblement de terre particulièrement dévastateur et qui avait fait 300 000 morts.

Elle a obtenu différentes distinctions et plusieurs doctorats honoris causa au pays et à l’étranger.

Une Francophonie du XXIe siècle

C’est grâce au mécanisme de consensus des 53 pays membres de plein droit de l'OIF que Michaëlle Jean a pu succéder à l’ancien président sénégalais Diouf à la tête de l'organisation francophone.

Dans une déclaration devant les chefs d’État et de gouvernement, la nouvelle secrétaire général désignée a fait l’éloge de l’œuvre de son prédécesseur et s’est engagé à travailler avec eux ainsi qu’avec les opérateurs de la Francophonie, l’Association des parlementaires francophones et la société civile pour mettre en œuvre la feuille de route issue du Sommet de Dakar: "J’entends répondre aux besoins et aux attentes des États et gouvernements membres de l’OIF, tout en donnant une nouvelle impulsion à la Francophonie."

Elle a également insisté sur le rôle des femmes et des jeunes.

Elle a aussi plaidé en faveur de ce qu’elle appelle une "Francophonie moderne tournée vers l’avenir." Cette "Francophonie du XXIe siècle'', a-t-elle affirmé, ''sera au service et à l’écoute des jeunes et des femmes" et l’a promise "prospère" car "elle conjuguera l’accroissement des échanges et le développement humain et durable pour tous". Cette Francophonie sera donc, selon elle, un espace économique propice au développement de ses membres. Dans ce cadre, elle a enfin mis l’accent sur la nécessité de promouvoir l’usage de la langue française et de renforcer l’action économique dans l’espace francophone.

***

Le XVe Sommet de la Francophonie a donc permis à Michaëlle Jean de devenir la nouvelle secrétaire générale de cette organisation multilatérale. C’est la première fois qu’une femme, de surcroît une Canadienne d’origine haïtienne, réussit à y arriver. Son pays d’adoption et son pays d’origine s’en sont réjouis. Tout comme le Québec. Mais, si on peut se réjouir de voir une femme faire cette avancée dans un milieu considéré jusque-là comme un "boy’s club", la façon dont elle a été désignée n’est pas moderne. Peut-être le temps est venu pour que cette organisation envisage de renoncer la prochaine fois au mécanisme observé jusque-là et qui veut que son secrétaire général soit désigné par consensus des États membres, à la faveur de celui de l’élection. Une telle réforme rehausserait un peu plus le prestige de l’OIF et de son patron. Mais, les premiers concernés accepteraient-ils de renoncer de leur propre chef à un levier de négociation et donc de pouvoir?

30 novembre 2014



* La nouvelle secrétaire générale de la Francophonie Michaëlle Jean / Source de l'image: sa page officielle Facebook.


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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