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Peter Kassig, un humanitaire au chevet du peuple syrien

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le groupe terroriste État islamique ne fait pas dans la dentelle. Sa cruauté est sans limite. Les musulmans en Irak et en Syrie en savent quelque chose... Même des convertis à l’islam n'ont pas échappé à la cruauté de ses combattants sectaires. Les minorités religieuses non plus. Pourtant, ces exactions représentent une violation de plusieurs commandements de la religion dans ils se réclament!

Là où la présence des milliers de combattants de l’État islamique (EI) se fait sentir, la terreur n’est jamais loin. Depuis l’auto-proclamation de leur chef "calife des musulmans", ils n’ont cessé de multiplier exactions de masse et crimes contre l’humanité en Irak et en Syrie. Pour se venger des frappes aériennes de la coalition internationale contre ses camps, l'EI a multiplié les exécutions par décapitation d’otages occidentaux. Après avoir décapité deux journalistes américains, James Foley et Steven Sotloff, et deux travailleurs humanitaires britanniques, David Haines et Alan Henning, il a fait trancher la tête à un humanitaire américain.

Une vocation d'aide au service des victimes syriennes de la guerre contre les civils

Le dimanche 16 novembre, une vidéo d’une durée de 17 minutes est diffusée par Al-Furqan, organe médiatique de groupes extrémistes. On y voit un combattant à l’accent britannique revendiquer l’assassinat par décapitation d’un troisième otage américain.

Peter Kassig (26 ans) est originaire de l’Indiana. Il avait rejoint l’armée américaine en 2004. C’est à titre de membre des "rangers" qu’il avait brièvement servi en Irak entre avril et juillet 2007. L’armée l’avait démobilisé pour des raisons médicales. Il avait rejoint l’Université Butler à Indianapolis pour étudier la science politique entre 2011 et 2013.

En 2012, il avait fondé une organisation humanitaire du nom de "Special Emergency Response and Assistance" (SERA). C’est une ONG spécialisée dans l’assistance médicale d’urgence au service des déplacés de l’intérieur et des réfugiés syriens. Cette ONG avait aussi livré vivres, équipements de cuisine, vêtements et médicaments.

Au cours du mois de mai de la même année, il s’est rendu à Beyrouth pour voir comment il pouvait aider les réfugiés syriens. Il a profité de son séjour libanais pour prendre des cours de langue arabe et pour travailler bénévolement, à titre de spécialiste de médecine d’urgence, dans un hôpital tripolitain fréquenté par les réfugiés syriens. 150 civils ont été formés par lui à prodiguer des soins médicaux en Syrie.

Cet engagement bénévole a permis à l’humanitaire américain de donner "un sens" à sa vie et de développer de "l'affection et de l'admiration pour le peuple syrien" au point de se sentir comme s’il était "chez lui en Syrie," selon son père, Ed Kassig.

Le 1er octobre 2013, l'EI l'a enlevé à Daïr Zour, une ville située à 450 km de Damas. Cela a amené son ONG à suspendre temporairement ses activités en Syrie.

Grâce à sa famille, on a appris que Peter Kassig s’était converti à l’islam pendant sa captivité. Cela s’est passé en 2013 au contact d’un détenu syrien. L’otage a également adopté un prénom islamique: Abdul-Rahman (AFP, 16 novembre). Une façon de marquer ce moment de sa vie. Sa lettre a permis à ses parents d’apprendre également qu’il était en fin de compte en paix avec lui-même malgré les traitements cruels qu’il subissait aux mains de ses ravisseurs. Ces derniers ne lui pardonnaient pas d’avoir servi comme soldat en Irak et y prenaient prétexte pour l’humilier et rendre sa détention infernale. Sans le moindre égard pour sa conversion.

Le 3 octobre, Abdul-Rahman Kassig a fait surface dans la vidéo de décapitation d’un autre otage, l’humanitaire britannique Alan Henning. L’occasion pour l’EI de justifier son geste barbare par les frappes aériennes américaines en Irak et en Syrie et de menacer du même souffle de faire subir le même sort à l’humanitaire américain.

Les supplications des Kassig de libérer leur fils n’ont finalement pas trouvé grâce aux yeux du groupe terroriste qui a revendiqué dans une vidéo diffusée le 16 novembre 2014 sa décapitation. Il a justifié ce meurtre par l’annonce, quelques jours auparavant, par Barack Obama de l’envoi en Irak de soldats supplémentaires: "Vous aviez prétendu il y a quatre ans que vous vous retiriez d'Irak (...) En fait, vous n'aviez fait que cacher certaines de vos troupes (...) Celles ayant été retirées sont revenues en plus grand nombre" (Reuters, 16 novembre), a déclaré à l’adresse du président américain un homme masqué à l’accent britannique. Le même combattant a menacé de faire subir le même sort d’Abdul-Rahman Kassig à tout soldat américain qui se retrouverait sur son chemin. Pour rappel, avec l’annonce du locataire de la Maison-Blanche de l’envoi en Irak de 1500 conseillers militaires supplémentaires pour aider l’armée à combattre l'EI, le nombre des soldats américains déployés là-bas atteindra les 3100 personnes.

Dans la même vidéo, des combattants de l’EI sont montrés en train d’exécuter par décapitation 18 hommes présentés comme des soldats syriens.

Effroi occidental et colère syrienne

La nouvelle de l’exécution de l’otage Kassig a soulevé la consternation aux quatre coins du monde. Les condamnations ne se sont pas fait attendre.

Barack Obama a qualifié cette exécution de "mal absolu"!

Sur son compte twitter (@David_Cameron), le premier ministre britannique Cameron s’est dit combien il était "horrifié à cause du meurtre de sang-froid d'Abdul-Rahman Kassig." Une exécution qui apporte la preuve, à ses yeux, de "la perversité" du groupe EI.

Le président français François Hollande a lui aussi dénoncé l’exécution de l’humanitaire américain. Mais, il est allé plus loin que le dirigeant britannique en la qualifiant, ainsi que les précédentes, de "crimes contre l'humanité"! Dans le même ordre d’idée moral, son premier ministre Manuel Valls a condamné, par voie de communiqué, un "nouvel acte de barbarie".

Plusieurs Syriens de l'intérieur et de la diaspora ont été eux aussi choqués par l'exécution de l'otage américain et l'ont condamné sans détour. Aussi, dans une des affiches sur les réseaux sociaux d'une jeune syrienne, on peut lire: ''Brother Abdul-Rahmane Kassig''. Dans une autre image, antérieure à son exécution, un groupe de Syriens demandait sa libération. Ce qui en dit long sur le type de proximité que le regretté avait su cultiver avec ce peuple persécuté et l'affection qu'on lui portait.

D'ailleurs, un prédicateur syrien, réfugié au Maroc, le shaykh Muhammad al-Yaqoubi, a fait le déplacement aux États-Unis pour faire le service religieux lors de ses funérailles. À cette occasion, ce religieux a livré un message fort et réconfortant pour la famille et les proches du défunt.

***

Le groupe terroriste EI a donc exécuté par décapitation un troisième otage américain. Une exécution qui vient rappeler à tous sa cruauté. En s’en prenant de la sorte aux ressortissants américains, ce groupe sectaire cherche, entre autres, à pousser les États-Unis à déployer leurs soldats d’infanterie sur les terrains syrien et irakien pour pouvoir venger ses combattants tués lors des frappes aériennes de la coalition militaire internationale. Barack Obama lui offrirait-il ce cadeau ou au contraire éviterait-il à son pays de tomber dans ce piège?

22 novembre 2014



* L'humanitaire Peter Kassig en Syrie / L'image est une gracieuseté du responsable des relations publiques de la famille Kassig.


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État islamique
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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