Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

L’Union européenne soutient l’État de Palestine et le partage de Jérusalem

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Les massacres de Gaza de l’été dernier ont marqué les esprits en Europe et dans le reste du monde. Ils ont porté un coup sévère à l’image de marque de l’État d’Israël notamment dans l’opinion publique européenne. Ils y ont permis à l’idée de reconnaître l’État de Palestine de faire son chemin. L’argumentaire israélien semble à ce chapitre usé au point d'être désormais incapable de contrer les avancées de cette idée sur le Vieux Continent.

La frustration de l’opinion publique ne cesse de prendre de l’ampleur sur le Vieux Continent relativement au conflit israélo-palestinien. En raison d’événements historiques tragiques et de l’absence d’une voix unique qui parle pour elle en matière de politique étrangère et de sécurité commune (PESC), l’Union européenne (UE) s'est largement auto-cantonnée jusque-là dans un rôle de bailleur de fonds des Palestiniens. Mais, avec un processus de paix au point mort et en raison de son importante contribution financière à la reconstruction palestinienne et de ses liens avec Israël, l’UE s’estime en droit de jouer un rôle important dans la résolution du conflit israélo-palestinien.

Plaidoyer en faveur de l’État de Palestine et du partage de Jérusalem

Federica Mogherini est la chef de la diplomatie européenne. C’est à titre de Haute représentante de l’UE que cette italienne a effectué, la semaine dernière, sa première visite officielle en Israël, dans les territoires palestiniens occupés et en Jordanie.

Pour prendre à témoin la "communauté internationale", elle a, le vendredi 7 novembre, fait à Jérusalem une déclaration publique devant le premier ministre israélien.

Après avoir, à cette occasion, rassuré son hôte sur la disposition de l’UE à soutenir un nouveau départ dans la région, Mme Mogherini a souligné l’accroissement au Moyen-Orient des menaces. Des dangers non seulement pour la région, mais également pour un Vieux Continent qui a, selon elle, intérêt à voir le Moyen-Orient jouir "de la stabilité, de la sécurité et de la paix". Elle s’est dit inquiète en raison à la fois des récents "affrontements" dans la partie arabe de Jérusalem entre les Palestiniens et les forces de sécurité israéliennes et de la non reprise de "pourparlers directs" entre les deux parties depuis leur accord de cessez-le-feu du mois d’août au Caire. Pour rappel, cet accord a mis un terme à 52 jours d’un conflit qui a coûté la vie à plus de 2200 Palestiniens, des civils pour la plupart, et à 74 Israéliens, quasiment tous des militaires.

Mais, la diplomate européenne s’est dit prête à "soutenir des négociations directes" entre les deux parties pour qu'elles parviennent enfin à "une solution de deux États". Cette option permettrait, selon elle, à "Israël de jouir d’une complète sécurité" puisqu'elle l'aiderait à ''régler la question palestinienne" et à conclure un accord de paix avec l'ensemble du monde arabe.

C’est parce que "la sécurité et la paix pour tous dans la région est cruciale pour les intérêts européens" que la chef de la diplomatie européenne s’est engagée à "soutenir totalement et de manière concrète toute démarche" allant dans ce sens.

Une fois à Gaza, le lendemain, Federica Mogherini s’est montrée plus explicite. Lors d’une conférence de presse, elle a déclaré: "il faut un État palestinien, c'est l'objectif (de l’UE, ndlr)". A l’adresse de ceux qui pouvaient en douter encore, elle a affirmé: "cette position est partagée par toute l'Union européenne". Tout en prévenant le gouvernement va-t-en-guerre de M. Netanyahou: "le monde ne supportera pas une quatrième guerre" après celle de cet été contre Gaza.

Une fois à Ramallah (Cisjordanie), siège de l’Autorité palestinienne (AP) et troisième étape de sa tournée dans la région, la Haute représentante de l’UE a déclaré que: "le défi est de montrer que Jérusalem peut être partagée en paix et dans le respect". Autrement dit: devenir "la capitale de deux États", les États de Palestine et d’Israël.

Lors d'une conférence de presse conjointe avec le premier ministre palestinien, Rami Hamdallah, on l’a entendu qualifier les colonies (juives dans les territoires occupés) d’"illégales" et d’"obstacles à une solution à deux États" et donc au partage de Jérusalem entre les deux nations.

Les déclarations ci-dessus de la diplomate européenne vont à l'encontre des affirmations traditionnelles de la droite nationaliste israélienne que Benjamin Netanyahou a répétées en présence de la première concernée dès son arrivée en Israël:  le rejet de "l'affirmation sans fondement (sic, ndlr) que les implantations juives sont la racine du conflit israélo-palestinien" puisque, selon lui, la "question ne porte pas sur le territoire, mais plutôt sur notre existence même et le refus de reconnaître Israël", puis "Jérusalem est notre capitale, pas une implantation".

Le premier ministre israélien a également déclaré que si son pays était prêt à reprendre les négociations de paix, les Palestiniens ne l’étaient pas et les a accusés de refuser de reconnaître le droit du peuple juif à vivre chez lui, en Israël. Il a aussi critiqué toute reconnaissance unilatérale de l’État de Palestine et insisté sur les ''menaces'' pour son pays de ''l’islam radical'' et d’une ''puissance nucléaire iranienne''.

Benjamin Netanyahou a donc balayé du revers de la main les affirmations de la chef de la diplomatie européenne. Au lieu d’inscrire le conflit sur une base territoriale, le chef du Likoud a préféré se replier sur le terrain qu’il affectionne particulièrement et où il se sent le moins vulnérable, celui de l’idéologie.

***

Même si Federica Mogherini n’a fait que reprendre les positions traditionnelles de l’UE au chapitre du conflit israélo-palestinien, ses déclarations, en cette période de tensions exacerbées dans la partie arabe de la Ville sainte et de maturité de l’idée de reconnaissance unilatérale de l’État de Palestine sur le Vieux Continent, ne pouvaient tomber plus mal pour le gouvernement israélien. Sa diplomatie ne semble plus en mesure d’infléchir le mouvement lancé par la Suède. D'ailleurs, la chef de la diplomatie européenne a prévu de discuter  de la question de reconnaissance de l’État de Palestine avec les ministres des affaires étrangères des États de l’Union. De son côté, l’AP de Mahmoud Abbas a prévu de soumettre dans quelques jours au Conseil de sécurité des Nations unies un projet de résolution fixant à deux ans le calendrier de la fin de l'occupation et du début du processus de reconnaissance d'un État dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale.

12 novembre 2014



* Federica Mogherini et Benjamin Netanyahou / Source de l'image: le compte twitter officiel du Service d'action extérieure européenne: eu_eeas


Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Aziz Enhaili
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter