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Le Sénat irlandais appelle Dublin à reconnaître l’État de Palestine

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Alors qu’il jure tous ses dieux sa volonté de conclure un accord de paix global et définitif avec les Palestiniens, le premier ministre israélien Netanyahou ferme les yeux quand il n’encourage pas la colonisation juive des territoires palestiniens occupés. Des faits accomplis qui se multiplient sur le terrain et qui rendent la naissance d’un État palestinien viable et vivant en paix et en sécurité aux côtés de l’État hébreu une simple vue de l’esprit. Cette situation alimente non seulement la frustration des Palestiniens, mais également l'insécurité israélienne et l’exaspération aux quatre coins du monde. D’où le récent geste du Sénat irlandais.

La promesse du nouveau gouvernement suédois de reconnaître l’État de Palestine a visiblement changé la donne en Europe. Juste après, la Chambre des Communes en Grande-Bretagne a voté en faveur d’une motion non contraignante appelant le gouvernement Cameron à suivre l’exemple suédois. Au cours du même mois d’octobre, le Sénat de l’Irlande a voté une motion enjoignant le gouvernement de Dublin de faire de même.

Le droit des Palestiniens à un État n’est pas un cadeau

L’Irlande a été le premier pays européen à reconnaître l’Organisation de la libération de la Palestine comme représentant légitime du peuple palestinien et du droit de cette nation à un État indépendant.

Le 22 octobre, la sénatrice Averil Power du Fianna Fáil, principal parti d’opposition de tendance centre-droit, a proposé une motion à ses collègues de la Chambre haute (le Seanad Éireann) du parlement irlandais. Elle les a appelé à voter en faveur d’une proposition demandant au "gouvernement de reconnaître officiellement l’État de Palestine et à faire tout ce qu’il peut au niveau international pour aider à sécuriser une solution viable à deux Etats au conflit israélo-palestinien et permettre aux citoyens des deux États de vivre en paix et en sécurité".

Dans son discours devant le Sénat, Averil Power a accusé Israël d’avoir "fait tout ce qu’il peut pour saper les chances (de parvenir à une solution à deux États)", en plus de 20 ans de négociations avec les Palestiniens. "Tout en feignant de parler de paix, (Israël) n’a cessé d’intensifier son occupation illégale de la Palestine".

Elle a également reproché à l’État hébreu la "confiscation de terres" palestiniennes, "l’intensification de la colonisation juive illégale", l’érection du "mur de séparation" et "trois guerres en six ans contre les populations de Gaza", et l’a accusé d’avoir mis en place un "régime d’apartheid en Cisjordanie, qui nie les droits humains fondamentaux des Palestiniens que les Israéliens ont pour acquis."

Pour remédier à la faiblesse des Palestiniens à la table des négociations avec Israël, la sénatrice conservatrice a appelé ses collègues à appuyer sa motion. À ses yeux, c’est grâce à "la reconnaissance de l’État de Palestine" que "nous allons créer une pression sur Israël pour l'amener à poursuivre un véritable processus de paix avec une réelle perspective de paix et de justice pour les Israéliens et les Palestiniens."

Quelques sénateurs n’étaient pas à l’aise avec la motion d’Averil Power. L’indépendant Paul Bradford n’a d’ailleurs pas hésité à s’exprimer dans ces termes. Il a également reproché à sa collègue "un portrait non équilibré de la situation au Moyen-Orient" et une "partisannerie" excessive. Un camarade du Fianna Fáil de la sénatrice, Paschal Mooney, est allé dans le même sens que M. Bradford et a reproché à ses collègues un parti pris pro-palestinien.

La motion a été adoptée sans vote puisqu’elle avait reçu le soutien d’une majorité de sénateurs (31 voix/60) avant le débat. Elle se lit comme suit: "Seanad Éireann (le Sénat de l'Irlande) appelle le gouvernement à reconnaître officiellement l’Etat de Palestine et à faire tout ce qu’il peut au niveau international pour aider à sécuriser une solution viable à deux Etats au conflit israélo-palestinien."

La motion d’Averil Power a été adoptée grâce à l’appui de son propre parti, Fianna Fáil (quatorze sénateurs sur dix-huit), ainsi qu’au soutien des trois membres du Sinn Féin, de huit travaillistes (sur onze) et de six indépendants (sur quatorze). Les dix-huit représentants du Fine Gael n’ont pas appuyé la motion.

Comme l’a rapporté le titre Irish Mirror (24 octobre 2014), la sénatrice conservatrice a reçu des courriels à la saveur raciste la menaçant de ''viol'' ou la traitant d’"antisémite" et même de "nazie", après l’adoption de sa motion.

Réactions israéliennes

Israël n’a pas apprécié le vote irlandais et l’a critiqué. Alors que son ministre des affaires étrangères n’avait pas réagi publiquement le soir d’adoption de la motion de la sénatrice Power, son ambassade à Dublin s’est aussitôt chargée de transmettre le message. Il a d’ailleurs consacré un communiqué et deux tweets répartis en quatre morceaux désapprobateurs à ce sujet.

Le communiqué de presse a collé à la même ligne de communication utilisée par les autorités israéliennes chaque fois qu’il est question de reconnaître l’État palestinien, même si elle a du plomb dans l'aile: "reconnaître la "Palestine" de manière unilatérale est contreproductif car il donne aux Palestiniens l’impression de pouvoir atteindre leurs objectifs sans même négocier avec Israël."

Dans son premier tweet, la mission de l’ambassadeur Boaz Modai a fait un rapprochement pour le moins étrange entre le meurtre d’un bébé israélien à Jérusalem et la motion sénatoriale irlandaise: "Aujourd’hui, un Palestinien a tué un bébé de 3 mois (!), un bébé juif à Jérusalem et hier le Sénat irlandais a adopté une motion demandant au gouvernement de reconnaître l’État de Palestine sans négociations de paix directes entre Israël et les Palestiniens."

Dans le second, on a cherché à toucher un nerf sensible chez le peuple irlandais: "Imaginez un peu si n’importe quel pays avait reconnu un statut final en faveur de l’une des parties du conflit en Irlande du Nord avant que le processus de paix ne soit engagé à Belfast."

L’intention de l’ambassade israélienne était visiblement de mettre sur la défensive les Irlandais. Mais, c’était sans compter avec la combativité de la première concernée des leurs. Averil Power y a rétorqué en invitant les autorités israéliennes non à culpabiliser les Irlandais, mais à réfléchir aux raisons qui ont poussé un nombre croissant de pays à suivre la voie privilégiée par son institution (Irish Mirror, 24 octobre 2014).

***

Le mois d’octobre de cette année s’est révélé catastrophique pour la diplomatie israélienne sur le Vieux Continent. En annonçant son intention de reconnaître l’État de Palestine, la Suède a ouvert le bal. Après la Chambre des Communes britannique, des représentants d’une autre nation occidentale ont eux aussi jeté tout leur poids dans la bataille de reconnaissance de l’État palestinien. Pour ne rien arranger aux affaires d'Israël, la diplomatie suédoise est entrée sur la ligne de front pour tenter de convaincre l’Union européenne de suivre son exemple. Sa patronne, Margot Wallström, pourrait à coup sûr compter sur l’appui et le dévouement de la sénatrice irlandaise Powell à cette cause. La question maintenant n'est plus de savoir s'il y aura ou non d'autres nations européennes qui joindront le mouvement, mais quand et laquelle  d'entre elles qui sera la prochaine.

6 novembre 2014



* La sénatrice Averil Power / Source de l'image: http://www.averilpower.ie


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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