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La Suède reconnaît l’État de Palestine

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le blocage du processus de paix d’Oslo est un motif de frustration au Moyen-Orient et dans le reste du monde. Sur le terrain, aucune lueur d’espoir à l’horizon. Cette situation alimente la tension dans la région et jette son ombre sur les relations entre le gouvernement Netanyahou et l’administration Obama. Pour remédier à cette situation, plusieurs en Occident envisagent de nouvelles avenues. Au grand dam d’Israël.

Le processus d’Oslo a plus de vingt ans. Il est quasi mort. Il n’a apporté ni la paix aux Palestiniens ni la sécurité aux Israéliens. Au lieu d’assister à la naissance d’un État national, souverain, viable économiquement et doté de continuité territoriale, aux côtés de l’État d’Israël, les Palestiniens voient ce rêve s’éloigner en raison de l’expansion continue des colonies juives dans les territoires occupés. Cette série de faits accomplis rend la situation explosive et alimente la frustration palestinienne et l’insécurité israélienne. Pour tenter de briser cette dynamique malsaine, la Suède s’est décidée à agir.

Une première pour un pays de l’Union européenne

Le 3 octobre, le nouveau premier ministre socio-démocrate Stefan Löfven avait fait une promesse devant les parlementaires suédois: ''reconnaîtra l’État de Palestine'' par son gouvernement. C’est chose faite le jeudi 30 octobre. Il a chargé sa ministre des affaires étrangères d’annoncer cette reconnaissance par décret. Autrement dit: il s’est passé de l’aval du parlement.

Selon Margot Wallström, ce geste est "un pas important qui confirme le droit des Palestiniens à l'autodétermination". Elle a déclaré en conférence de presse que son "gouvernement considère que les critères de droit international pour une reconnaissance de l’État de Palestine sont remplis: il y a un territoire, bien que sans frontières fixes, une population et un gouvernement".

À l’arrière-plan de cette décision, il y a la prémisse selon laquelle si les négociations d’Oslo avaient échoué, c’est notamment en raison du rapport déséquilibré de force en faveur d’une seule partie et donc si l’État de Palestine était reconnu, alors l’influence des extrémistes s’affaiblirait et la position de l’Autorité palestinienne (AP) serait renforcée et pourrait donc négocier dans de meilleures conditions avec le gouvernement Netanyahou un accord définitif et global de paix. Selon le communiqué de presse du ministère de Margot Wallström, un tel accord permettrait enfin à "l’État d’Israël de coexister dans la paix et la sécurité avec l’État de Palestine".

Le gouvernement Löfven a également décidé à cette occasion d’augmenter le montant de son aide bilatérale aux Palestiniens. Ce programme d’aide d’une durée de cinq ans s’élève désormais à 1,5 milliard de couronnes suédoises (200 millions de dollars américains) au lieu des 500 millions de couronnes accordés jusque-là. Cette enveloppe s’ajoutera au généreux programme d’assistance humanitaire pour contribuer à la construction des institutions de l’État de Palestine.

Le président de l’Autorité palestinienne a immédiatement salué l’initiative suédoise. Tout en la qualifiant de "courageuse et historique", Mahmoud Abbas a appelé les autres États membres de l’Union européenne qui ne l’ont pas encore fait à lui emboîter le pas. Pour rappel, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, Malte et Chypre l’avaient fait avant de rejoindre l’UE.

La chef de la diplomatie suédoise a déclaré espérer que tout "cela va être reçu par Israël de manière équilibrée et constructive", puisque son gouvernement "ne prend pas parti" dans le conflit israélo-palestinien et qu’il "se met du côté du processus de paix".

Colère et rétorsion israéliennes

Comme devait s’y attendre Stockholm, Israël ne l’a pas entendu de cette oreille. Le chef de sa diplomatie a déclaré, dans un communiqué, que les négociations entre Israéliens et Palestiniens devaient précéder la reconnaissance d’un État palestinien et non le contraire. Avigdor Lieberman a également dénoncé une décision suédoise qualifiée de "malheureuse". À l'en croire, une reconnaissance unilatérale d’un État palestinien réduirait ''les chances de parvenir à un accord de paix'', renforcerait ''les exigences irréalistes des Palestiniens" (le retour aux frontières d'avant la guerre de juin 1967 et Jérusalem-Est comme capitale de leur État, ndlr) et encouragerait "les éléments extrémistes et la politique de refus des Palestiniens". Mais, si la recette que défend ici le chef du parti d'extrême droite était aussi efficace qu'il le prétend, la Suède serait-elle arrivée à prendre la décision que l'on sait?

Le chef du parti d’extrême droite Israel Beytenou n’a pas pu s’empêcher de faire au passage assaut d’amabilités: "le gouvernement suédois doit comprendre que les relations au Moyen-Orient sont plus compliquées que le montage des meubles Ikea (le géant suédois de l’ameublement, ndlr), et qu’il faut agir en ce domaine avec responsabilité et sensibilité".

Pour répondre du tac au tac au politicien israélien, la chef de la diplomatie suédoise a déclaré, sur le réseau américain CNN: "Je serais ravie d'envoyer un kit Ikea à Avigdor Lieberman. Il découvrirait que cela demande avant tout un partenaire, de la coopération et un bon manuel".

En guise de protestation, le chef de la diplomatie israélienne a également rappelé à Jérusalem son ambassadeur Bachman à Stockholm pour ''consultation''. Selon Haaretz (30 octobre 2014), le ministre Lieberman envisage l’idée de dégrader le niveau des relations diplomatiques de son pays avec la Suède.

***

Ni Israël ni son lobby en Suède et aux États-Unis n’avaient ménagé le moindre effort pour dissuader un membre de l'Union européenne de l’importance de la monarchie scandinave de joindre le geste à la promesse. C’est donc un échec cinglant pour les deux. La Suède devient donc le premier pays membre en règle de l’UE à reconnaître officiellement la Palestine comme Etat indépendant. Sa démarche est le signe à la fois de l’échec de la méthode Oslo, chère aux cabinets israéliens successifs, et de l’exaspération qui gagne de plus en plus de dirigeants occidentaux à cause du blocage du processus de paix. Désormais, les pressions iront crescendo sur les autres États de l'Union pour les convaincre d'aller dans le sens suédois.

4 novembre 2014



* Le premier ministre Stefan Löfven et sa ministre des affaires étrangères Margot Wallström / Source de l'image: la page officielle Facebook de M. Löfven.


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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