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BHL persona non grata dans le berceau du Printemps arabe

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Bernard-Henri Lévy (BHL) est une figure médiatique qui suscite la controverse dans son pays et à l'étranger. Certains en France aiment bien le détester, avec passion, quand d'autres l'encensent démesurément. Dans le monde arabe, ce serait une gageure de vouloir trouver des gens qui aimeraient volontiers prendre le risque de sa défense. Le chaos libyen auquel on associe souvent son nom n'est pas pour plaider en sa faveur.

Bernard-Henri Lévy est un écrivain controversé. Il a mauvaise presse dans le monde arabe. On lui prête souvent en politique étrangère une influence exagérée, entre autres, dans le dossier libyen. Ses détracteurs lui reprochent notamment sa proximité avec le premier ministre israélien Netanyahou et sa défense inconditionnelle de l'État hébreu. D'ailleurs, ils ne se gênent nullement à exprimer ce qu’ils pensent de lui.

"BHL dégage!"

Selon un tweet du blogueur et ancien membre du premier gouvernement de transition Slim Amamou (@slim404), ce sont des passagers tunisiens d'un vol Paris-Tunis où se trouvait en même temps Bernard-Henri Lévy qui avaient, via Facebook, alerté leurs compatriotes de son arrivée à Tunis dans la soirée du 31 octobre.

Il a suffi que cette nouvelle soit connue pour que les réseaux sociaux s’enflamment à l’unisson contre cette visite. Des dizaines de Tunisiens, dont le populaire humoriste Lotfi Abdelli, se sont alors rendus à l’aéroport de Tunis-Carthage pour dénoncer sa venue et exiger son départ illico presto. Ils ont improvisé une manifestation sur les lieux. Armés de pancartes et de drapeaux palestiniens, ils l’ont accueilli avec des cris: "BHL dégage!", "Non aux intérêts sionistes en Tunisie!" ou encore "BHL assassin!"

Pour tenter d’expulser l’essayiste français du sol tunisien, les manifestants ont pendant quatre heures bloqué la sortie principale des visiteurs de l’aéroport. Mais, c’était sans compter avec les agents de sécurité qui l’ont finalement exfiltré par une porte de service. Mettant en colère ses détracteurs. Il a le lendemain quitté le pays.

Tous se sont interrogés sur le motif de sa présence en Tunisie et sur la partie (ou le parti) qui l’avai(en)t invité à s’y rendre.

Devant le tollé suscité par cette visite au sein de la société civile, plusieurs acteurs politiques se sont sentis obligés de réagir. La présidence de la république a ouvert le bal en démentant par communiqué la rumeur selon laquelle Moncef Marzouki aurait invité l’intellectuel controversé. Nidae Tounes, le parti vainqueur des élections législatives du 26 octobre, s’en est également dissocié. À son tour, le parti islamiste Ennahda a nié, dans une déclaration publiée, samedi 1er novembre, sur son site officiel (www.ennahdha.tn), tout "lien avec la visite de Bernard-Henri Lévy (BHL) en Tunisie" et affirmé par la même occasion "qu’aucune rencontre n’a été prévue avec la personne en question".

Pour calmer la grogne de plusieurs et satisfaire les demandes de groupes de pression, dont un collectif d’avocats, le ministère public auprès du Tribunal de première instance de Tunis a ouvert une enquête préliminaire sur cette visite et en a chargé la police judiciaire au nom de la sécurité publique. Le ministère tunisien des affaires étrangères s'est aussi mis de la partie. La justice a d'ailleurs convoqué l'écrivain français, mais il avait déjà quitté le pays.

Après avoir observé un mutisme inhabituel pour quelqu'un comme lui, il s'est finalement ouvert au magazine français ''Le Point'' (2 novembre 2014) pour livrer sa version des faits. Il n'a pas hésité à cette occasion à insulter copieusement ses détracteurs. Ces insultes en disent long sur sa colère noire et sur sa frustration pour la tournure catastrophique de son voyage tunisois.

À la question de Jérôme Béglé qui voulait connaître la raison de son voyage, le chroniqueur du même magazine a répondu que c'était pour ''rencontrer, dans un hôtel, (...) dans la plus parfaite transparence, des amis libyens sortis exprès de Tripoli, Benghazi, les villes du Djebel Nefousa, Misrata, Zaouia, afin de poursuivre en terrain neutre, et avec moi, le dialogue de réconciliation nationale''. Autrement dit: sa présence dans le pays du Bouazizi n'était pas à l'instigation d'Ennahda ou pour rencontrer son chef historique, Rached Ghannouchi, comme l'avaient soutenu plusieurs sites hostiles au parti islamiste.

Cette affirmation sera à coup sûr appréciée des premiers concernés, même si, n'en doutons pas, elle ne convaincra pas ses détracteurs, en particulier ceux qui sont hostiles à Ennahda. Aussi, on ne peut s'empêcher de relever le rôle qu'il s'attribue au niveau de la transition libyenne. Pour quelqu'un comme lui qui n'occupe aucune position officielle en France et qui n'est pas non plus un dirigeant libyen, affirmer que des ''amis libyens'' s'étaient rendus en Tunisie pour ''poursuivre (...) le dialogue de réconciliation nationale'' (sic) avec lui est pour le moins étrange. À quel titre? Pourquoi faire?

***

Comme on vient de le voir, la visite effectuée par Bernard-Henri Lévy a suscité une vive polémique en Tunisie. Ses détracteurs y ont vu une tentative de s’immiscer dans les affaires domestiques d’un pays qui venait à peine de tenir ses premières élections législatives post-révolution et où les acteurs politiques sont depuis engagés dans de laborieuses tractions de coulisses en vue de la formation du prochain gouvernement. S’il avait encore des doutes sur le type de sentiments qu’on cultive à son endroit dans le berceau du Printemps arabe, il est désormais fixé là-dessus et il serait très étonnant de l’y voir de sitôt.

2 novembre 2014, à 14h30 / Mis à jour à 16h00



* Bernard-Henri Lévy/www.bernard-henri-levy.com


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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