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Le Prix Nobel de la paix de 2014 honore la cause des droits des enfants

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Chaque année, on se demande qui sera l’heureux lauréat du Prix Nobel de la paix. C’est dire l’importance symbolique de cette distinction internationale. Avec le choix de cette année, le Comité norvégien du Prix Nobel honore en fait la cause des droits des enfants. Pour le plus grand bénéfice de ces derniers.

Le Prix Nobel de la paix est la plus prestigieuse des récompenses accordées chaque année par l’Académie Nobel. Après avoir décerné ce prix les deux années précédentes à deux organismes internationaux, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimique et l’Union européenne, suscitant incompréhension et dérision dans plusieurs parties du monde, le comité norvégien du Prix Nobel a choisi cette année d’honorer conjointement deux personnalités dont le combat est au cœur de la lutte en faveur des droits des enfants. Une annonce riche en symboles.

Une grande visibilité pour la cause des droits des enfants à travers le monde

Le président du comité norvégien du Prix Nobel a, le vendredi 10 octobre, annoncé que le Prix de la paix va à l’Indien Kailash Satyarthi et à la Pakistanaise Malala Yousafzai.

Malala Yousafzai (1997-) est la plus jeune des lauréats du Prix Nobel. Elle était pressentie pour ce prix l’année dernière. La célèbre actrice américaine Angelina Jolie avait à l’époque milité en ce sens.

L’adolescente pakistanaise est native de Mingora, la principale ville de la région de Swat, au nord-ouest du Pakistan. Elle est devenue célèbre aux quatre coins du monde le 10 octobre 2012 après la tentative de son assassinat par des Talibans pakistanais en raison de sa campagne en faveur du droit des jeunes filles pakistanaises à l’éducation. Cette attaque a choqué le monde. La classe politique pakistanaise l’a condamné. Après plusieurs opérations chirurgicales à l’hôpital de Birmingham en Grande-Bretagne, la miraculée a réussi à se rétablir. Depuis, elle a trouvé refuge dans ce pays. Toujours sous le coup de menaces de mort, elle est obligée de demeurer à l’étranger.

Elle a publié une autobiographie: "I Am Malala". Elle a également créé une fondation à son nom pour soutenir les campagnes en faveur de l’éducation des enfants au Pakistan et dans plusieurs pays en développement. Elle s’est rendue l'année dernière dans des camps de réfugiés syriens en Jordanie et a pris part à l'initiative internationale ''BringBackOurGirls'' en faveur de jeunes filles nigérianes enlevées par le groupe extrémiste Boko Haram.

En 2011, elle a obtenu le premier prix national pour la paix. Cette distinction créé par le gouvernement pakistanais sera un peu plus tard rebaptisée: "Prix Malala". Depuis, elle n’a cessé d’accumuler les distinctions internationales. En 2012, elle a reçu le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes (2012). L’année suivante, on lui a décerné plusieurs distinctions internationales: le prix international des enfants pour la paix de la fondation hollandaise Kids Rights, le prix Sakharov pour la liberté de penser et le prix des Nations Unies pour les droits de l’homme conjointement cette fois avec cinq autres lauréats, dont la Marocaine Khadija Riyadi, l’ancienne présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH).

En juin 2013, on l’a vu, aux côtés du secrétaire général des Nations unies, plaider, dans un discours remarquable, en faveur de l’éducation des enfants dans son pays et dans le reste du monde. Tous se rappelleront de ces mots forts prononcés par elle à cette occasion, devant un Ban Ki-moon visiblement sous le charme: "Prenons nos cahiers et nos crayons. Ce sont nos armes les plus puissantes".

Si le combat et surtout le courage de l'adolescente sont une source d’inspiration pour plusieurs à travers le monde, elle ne fait pas l’unanimité dans son pays. Si une partie des Pakistanais, dont les Talibans, l’accusent d’être une marionnette des États-Unis, et ce malgré ses critiques des opérations de drones américains menées dans son pays et qui, à l'en croire, nourrissent le terrorisme, d’autres lui reprochent de noircir l’image du Pakistan. Mais, ces accusations n’ont pas empêché une autre partie de son peuple de voir en elle à la fois un symbole de lutte contre l’extrémisme et la meilleure réfutation de l’image d’un Pakistan obscurantiste et extrémiste.

Kailash Satyarthi était quant à lui jusqu’à l’annonce du comité norvégien du Nobel un inconnu du grand public à travers le monde.

C’est un ingénieur de formation. Il est né en 1954 à Vidisha, dans Madhya Pradesh en Inde.

L’engagement en faveur des droits des enfants de cet Indien remonte à l’année 1980. Date de sa renonciation à sa carrière professionnelle et de son plein engagement, durant plus de 30 ans, en faveur des droits des enfants et de sa lutte contre leur travail forcé. Ce combat remarquable contre leur état d’esclavagisme a permis plusieurs améliorations législatives.

Sa fondation en 1980 de la "Mission Sauver l’enfance" marque un tournant dans sa vie. Depuis, il a participé à la création de plusieurs mouvements de défense des droits des enfants et en faveur de leur scolarisation. Il a également pris part à plusieurs initiatives locales et internationales, dont la campagne internationale pour l’éducation et la marche internationale contre le travail des enfants. Cette initiative s’est déroulée en 1998 dans 103 pays et a tracé la voie la rédaction de la convention sur les pires formes du travail des enfants de l’Organisation internationale du travail. Il a également libéré, selon le New York Times (10 octobre 2014), plus de 75 000 enfants des griffes d’exploitants sans vergogne. Il tire son engagement de sa conviction que le travail des enfants est une violation de plusieurs droits humains et constitue un frein au développement et au bien-être de la société. C’est cet engagement citoyen qui l’a mené à siéger au sein de plusieurs organismes internationaux.

M. Satyarthi n’a cessé depuis 1993 d’accumuler les distinctions indiennes et internationales, entre autres, le prix international Aachener pour la paix (1994), le prix Robert F. Kennedy pour les droits humains (1995) et le prix des défenseurs de la démocratie (2009). En 2007, le département d’État américain en a fait un de ses "Héros œuvrant pour la fin de l’esclavage moderne".

Distinction d’une musulmane et d’un hindou, d’une Pakistanaise et d’un Indien

Le choix des deux lauréats du prix Nobel de cette année est riche en symboles et porteur de plusieurs messages.

Malala Yousafzai est d’abord une musulmane et une bête noire des Talibans pakistanais. Ces ultraconservateurs ne lui ont jamais pardonné son militantisme en faveur de la scolarisation des jeunes filles de son pays, chose qu’ils ne pouvaient admettre puisque cela heurte de plein fouet leur conception rétrograde et très misogyne. Il fallait donc la faire taire et décourager ainsi toute nouvelle vocation. Mais, c’était sans compter avec le destin.

Le choix de Mlle Malala comme lauréate traduit le rejet du comité norvégien de l’extrémisme à l’heure où une coalition internationale est à l’œuvre contre l’État islamique, un autre groupe extrémiste qui sévit depuis plusieurs années à quelques centaines de kilomètres de son pays. Le choix de l’hindou Satyarthi, un homme qui inscrit son action dans le cadre de la philosophie de lutte pacifique du Mahatma Gandhi, traduit l’attachement de ce comité également aux valeurs de lutte pacifique et de justice sociale.

Ensuite, Mlle Yousafzai est pakistanaise alors que M. Satyarthi est indien. Ils sont citoyens de deux pays qui s’étaient fait la guerre à trois reprises depuis l’émancipation du Continent Indien du joug britannique. À travers leur choix comme lauréats, le comité norvégien du Nobel exprime son souhait de voir leurs pays, deux puissances nucléaires, renouer le fil du dialogue pour apaiser leurs tensions dans la partie indienne du Kashmir et en Afghanistan. D’ailleurs, les deux lauréats ont invité leurs premiers ministres à être présents à leurs côtés, le 10 décembre prochain, au moment de la remise de leur prix conjoint.

En leur accordant, à Malala Yousafzai et à Kailash Satyarthi, un prix conjoint, le comité norvégien montre enfin son ralliement à l’idée-force qui a animée le combat des deux militants, à savoir le droit de tous les enfants à une éducation moteur du changement social et de la paix et au respect de leur intégrité physique et psychologique.

***

N’en déplaise aux détracteurs de Malala Yousufzai, elle mérite à plus d’un titre et amplement de partager le prix Nobel de paix de cette année avec Kailash Satyarthi. Tout comme ce marathonien de la lutte en faveur de la libération des enfants des chaînes du travail forcé et de l’esclavagisme. On oublie souvent que cette distinction prestigieuse n’a pas vocation de consacrer une longue carrière de militantisme en faveur de la paix. Mais, c’est un moyen de faire connaître une cause pour, espère-t-on, la faire triompher, du moins la rendre incontournable. Désormais, la cause des enfants est inscrite à l’ordre du jour international et plus personne ne pourra l’ignorer. Avec une porte-parole courageuse et charismatique comme l’adolescente pakistanaise, ce combat a trouvé une messagère exceptionnelle et forte en symbole pour articuler son message et le rendre plus audible que jamais.

12 octobre 2014



* Les Prix Nobel de la paix Kailash Satyarthi et Malala Yousufzai, www.nobelprize.org.


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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