Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

L'intention de Stockholm de reconnaître l'État de Palestine

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le processus de paix d’Oslo a échoué à accoucher d’un État palestinien. D’où l’exploration palestinienne dans ce sens de nouvelles approches. Un changement de stratégie rejeté par Israël et son parrain américain. C'est pourquoi toute nouvelle reconnaissance de cet État palestinien, entre autres, par un pays occidental serait dans le contexte actuel contraire à la stratégie diplomatique de ces deux alliés.

Le processus de paix est au point mort. Vingt ans après Oslo, les négociations israélo-palestiniennes n’ont pas accouché d’un État palestinien. Alors que les deux parties négociaient un accord de paix, les colonies juives de peuplement n’ont cessé de prendre de l’expansion en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Cette croissance du nombre des colons dans les territoires palestiniens occupés a de facto rendu irréaliste l'idée de création de cet État que les Palestiniens appellent de leurs vœux et donc enterré l'option des deux États.

Stockholm et l’annonce de la reconnaissance d’un État palestinien

Pour tenter de briser l’impasse dans laquelle s’enlise le processus de paix, le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas a pris son bâton du pèlerin et s’est le mois dernier rendu à New York, après une escale à Paris, pour adresser au Conseil de sécurité, à travers l’Assemblée générale de l'ONU, sa demande d’une résolution reconnaissant un État palestinien et faisant de 2016 l’année de la fin de l’occupation militaire israélienne de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Mais, c’était faire preuve de grande naïveté que de croire qu’un pays comme les États-Unis allait y être favorable. Évidemment, un vieux routier des affaires internationales comme M. Abbas devait s’attendre à la réaction négative américaine. Mais, peut-être voulait-il jouer le jeu procédural ou confondre les sceptiques.

Toujours est-il, le gouvernement Obama s’est retranché encore une fois derrière sa traditionnelle antienne qui voudrait qu’une telle reconnaissance devrait d’abord être négociée et mutuellement acceptée par les deux parties. Si cette approche colle à celle du gouvernement Netanyahou, elle ne fait pas l’affaire des Palestiniens. Aussi, Washington est bien placé pour savoir que son approche ne mènera nulle part puisque les deux parties ne s’entendent pas sur l'appréciation et l'application des contours de plusieurs éléments de paramètres de paix connus depuis l’ère Clinton.

C’est ce moment d’impasse totale dans les négociations israélo-palestiniennes qui a été choisi par le chef du nouveau cabinet suédois pour entrer en scène.

Le vendredi 3 octobre, jour de déclaration de la politique de son gouvernement devant le parlement, Stefan Löfven a annoncé que son pays ''reconnaîtra l’État de Palestine''. Pourquoi? Parce que, à son avis, "le conflit entre Israël et la Palestine ne peut être résolu que par une solution à deux Etats".

Selon lui, cette formule ''exige la reconnaissance mutuelle et une volonté de coexister pacifiquement''. Elle devrait également ''garantir les exigences légitimes des Palestiniens et des Israéliens à l'autodétermination et à la sécurité nationale'' et être "négocié en conformité avec les principes du droit international", dixit le chef du gouvernement suédois.

Pressions américaines et crise diplomatique entre Israël et la Suède

L'Autorité palestinienne s'est réjouie de la déclaration suédoise. Tout comme Zahava Gal-On, ancienne chef du groupe parlementaire du parti israélien de gauche Meretz.

Comme il fallait s'y attendre, ni Israël ni son parrain américain n'ont apprécié l'annonce du dirigeant suédois. D'ailleurs, Washinton n'a pas hésité à la qualifier de "prématurée".

Côté israélien, c'est la colère du gouvernement.

Dès le lendemain, son ministre des affaires étrangères a condamné la déclaration suédoise, avant de convoquer l'ambassadeur suédois pour le sermonner. Pour Avigdor Liberman, Stefan Löfven ne connaissait pas la région sinon il aurait su que c’était de la seule faute des Palestiniens s'il n'y a pas eu d'accord de paix. Ce qui le disqualifie à ses yeux.

Autre amabilité de la part du chef du parti d’extrême droite ''Israel Beytenou'' (Israël, Notre Maison): il a invité le dirigeant scandinave à mieux faire en s'occupant, non du conflit israélo-palestinien, mais des massacres en Irak et en Syrie. Pour mieux se faire comprendre, il l'a invité à garder à l'esprit l'idée que les parties étrangères ne sauraient remplacer des négociations directes entre les parties en conflit.

Si les Américains et les Israéliens ont rapidement réagi pour ''recadrer'' la déclaration suédoise, c'est pour éviter, de manière préemptive, que d'autres grands pays membres de l'Union européenne ne lui emboîtent le pas, faisant ainsi monter la pression sur d'autres États qui gardent jusqu'à nouvel ordre le statu quo.

***

En novembre 2012, la Suède, en compagnie de 137 États membres, avait voté à l'ONU en faveur du statut d’État observateur de la Palestine. Allant à l'encontre des désirs des États-Unis et d’Israël. La voilà, deux ans plus tard, jongler avec l’idée de le reconnaître comme État souverain. La crise diplomatique entre Israël et la Suède survenue après l'annonce de Stefan Löfven montre, entre autres, que les relations diplomatiques entre Israël et la Suède sont loin d’être au beau fixe et qu’il n’est pas exclu qu’elles se détériorent encore davantage à l’avenir. Et ce n’est pas quelqu’un comme le chef de la diplomatie israélienne avec son langage peu diplomatique qui pourrait contribuer à calmer le jeu.

6 octobre 2014



* Le nouveau premier ministre suédois Stefan Löfven/ http://www.riksdagen.se


Réagissez à cet article !
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Aziz Enhaili
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter