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La France a choisi son camp en Irak

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le groupe extrémiste dit "État islamique" bouscule les lignes. Son avancée fulgurante durant cet été lui a fait gagner de nouveaux territoires et le concours de nouvelles recrues en provenance d’Occident et de nombreux pays musulmans. Le réseau terroriste a réussi en peu de temps à coaliser, à l’initiative des États-Unis, plusieurs pays contre lui. La France n’a pas résisté à la tentation de rejoindre cette coalition "de bonne volonté."

Les deux mandats de l'ancien premier ministre chiite Maliki ont aggravé la crise des institutions politiques nationales irakiennes. Cette situation a facilité la tâche de "l’État islamique en Irak et au Levant" (EIIL, futur "État islamique") et lui a permis d’enregistrer, rapidement et de manière fulgurante, des gains territoriaux substantiels en Irak et un surcroît de troupes en provenance de plusieurs pays. Une fois le parrainage iranien perdu, le sectaire Nourri Al-Maliki a dû céder le pouvoir à Haïdar Al-Abadi, un dirigeant du même parti que lui. Plusieurs en Irak et à l’étranger aimeraient voir le nouveau gouvernement faire ce que son prédécesseur n’a jamais voulu faire, à savoir l’inclusion en son sein, aux côtés de la majorité chiite, des minorités arabe sunnite et kurde. Le nouveau premier ministre a su gagner à son cabinet l'approbation du parlement, malgré les réserves de plusieurs factions politiques. Une fois l'hypothèque Maliki levée, le président français pouvait venir en visite officielle dans ce pays.

Engagement français contre l’État islamique

La France est de retour en Irak. Après avoir refusé en 2003 de faire partie de la coalition de "bonne volonté" de George W. Bush, la voilà, onze ans plus tard, qui se dit prête à prendre une part active à la coalition de "bonne volonté" de Barack H. Obama. C’est d’ailleurs dans ce cadre que s’inscrit la visite officielle entamée le vendredi 12 septembre à Bagdad par François Hollande. Pour indiquer l’importance qu’il accorde à ce voyage, le président français est arrivé sur place, en compagnie des ministres des affaires étrangères et de la défense, MM. Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian.

À Bagdad, M. Hollande a rencontré son homologue Massoum et le premier ministre Abadi. Aux uns et aux autres, il a répété le même message: la France soutient le nouveau gouvernement irakien. Pour être assez concret, il a annoncé que son pays était prêt à apporter ''d’avantage d’aide militaire'' à l’Irak. Cette aide s’ajouterait à celle fournie en août dernier aux combattants kurdes pour les aider à faire face à des combattants du groupe de "l’État islamique" (EI) qui étaient jusque-là mieux armés qu’eux et très motivés. Mais, quand M. Abadi a insisté auprès de lui sur l’importance pour son gouvernement d’un soutien aérien français à ses troupes au sol, le visiteur de marque a préféré rester vague en déclarant travailler "avec nos alliés sur un certain nombre d’hypothèses". Une déclaration qui n’a pas dû emballer ses hôtes.

Le président français n’est pas arrivé les mains vides au Kurdistan irakien, deuxième étape de son voyage, puisqu’à bord de son avion il y avait 15 tonnes d’aide humanitaire. Cette aide comme sa promesse d’un "pont humanitaire" pour ceux qui souhaitent quitter leur pays devaient mettre un peu de baume sur le cœur de ces centaines de milliers de déplacés, dont des chrétiens et des Yazidis, qui avaient fui leurs villes et villages en raison de l’offensive des combattants du réseau terroriste de l’EI et de leur règne de terreur et de sectarisme violent.

***

La France aimerait donc jouer un rôle dans l’Irak post-Maliki. Pour ce faire, elle a choisi son camp. Elle participera, sous l’égide des États-Unis, à la campagne militaire internationale qui s’annonce contre les extrémistes de l’EI. La question maintenant est de savoir si elle pourra dans ce cadre se ménager une certaine autonomie par rapport à Washington ou si au contraire elle devra avancer tête baissée. Aussi, à l’occasion de la conférence internationale sur l’Irak, qui s'ouvre ce lundi à Paris pour coordonner la stratégie contre l’EI, enrichira-t-elle la copie de la stratégie dévoilée cette semaine par le président américain Obama ou se contentera-t-elle du rôle de seconds couteaux derrière les États-Unis?

14 septembre 2014



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État islamique
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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