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L'indépendance du Québec est une cause noble

par
Ph.D., Université de Montréal, Directeur, Tolerance.ca®

Allocution prononcée à l'occasion du lancement de l'ouvrage «René Lévesque et la communauté juive» (Éditions Les Intouchables) à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.

La cause de l’indépendance du Québec est une cause noble et elle mérite d’être défendue sur la place publique. N’ayez pas peur de défendre vos idées !

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Je suis heureux de pouvoir contribuer à faire connaître la pensée de monsieur René Lévesque sur une des plus anciennes communautés du Québec.

L’entretien que m’avait accordé monsieur René Lévesque, reproduit dans ce livre, revêt maintenant une valeur historique incontestable, mais il est aussi d’une actualité qui nous surprend. Il a fait partie d’une série de quatorze émissions sur la communauté juive du Québec que j’avais proposée à la société d’État et que j’ai eu ensuite le plaisir de préparer et d’animer. Réalisée par monsieur Gilbert Picard, la série a été diffusée sur la chaîne culturelle de Radio-Canada du 1er mars au 31 mai 1982. Elle traitait de divers aspects sociologiques et historiques de la communauté.

J’ai eu le bonheur, grâce à ces émissions, de rencontrer plusieurs personnes passionnantes et passionnées, comme l’écrivain Yves Thériault, monsieur René Hart, descendant direct d’une des premières familles juives à s’établir au Québec, ou madame Léah Roback. Je commençais la préparation de la série au moment où le gouvernement de monsieur Lévesque venait d’entreprendre son deuxième mandat, en avril 1981.

Quoique enregistré en décembre 1981, l’entretien a été diffusé le 31 mai 1982, soit la veille des célébrations marquant le cent cinquantième anniversaire de l’obtention des droits politiques par les Juifs du Québec. Les fêtes marquant l’événement avaient eu lieu, cette année-là, le 1er juin 1982, à l’Assemblée nationale et à la synagogue Beth Israël Ohev Sholem de Québec.

Je garde d’ailleurs un très vif souvenir de cette journée. Ayant pris part à la réalisation de l’événement en tant que membre du Comité des Fêtes du cent cinquantenaire, formé par le Congrès juif canadien, je me souviens très bien de ce sentiment de fierté qui nous animait tous.

Comme le rappelait monsieur Lévesque dans son discours à l’Assemblée nationale ce jour-là, l’idée de marquer cet événement était venue de la communauté juive, sans doute de monsieur David Rome et de madame Ena Robinson. C’est un fait significatif à souligner à un moment où on parle d’appartenance et de citoyenneté.

Mais je tiens à souligner aussi combien la Société Saint-Jean Baptiste me rend fier d’être québécois en marquant cette date pour une deuxième année consécutive.

Comme le fait remarquer l’historien Irving Abella, dans son ouvrage « La Tunique aux couleurs multiples » à propos de la Déclaration du 5 juin 1832, non seulement le Québec devançait-il la Grande-Bretagne de 25 ans en accordant ces droits aux Juifs, mais à peu près au même moment, un projet de loi visant à donner les mêmes droits aux Juifs britanniques était refusé par le parlement anglais.

Si nous avons tendance à entendre un son de cloche qui met l’accent sur l’exclusion, voici donc un moment historique à célébrer et qui reflète si bien l’esprit d’inclusion et d’acceptation d’autrui de la société québécoise.

Puisque cette date et ce qu’elle représente réussissent si bien à nous unir, peut-être pourrait-on souhaiter que cet événement soit souligné chaque année dans les écoles publiques québécoises ainsi que par les établissements de la communauté juive. Peut-être que dans ce futur dixième arrondissement de notre nouvelle ville qui doit englober les municipalités de Côte-Saint-Luc, Hampstead et Montréal-Ouest, une artère puisse porter le nom de « Avenue du 5 juin 1832 ».

Après tout, avec tous les noms de rues de la municipalité actuelle de Côte-Saint-Luc, qui rappellent à notre bon souvenir Tommy Douglas, David Lewis et même pour ceux qui se rappellent la crise d’Octobre, Me Bernard Mergler, ne serait-il pas approprié de rappeler l’adoption d’une loi aussi fondamentale pour les droits de la personne?

Notre toponymie montréalaise et québécoise pourrait ainsi davantage refléter ces moments convergents de notre histoire commune.

Pour en revenir à l’entretien avec monsieur Lévesque, on constatera qu’on y a abordé de front toutes ces questions qui seront au coeur des débats et des polémiques dans les années 1990. Nous avons discuté tour à tour de l’abbé Groulx, de la crise de la conscription de 1942, de la Shoah (monsieur Lévesque, on le sait, avait été correspondant de guerre), de même que de la fondation de l’État d’Israël et de la situation au Proche-Orient.

On remarquera aussi à la lecture de ce document à quel point monsieur Lévesque était sensible à l’histoire de la communauté juive du Québec et à ce que nous avons vécu durant la dernière guerre. Combien aussi il connaissait l’histoire de l’antisémitisme. J’avoue pour ma part, chaque fois que je relis les propos de monsieur Lévesque, être toujours touché par sa sensibilité.

Ce sont pour toutes ces raisons que j’étais déterminé à rendre public le contenu intégral de cet entretien.

J’évoque aussi dans ce livre un autre entretien que j’ai eu avec monsieur Lévesque, celui-ci à l’hiver 1970, dans les studios de télévision de l’Université Sir George Williams où j’étais étudiant. L’entretien avait eu lieu quelques semaines avant les élections du 29 avril 1970, auxquelles le Parti québécois participait pour la première fois. Dans ce cas aussi, j’avais été touché par cette sensibilité qui n’était pas toujours évidente au premier abord pour quelqu’un qui ne connaissait pas l’homme.

Ce livre, par ailleurs, est dédié à mon ami Salomon Cohen, ancien candidat du Parti québécois dans le comté d’Outremont, dont j’ai eu l’honneur d’être le responsable des communications durant la campagne électorale de 1994.

Je l’ai dédié à Salomon non seulement pour son action soutenue et fervente à la cause de la souveraineté, mais aussi pour son courage et son leadership. En le dédiant à Salomon, je salue aussi ceux et celles qui ont représenté le Parti québécois, et qui sont issus de la communauté juive.

Je salue Paul Unterberg, Henry Milner, David Levine, Armand Elbaz.

Comme aussi ceux et celles qui proviennent des autres communautés : les Jean Alfred, Umberto di Genova, Raphaël Delligati, Nadia Assimopoulos, et tous ces candidats, issus des communautés culturelles, qui ont eu le courage de représenter le Parti québécois à un moment ou à un autre de sa courte histoire.

Je salue leur courage et j’exprime le souhait qu’ils soient davantage reconnus par le mouvement souverainiste, par le gouvernement du Parti québécois ainsi que par leurs propres communautés.

Car, faut-il le rappeler, si c’est la diversité d’opinion qui fait la démocratie, c’est la capacité d’accepter la critique qui permet de mesurer la force d’une communauté. Quiconque a vécu au sein de la société israélienne le sait.

C’est en reconnaissant, par des actes concrets, le leadership de ces chefs de file des communautés culturelles qu’on fera avancer la cause de l’indépendance, c’est en prenant acte aussi des difficultés qu’ils vivent dans leurs milieux du fait de leurs convictions politiques.

On sait par ailleurs que le gouvernement du Parti québécois et le mouvement souverainiste entretiennent d’excellentes relations avec la communauté juive. La loi adoptée par l’Assemblée nationale, en décembre 1999, proclamant officiellement la journée du 2 mai, jour commémoratif de la Shoah au Québec, est tout à fait représentative de cette sensibilité que j’évoquais à propos de monsieur Lévesque.

Cette même attitude de sincère amitié anime - vous le savez - monsieur Guy Bouthillier et la Société Saint-Baptiste. Grâce aux actions de la Société et de son président, nos histoires, nos mémoires se rejoignent. N’est-ce pas là un nécessaire préambule à la réalisation de l’indépendance du Québec?

Il y a enfin, chers amis, une dernière raison pour laquelle j’étais déterminé à voir publier cet entretien. Au-delà de ce que représente pour nous René Lévesque, ce livre s’adresse aux jeunes hommes et aux jeunes femmes qui ont aujourd’hui vingt ou trente ans.

Car les années 1990 ont été des années polluantes et non seulement pour l’écologie. On a réussi à associer antisémitisme et nationalisme à tel point que certains journalistes et critiques littéraires préfèrent éviter tout débat au risque de réveiller de soi-disant vieux démons.

C’est rendre un mauvais service non seulement à la cause de la souveraineté, mais bien aux valeurs québécoises de la démocratie et de la saine discussion que d’adopter une telle attitude.

La cause de l’indépendance du Québec est une cause noble et elle mérite d’être défendue sur la place publique. N’ayez pas peur de défendre vos idées!

Vous avez toutes les raisons d’être fiers de vos leaders indépendantistes et du plus illustre d’entre eux, monsieur René Lévesque.

Allocution prononcée le 5 juin 2001, à l'occasion du lancement de l'ouvrage «René Lévesque et la communauté juive» (Éditions Les Intouchables) à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.

Lire aussi René Lévesque et les Juifs, entrevue dans le journal Voir, 28 juin 2001.



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