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Guerre de Gaza: Campagne terrestre de Tsahal dans l’enclave palestinienne

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La campagne israélienne de bombardements aériens intensifs de la bande de Gaza a causé beaucoup de victimes palestiniennes. Elle n’a pourtant pas permis l’arrêt des tirs de roquettes depuis cette enclave sur l’État hébreu. Benyamin Netanyahou a saisi l’occasion du rejet par le Hamas de l’initiative égyptienne du cessez-le-feu pour ordonner à son armée de lancer une offensive terrestre.

On s’y attendait depuis le lancement des volets aérien et maritime de l’opération ''Bordure de protection'', mais sans vraiment y croire. D’ailleurs, on assimilait les propos du gouvernement israélien à ce chapitre à un acte de guerre psychologique destiné à faire fléchir la volonté de l’ennemi dans la bande de Gaza. On espérait que cela n’ait pas lieu. Mais, le jeudi 17 juillet, on a dû se rendre à l'évidence. Le premier ministre israélien a ordonné à son armée de lancer une campagne terrestre sur l’enclave palestinienne.

La campagne terrestre de ''Bordure de protection''

La bande de Gaza est soumise depuis le 8 juillet à la puissance du feu israélien. L’État hébreu a de son côté reçu plus de 1600 roquettes tirées depuis l’enclave palestinienne. Des deux côtés, les populations civiles retiennent leur souffle. Et les deux parties se rejettent mutuellement la responsabilité du déclenchement des hostilités. L’offensive israélienne a fait parmi les habitants de la bande de Gaza, en date du 26 juillet, 1060 morts (dont 181 enfants), 6000 blessés (dont 1200 enfants) et 110 000 déplacés. La plupart de ces victimes sont des civils. Israël a pour sa part perdu 42 soldats (soit un lourd bilan par rapport à sa guerre précédente contre la bande de Gaza en 2012) et deux civils, sans oublier deux autres civils blessés. Cet énorme écart en termes de victimes des deux parties reflète, entre autres, la disproportion des moyens militaires des deux belligérants.

Cette campagne terrestre a été déclenchée après l’échec de l’aviation et de la marine israéliennes à mettre un terme aux tirs de roquettes sur Israël, malgré des bombardements intensifs de plusieurs cibles palestiniennes durant dix jours. Sont de la partie l'artillerie, des chars d’assaut, l'infanterie et le renseignement. L'aviation et la marine leur apportent leur concours.

Le but déclaré de cette nouvelle offensive est de détruire les infrastructures du Hamas et d’autres organisations palestiniennes, dont des tunnels allant de Gaza à Israël et des caches d’armes, et d’affaiblir significativement leurs forces de combat. Le but visé ne serait donc pas le renversement du régime Hamas à Gaza.

On ne sait pas pour le moment si le gouvernement israélien avait d’entrée de jeu établi un calendrier précis pour cette campagne. Mais, avec l’intensification des frappes terrestres, aériennes et maritimes sur un territoire densément peuplé (1,8 million d’habitants répartis sur 360 km2), le nombre de victimes palestiniennes ne pouvait qu’augmenter de manière dramatique. Avec le nombre élevé de soldats (plus de 30.000) et de réservistes (18.000) mobilisés pour l’occasion, il était prévisible que Tsahal perde elle aussi plusieurs des siens.

Un des défis majeurs de cette offensive était de remplir sa mission avec des pertes limitées dans ses rangs et parmi la population civile palestinienne. Ses planificateurs devaient savoir que franchir un seuil symbolique donné en termes de victimes civiles risquerait non seulement d'accentuer la pression internationale sur Israël pour qu'il mette un terme à sa campagne avant même qu'elle atteigne ses objectifs, mais également (dans ce cas de figure) de compromettre la cohésion interne du gouvernement Netanyahou. D’ailleurs, une partie au moins de ce cabinet n'a jamais caché son souhait de voir cette opération aboutir non seulement au renversement du régime Hamas, mais également à la réoccupation de la bande de Gaza. C’est dire les fortes tensions internes à ce cabinet de coalition entre nationalistes et extrémistes de droite.

Comme il fallait s’y attendre, le Hamas a qualifié l’invasion terrestre de ''geste stupide'' et ''fou'' et averti les autorités israéliennes que le prix d’une telle action leur coûterait très cher en termes de vies humaines. La suite des choses sur le terrain permettra de prendre la mesure et la portée réelles de cette menace.

Blocage diplomatique

En Israël, des voix, dont celles d'artistes et de pacifistes, se sont élevées pour demander la conclusion rapidement d’un cessez-le-feu. Une partie des diasporas juives en Occident est allée dans le même sens. Des manifestations en faveur du cessez-le-feu à Tel Aviv ont été l’occasion d’affrontements entre gauche pacifiste d'un côté, nationalistes et extrémistes de droite de l'autre. Plusieurs pays occidentaux et musulmans ont vu défiler des manifestants pour la plupart solidaires des Palestiniens de Gaza et demandant à la ''communauté internationale'' d'intervenir pour mettre un terme à ce conflit meurtrier.

Sur la scène internationale, il y a eu au début un moment de flottement. On dirait que plusieurs États étaient tétanisés ou ne savaient pas comment réagir. Cette fois encore, différents pays occidentaux ont manifesté leur soutien inconditionnel à l’État d’Israël et ont appuyé son offensive militaire. Dans le monde arabe, on a observé, durant la première semaine du conflit, un silence gêné et inhabituel. Fait encore plus inhabituel: des animateurs de chaînes de télévision égyptiennes ont poussé le culot jusqu’à montrer leur satisfaction de ce qui était en train de se passer dans l’enclave voisine. C’était leur façon de montrer encore une fois leur convergence de vue avec le nouveau maître du Caire face aux islamistes.

Mais, l’augmentation dramatique du nombre des victimes civiles palestiniennes et les images d’enfants tués ou grièvement blessés ont forcé plusieurs puissances à sortir de leur réserve. Tout en disant regretter l’escalade des hostilités, le secrétaire général des Nations unis a, à défaut d’un cessez-le-feu immédiat, demandé à la partie israélienne de déployer plus d’efforts pour protéger les populations civiles de l’enclave palestinienne. Mais, Israël et le Hamas sont restés sourds aux appels du Conseil de sécurité (le 18 juillet) et de plusieurs dirigeants étrangers, dont le président américain Obama, à la conclusion immédiate d’un cessez-le-feu. Si le mouvement islamiste a rejeté l’initiative égyptienne de cessez-le-feu provisoire, le cabinet israélien a quant à lui refusé d’entendre parler des conditions de trêve du Hamas et également rejeté ''en l’état'' la proposition de cessez-le-feu durable faite, le 25 juillet, par le secrétaire d’État américain, John Kerry.

***

Les deux parties en conflit restent campés sur leurs positions respectives. Benjamin Netanyahou veut étendre dans le temps la campagne ''Bordure de protection'' pour permettre à ses soldats de continuer, entre autres, la tâche de destruction des tunnels palestiniens menant en territoire israélien et éviter ainsi à la fois l'implosion de son cabinet et la perte de l'appui d'une bonne partie de sa base électorale. Il n'est pas non plus prêt à accepter la levée du blocus qu'il impose depuis 2006 à l'enclave palestinienne. De son côté, le Hamas veut, entre autres, qu'Israël rappelle sans délai ses militaires et lève son blocus. La situation reste donc bloquée. Faute de percée diplomatique mettant un terme à ce conflit, la force reste donc maîtresse de la situation. Pendant ce temps, le nombre des victimes civiles palestiniennes augmente sans cesse chaque jour et de plus en plus de soldats israéliens perdent la vie. Jusqu'à quand, dans quelles conditions et à quel prix ces deux belligérants arriveront-ils à trouver un compromis?

27 juillet 2014



* Des tunnels creusés par les Palestiniens de la bande de Gaza. http://tsahal.fr


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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