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Guerre de Gaza: Ce que demande le Hamas en échange d'une trêve avec Israël

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La population de la bande de Gaza fait encore une fois les frais d’un affrontement asymétrique entre l'État d'Israël et le mouvement Hamas. L'opération militaire israélienne en cours n’a pas réussi encore à venir à bout des tirs de roquettes sur l’État hébreu depuis la bande de Gaza. La proposition de l'Égypte d'un cessez-le-feu immédiat n'a pas plu au mouvement palestinien qui a proposé à Israël une de rechange, la sienne.

L’État hébreu mène de nouveau une campagne militaire d’envergure dans la bande de Gaza. Le premier ministre israélien a officiellement lié cette offensive, baptisée du nom de ''Bordure de protection'', à sa volonté de mettre un terme aux tirs de roquettes sur son pays depuis l’enclave palestinienne. Devant l’augmentation du nombre des victimes civiles palestiniennes, la pression internationale s’est accentuée sur Israël et le Hamas palestinien pour qu’ils concluent un accord de cessez-le-feu rapidement. Pour y arriver, l’Égypte a offert ses services. Sans enthousiasme.

La timide initiative égyptienne de cessez-le-feu

Contrairement à ce qui s’était passé en 2012 à l’occasion d’une opération militaire israélienne précédente dans la bande de Gaza, ''Pilier de défense'' (14-21 novembre), cette fois Le Caire a fait preuve de retrait remarqué. Même discrétion inhabituelle de la part de plusieurs capitales arabes. Une attitude qui s’inscrit dans un cadre plus général, celui de l’hostilité du régime Sissi à l’endroit des Frères musulmans et donc de leur émanation palestinienne. D’ailleurs, Le Caire considère comme organisations terroristes la confrérie et le Hamas. Riyad partage elle aussi cette politique hostile à l’endroit des Frères musulmans.

Mais, à cause de l’augmentation rapide du nombre des victimes civiles palestiniennes (184 morts et 1287 blessés contre quatre israéliens), la pression de l’opinion arabe se faisait de plus en plus sentir et les régimes arabes ne pouvaient se permettre d’être perçus par elle comme des complices tacites de l’offensive israélienne. Il fallait donc entreprendre des démarches diplomatiques pour calmer leurs peuples.

Le 14 juillet, les ministres arabes des affaires étrangères se sont rencontrés d’urgence au Caire. L’occasion pour eux de se donner deux objectifs. D’abord, trouver une solution pour mettre un terme au bain de sang des civils de l’enclave palestinienne. Ensuite, définir une position arabe commune sur l’offensive israélienne. Peu avant l’ouverture de cette réunion, l’Égypte a proposé un plan visant à mettre un terme aux combats entre Israël et le Hamas.

Conformément à cette initiative, les belligérants sont appelés à observer une ''cessation totale et immédiate des hostilités aériennes, maritimes ou terrestres'' dans les 12 heures, soit le lendemain (mardi) à partir de 6 heures GMT, avant qu’ils ne dépêchent au Caire deux délégations de haut niveau pour ouvrir des discussions sur l’entrée de biens dans une bande de Gaza soumise depuis 2006 à un blocus terrestre et maritime l’isolant du monde extérieur. Ces discussions devront être menées séparément avec les deux délégations!

A cette occasion, Le Caire a exigé des deux belligérants des garanties de conformité avec les conditions de son initiative.

Les États-Unis, le Canada, la France et l’émissaire du Quartette pour le Proche-Orient, Tony Blair, entre autres acteurs, n’ont pas trainé les pieds avant d’appuyer l’initiative cairote. En revanche, le premier ministre turc n’a pas trouvé de mots assez durs pour exprimer ses bons sentiments à l’endroit d’un président Sissi qualifié de "tyran". Il l’a également accusé de vouloir exclure le Hamas de tout accord sur la bande de Gaza.

Aussitôt le plan égyptien annoncée, aussitôt rejeté par le mouvement islamiste palestinien. Il l’a qualifié au passage de "reddition". Mais, le gouvernement israélien a de son côté annoncé l’avoir accepté dès le lendemain. Sur le coup, M. Netanyahou a eu l’air d’un dirigeant à la recherche d’un cessez-le-feu alors que le Hamas a eu l’air fou. Mais, cette impression s’est vite dissipée.

Les conditions du Hamas pour une trêve avec Israël

Le 19 juillet, le Hamas a indirectement fait à l’État hébreu une offre de trêve détaillée en plusieurs points. Ces conditions sont: le retrait des blindés israéliens de la frontière avec la bande de Gaza et la cessation des attaques israéliennes, la levée complète du blocus de l’enclave palestinienne et l’ouverture des points de passage pour le commerce et la liberté de mouvement pour les personnes à la frontière avec Israël, la construction d’un port et d’un aéroport internationaux qui pourraient être placés sous surveillance onusienne, l’autorisation de pêche jusqu’à 10 km (12 milles marins) des côtes de Gaza, l’ouverture du poste-frontière de Rafah avec l’Égypte et son placement sous le contrôle de l’ONU et de quelques pays arabes, la reconstruction d’une zone industrielle et l’amélioration du développement économique de la bande et enfin la libération de tous ces détenus repris dans les filets israéliens après le meurtre des jeunes Gilad Shaer (16 ans), Naftali Fraenkel (16 ans) et Eyal Yifrach (19 ans). Il s’agit des anciens détenus libérés en 2011 par le gouvernement Netanyahou en échange de la libération du soldat Gilad Shalit.

L’Organisation de la libération de la Palestine (OLP, et donc le Fatah du président de l’Autorité palestinienne) a approuvé le plan de trêve du Hamas. Une décision qui laisse songeur puisque la veille de sa livraison, Mahmoud Abbas avait demandé à la France d’exercer des pressions sur les parrains turc et qatari du mouvement islamiste pour le convaincre de négocier un cessez-le-feu avec Israël.

Si le plan égyptien de cessez-le-feu peut être considéré comme un point de départ de la négociation entre les deux parties, il souffre en revanche d’au moins deux carences qui le rendent inacceptables aux yeux du mouvement islamiste. D’abord, il a en définitive comme ambition d’alléger le blocus terrestre, maritime et aérien imposé par Israël à l’enclave palestinienne alors que le Hamas et la population de Gaza demandent sa levée. Ensuite, Le Caire a commis la monumentale bourde diplomatique de ne pas consulter la partie palestinienne avant l’annonce de son initiative comme si celle-ci était une quantité négligeable.

Mais, ce plan présente du point de vue israélien l’avantage de donner de celui du Hamas l’image de demandes trop excessives pour pouvoir être satisfaites. Autre ''péché'' des conditions du Hamas: elles en donnent l'image d'un mouvement qui non seulement continue de tenir tête à la puissante machine de guerre israélienne, mais également traite d'égal à égal avec l'État hébreu, malgré la disproportion du rapport de force sur le terrain militaire. Ce que ne saurait accepter un cabinet Netanyahou soumis à de fortes pressions notamment de la part de sa frange très à droite. La conclusion d'un accord de trêve avec le Hamas n'a d'ailleurs pas les faveurs de celle-ci puisqu'elle aimerait voir le chef du Likoud aller jusqu'au bout, décapiter le régime islamiste et réoccuper la bande de Gaza au besoin.

***

Le Caire a fait preuve d’amateurisme au point de ne pas avoir prévu de plan B en cas de rejet de son plan diplomatique initial. Le Hamas n’en veut pas. Israël ne veut pas non plus de celui du mouvement islamiste. C’est donc le blocage et de nouvelles victimes civiles en perspective dans la bande de Gaza et des morts parmi les soldats et les civils israéliens. Mais, il reste une option, celle de considérer le plan égyptien comme un point de départ et non comme un plafond de négociations. Dans ce nouveau cadre, le plan cairote pourrait par exemple être enrichi d’éléments de celui du Hamas. Avec des garanties internationales destinées à rassurer les deux parties. C’est ainsi que chacune d'elles pourrait y trouver patiellement son compte, évitant de perdre la face, et donc accepterait de signer un accord de trêve. Mais, accepteront-ils de sauter le pas ou au contraire préféreront-ils de s'enfermer dans une logique jusqu'au boutiste?

23 juillet 2014



* http://fr.wikipedia.org


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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