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Guerre de Gaza: L'appui du gouvernement Harper à l’Opération ''Bordure de protection''

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Stephen Harper a toujours été clair à propos de son soutien indéfectible à l’État d’Israël. L’opération militaire ''Bordure de protection'' a fourni à son  cabinet l’occasion de réitérer un tel appui. Encore une fois, l’ONU s’est attirée les foudres de son gouvernement en raison des propos inamicaux d’une de ses éminentes diplomates sur la nouvelle opération de Tsahal dans la bande de Gaza.

L’armée israélienne mène depuis le 8 juillet une offensive dans la bande de Gaza. Elle a affirmé depuis le début que ''Bordure de protection'' a comme objectif les cibles stratégiques du Hamas et du Jihad islamique. Le plus récent bilan de cette opération fait état de 184 morts et de 1287 blessés en ume semaine. Mais, 70% de ces victimes palestiniennes sont des civils et 21% des mineurs, selon le Bureau de l’ONU des affaires humanitaires. Côté israélien, la seule morte l'a été à cause d'une crise cardiaque. Tsahal a enregistré quatre blessés légers dans ses rangs. Le premier ministre Benyamin Netanyahou a lié cette nouvelle opération à sa volonté de mettre un terme aux tirs de roquettes sur le sud d’Israël en provenance du territoire gouverné par le mouvement islamiste Hamas.

Soutien inconditionnel du gouvernement Harper à l’opération israélienne

Avec l’augmentation rapide du nombre des victimes civiles palestiniennes, de plus en plus de voix se sont fait entendre à travers le monde pour que soit mis rapidement un terme à cette opération militaire. Une de ces voix n’est nulle autre que celle de la sud-africaine Navi Pillay. Le vendredi 11 juillet, cette Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme sur le départ a d’une part fait savoir que les rapports reçus par ses services ''soulèvent de sérieux doutes quant au respect israélien des normes internationales des droits de l’homme et du droit humanitaire international'' en raison du double fait que ''cibler des maisons de civils constitue une violation du droit international humanitaire à moins que ces maisons soient utilisées à des fins militaires'' et que ''même si une maison est identifiée comme étant utilisée à des fins militaires, une attaque doit être proportionnelle, avoir un objectif militaire précis, et des précautions doivent être prises'' à cet effet.

Mme Pillay a d’un autre côté appelé à ''un cessez-le-feu immédiat''. Ce qui n’a pas dû plaire à un premier ministre israélien voulant se donner du temps pour mener à terme son opération militaire dans la bande de Gaza.

Il n’en fallait pas davantage pour que le gouvernement conservateur canadien monte au créneau et s’en prenne à l’organisation employeuse de l’ancienne juge à la Cour pénale internationale. L’attaque conservatrice s’est faite en deux temps. D’abord, la réaction du ministre des affaires étrangères. Ensuite, l’intervention du premier ministre en personne.

Le samedi 12 juillet, John Baird a mis sur le site web de son ministère une déclaration relative à la sortie de Mme Pillay et a posté le même jour le lien sur son compte twitter (@HonJohnBaird). On y apprend le rejet de son gouvernement des critiques de la diplomate onusienne.

Partant d’une conception idéologique de la politique étrangère dite de ''clarté morale'', le chef de la diplomatie canadienne a d’abord fait une distinction entre le Hamas et l’État d’Israël, le premier étant à ses yeux ''une organisation terroriste qui fait preuve d’un mépris flagrant pour la vie humaine'' alors que le second a, comme ''démocratie libérale'', ''l’obligation (…) de défendre son peuple'' contre des attaques qualifiées de ''lâches'' et d’''aveugles''. En plus de rendre le Hamas et ses alliés ''seuls responsables'' du conflit en cours et donc de ses victimes éventuelles, il les a appelés à déposer les armes et n’a pas tari en revanche d’éloges à l’égard de l’armée israélienne. À l’en croire, cette dernière aurait ''pris des mesures extraordinaires pour réduire le nombre de pertes civiles, et ce, dans des conditions très difficiles''.

C’est au nom du refus de toute ''équivalence morale'' entre le Hamas et Israël que le ministre canadien a ensuite rejeté catégoriquement les critiques du Haut-commissaire Pillay de l’opération ''Bordure de protection'', des critiques qualifiées dans son communiqué d’''injustifiées'', d’inutiles et loin de brosser ''un portait exact de la situation''.

À en croire le chef de la diplomatie canadienne, Israël devrait donc être ''félicité'' et ''non critiqué'' pour sa lutte contre le Hamas.

M. Baird a enfin déploré ''la mort et la souffrance d’innocents civils à Gaza''.

Le ministre canadien des affaires étrangères a donc clairement exprimé son soutien moral à l'État d’Israël. D’un autre côté, il ne s’est pas montré loquace sur l’identité de ceux qualifiés dans son communiqué d’''alliés'' du Hamas. À qui faisait-il allusion? À la Syrie? À l’Iran? Mais, ces deux États continuent de faire payer à la formation  islamiste palestinienne son soutien à la révolution syrienne. D’ailleurs, depuis 2011, son Quartier général n'est plus situé à Damas, mais à Doha. À moins que le ministre voulait parler du seul Jihad islamique.

Le lendemain de la déclaration de son ministre des affaires étrangères, le premier ministre Harper s’est porté à son tour à la défense de l’opération militaire israélienne. Dans une déclaration publiée sur son site web, le chef conservateur a d’entrée de jeu affirmé que les ''attaques aveugles à la roquette à partir de Gaza vers Israël constituent des actes terroristes que rien ne justifie'' et qu’à ses yeux ''le Hamas utilise délibérément des boucliers humains pour intensifier la terreur dans la région''. Une appréciation de la situation qui rejoint celle de son homologue israélien.

À l’en croire, la solidarité avec Israël et la condamnation par la ''communauté internationale'' des actions du Hamas, qualifiées par lui de ''terroristes'', de ''consternantes'' et de ''répréhensibles'', le décourageraient à continuer sur sa lancée et représenteraient le ''meilleur moyen de mettre fin au conflit''.

À l’adresse de ceux qui ne l’auraient pas encore par hasard compris, le premier ministre canadien a réitéré le caractère univoque de ''l’appui du Canada envers Israël''. Tout en appuyant le ''droit (d’Israël) de se défendre, par lui‑même, contre ces attaques terroristes'' du Hamas, il a lui aussi appelé la formation islamiste à ''cesser immédiatement ses attaques aveugles à l’endroit d’innocents civils israéliens''. Il a enfin appelé de nouveau le président de l’Autorité palestinienne à ''désarmer le Hamas'' ainsi que les autres groupes palestiniens opérant militairement à partir de la bande de Gaza. Mais, ne sait-il pas encore que depuis 2007 Mahmoud Abbas ne contrôle plus la bande de Gaza et par conséquent ne pourrait réussir là où il avait échoué une fois? Sans parler du fait qu'avec la formation il y a quelques semaines du cabinet technocratique dit de ''consensus national'', les nationalistes du Fatah et les islamistes du Hamas sont passés à une autre étape de leurs relations et M. Abbas ne pourrait donc dans le nouveau contexte, même s'il le pouvait, donner satisfaction à M. Harper sur le dossier du désarmement des mouvements islamistes opérant à partir de Gaza.

***

Pour différentes raisons idéologiques et politiques, le gouvernement Harper s'identifie et apporte son appui ferme aux politiques du cabinet Netanyahou et à l'État d'Israël en général. C'est cette ''proximité'' qui a créé les conditions de base de sa défense de la nouvelle opération militaire israélienne. Mais, comme c'est le cas de tous les engagements dits de nature morale, le sien ne fait pas dans le détail ici et sa position ne se préoccupe nullement de la nuance de situations complexes, mais réelles. De plus, la question maintenant est de savoir si (et dans quelle mesure) cette approche idéologique est de nature à servir réellement l'intérêt stratégique à long terme de l'allié israélien et si elle offre ou non en plus au pays l'opportunité de jouer un rôle d'intermédiaire neutre entre les parties en conflit.

14 juillet 2014



* http://www.pm.gc.ca


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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