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Le Bloc québécois prend un virage nommé Mario Beaulieu

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Les périodes d’incertitude politique sont souvent propices aux fuites en avant d'un parti politique ou d'une nation, parfois à leur virage salutaire. La pratique du nouveau chef du Bloc québécois permettra de voir dans un avenir non lointain la prévalence de laquelle de ces deux situations et de juger de son aptitude à relever les défis du parti et donc à livrer la marchandise.

Le mouvement souverainiste québécois traverse une période très difficile de son histoire. À Ottawa, les dernières élections fédérales ont quasiment laminé la représentation bloquiste. Pour ne rien arranger aux affaires des souverainistes, les récentes élections législatives québécoises ont achevé de montrer leur notable recul. C’est à l’ombre de ces deux défaites historiques que s’est tenue la course au leadership du Bloc québécois (BQ).

Campagne permanente pour l’indépendance

Mario Beaulieu (54 ans) est un souverainiste de longue date. Il est connu depuis longtemps également pour sa défense de la langue française. D’ailleurs, il a présidé aux destinées du Mouvement Québec français (MQF) dès 2011. Il s’est présenté en 1997 au nom du Bloc (29% des voix) dans la circonscription montréalaise Papineau-Saint-Denis et s’est fait battre par le libéral Pierre Pettigrew (54% des suffrages). La même année, il est élu à la présidence du Parti québécois de Montréal-Centre et y est resté jusqu’en 2002. Six ans plus tard, il est porté à la tête de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour y demeurer jusqu’en 2014. Il a également siégé, entre autres, au Conseil de la souveraineté durant plusieurs années.

Le départ précipité en décembre dernier, pour raisons de santé, de Daniel Paillé a ouvert la voie à la campagne de leadership du Bloc.

En raison de la valse-hésitation à tour de rôle de plusieurs personnalités, l’impression était que seul le député bloquiste André Bellavance (1964-) allait se présenter. Mais, c’était sans compter avec Mario Beaulieu. L’ancien président du MQF a justifié sa candidature par son opposition au projet du député depuis 2004 de la circonscription Richmond-Arthabaska d’ouvrir le Bloc à tous les Québécois et non (comme c’est actuellement le cas) aux seuls souverainistes.

Durant sa campagne, M. Beaulieu a répété à qui voulait l’entendre qu’une fois devenu chef du Bloc, il mènerait une campagne permanente en faveur de l’indépendance du Québec. Un moyen censé, selon lui, placer cette cause au cœur du débat politique. Il a également promis d'oeuvrer sans relâche pour convaincre les Québécois d’y adhérer. À ses yeux, une telle campagne pédagogique pourrait faire gagner à son parti jusqu’à 40 sièges aux prochaines élections fédérales. Mais, un tel pronostic électoral est-il réaliste vu le contexte politique des trois dernières années? Le doute est permis!

M. Bellavance a de son côté invité ses camarades à maintenir le cap du parti au chapitre de la défense des intérêts du Québec à la Chambre des Communes, tout en se montrant ouverts à tous les Québécois souverainistes comme fédéralistes.

La campagne offensive de M. Beaulieu a séduit le Forum jeunesse du Bloc et plusieurs ténors souverainistes, dont l’ancien premier ministre du Québec Bernard Landry. Mais, aucun des députés bloquistes ne l’a appuyé. De son côté, l’ancien chef du Bloc Gilles Duceppe lui a reproché des ''propos parfois populistes''. Une réaction mesurée et sans doute liée aux critiques acerbes formulées par le candidat montréalais à l’endroit de la stratégie bloquiste des vingt dernières années et donc de celle du successeur de Lucien Bouchard.

Même si le scrutin des 11-13 juin était téléphonique, seulement 58,45% des 19 000 membres du Bloc ont pris part au vote! Le 14 juin, M. Beaulieu a obtenu 53,5% des voix et a donc défait M. Bellavance. L’appui de parlementaires bloquistes anciens et actuels et de 35 présidents d’association du parti n’a donc pas été suffisant pour permettre au député de la circonscription Richmond-Arthabaska de succéder au démissionnaire Paillé.

Défis du nouveau chef du Bloc

En faisant élire un candidat identifié à l’aile pure et dure du mouvement souverainiste, les bloquistes ont rejeté le candidat de la continuité et fait prendre à leur parti un virage notable, celui d'une campagne bloquiste permanente en faveur de l’indépendance du Québec.

Le nouveau chef du Bloc fait face à plusieurs défis de taille.

Avec sa faible majorité, il doit d’abord et avant tout séduire la quasi moitié des bloquistes qui ne voulaient pas de lui comme chef et rassurer les électeurs flottants. Pourrait-il y arriver tout en gardant une rhétorique offensive qui lui a coûté leur appui? Rien n’est moins sûr s’il persiste et signe.

Il devrait également s’atteler à la reconstruction d’un parti qui, au fil des élections, a vu ses appuis populaires chuter, son financement fondre et sa représentation à la Chambre des Communes décliner en raison du scepticisme grandissant d’un électorat de moins en moins convaincu de la pertinence du Bloc à Ottawa.

Il devrait aussi élargir et renouveler le membership du Bloc et recruter 78 candidats pour le représenter dans chacune des circonscriptions québécoises aux prochaines élections générales prévues en principe en 2015.

Il devrait enfin trouver une solution au problème de financement de sa formation car la formule dont a accouché le changement apporté sous Stephen Harper à la manière de financer les partis politiques lui est défavorable.

***

La victoire de Mario Beaulieu est celle de tous ces bloquistes qui ne se retrouvaient pas dans la stratégie adoptée jusque-là par leur parti. Mais, ses déclarations controversées et le côté polarisant de sa personnalité ne sont pas de nature à lui gagner le ralliement de tous les souverainistes. Aussi, à l’entendre qualifier le Bloc de ''moteur de la relance du mouvement indépendantiste'', on se demande s’il ne s’est pas trompé d’enseigne. Après tout, si un jour le gouvernement québécois décidait de tenir un nouveau référendum, cela ne reviendrait-il pas au Parti québécois et non au Bloc de le mener?

17 juin 2014



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http://ssjb.com/mario-beaulieu-sest-officiellement-lance-dans-la-course-a-la-chefferie-du-bloc-quebecois/




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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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