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Le pape François en Terre sainte

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le pape François est un souverain pontife hors-norme. La moindre de ses paroles est scrutée à la loupe politique. Son voyage de courte durée en Terre sainte n’a pas échappé à cette règle. C’est la raison pour laquelle le caractère religieux donné par le Saint-Siège à cette visite historique n’a pas pu occulter son caractère politique.

Le pape François a effectué une visite de trois jours en Terre sainte. Une tournée historique pour un pape puisque seuls trois parmi ses prédécesseurs, en plus de 2000 ans d’histoire du christianisme, s’y étaient rendus: Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI. Elle s’est déroulée en trois étapes: la Jordanie, les territoires palestiniens occupés et Israël.

Visite papale en trois temps

Le 24 mai, le pape François a visité la Jordanie. L’occasion pour lui de rencontrer le souverain hachémite Abdallah II et de saluer le rôle politique et religieux de son pays. À l’occasion de sa rencontre avec des réfugiés syriens à Bethanie, il a plaidé en faveur de la paix dans leur pays et demandé à la ''communauté internationale'' d’accroître son soutien et son aide financière à Amman pour qu’elle ne fasse pas toute seule face, avec le peu de moyens qui sont les siens, à l’arrivée massive et sans cesse de réfugiés syriens. L'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) avait recensé en date de la fin du mois d'août 2013 pour la seule Jordanie 515 000 réfugiés. Sans parler des autres pays.

En franchissant les frontières d’un pays à l’équilibre politique fragile et aux ressources financières limitées, ces exilés cherchent à échapper à la déferlante de la furie d’une tyrannie déterminée à en finir rapidement avec son opposition quel qu’en soit le prix. Sans parler des exactions meurtrières de jihadistes à l'agenda international qui terrorisent plus d'un Syrien, mais qui ne représentent qu'une minorité au sein des groupes rebelles. Pour le souverain pontife, la voix militaire ne pourra apporter la paix à la Syrie. D’où son insistance encore une fois sur une nécessaire solution politique négociée entre les parties concernées. Une déclaration qui s’inscrit dans le droit fil de ses initiatives multiples et diverses entreprises précédemment. Mais, est-ce encore possible? Le doute est permis!

Toujours à Amman, il a plaidé en faveur du respect de la diversité (et donc de la liberté) religieuse et défendu le droit d’existence des minorités chrétiennes dans la région.

Le 25 mai, le pape a rencontré des réfugiés palestiniens à Dheisheh, en Cisjordanie occupée, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Bethléem.

Depuis le lieu de naissance de Jésus, le souverain pontife a plaidé en faveur de la solution des deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité mutuelle à l’intérieur de frontières internationalement reconnues, pour mettre un terme définitif au long conflit entre l’État hébreu et les Palestiniens. C’est pourquoi il a appelé les dirigeants israéliens et palestiniens à avoir le courage de reprendre les négociations de paix et à faire preuve d’imagination dans la recherche d’une solution politique qui mettrait un terme définitif à un conflit qui n’a que trop duré, au goût de l’Évêque de Rome. Il a également appelé les deux parties à éviter de poser tout geste susceptible de les éloigner de la paix.

Pour illustrer sa pédagogie par l’exemple en faveur de la paix, il s’est recueilli devant le mur de séparation édifié par Israël sur la Cisjordanie et dont les Palestiniens rejettent le tracé. Un geste de désaveu et dont la forte portée symbolique n’a pas échappé et encore moins plu à la partie israélienne, Uzi Landau en tête. Ce ministre du tourisme et membre du parti d’extrême droite Yisrael Beiteinu (Israël, Notre maison) a d'ailleurs qualifié ce geste d’''erreur''.

Le même jour, le pape s’est rendu à Jérusalem pour rencontrer les chefs des autres Églises chrétiennes qui y œuvrent et le patriarche de Constantinople pour faire une prière œcuménique commune au Saint-Sépulcre. Envoyant un message de fraternité et de dialogue œcuménique aux 466 000 fidèles chrétiens vivant en Jordanie, en territoires palestiniens occupés et en Israël pour qu’ils sachent que leur sort le préoccupe dans un Proche-Orient où ils payent en partie les pots cassés de conflits politiques avec ou sans vernis religieux.

À travers sa rencontre avec le patriarche œcuménique Bartholomée de Constantinople, il a commémoré la rencontre historique survenue il y a 50 ans à Jérusalem entre le pape Paul VI et le prédécesseur de son vis-à-vis à Constantinople, le patriarche œcuménique Athénagoras. La nouvelle rencontre a permis aux deux chefs catholique et orthodoxe de mesurer le chemin parcouru et de reconnaître qu’il y a encore du chemin à faire avant que les deux parties n’atteignent le but de l’unité ou du partage du ''Banquet eucharistique'' (pour reprendre l’expression imagée utilisée dans la déclaration commune du pape François et du patriarche Bartholomée datée du 25 mai 2014).

Le lendemain, le pape François a rencontré sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem le Grand mufti Mohammed Hussein. Un autre symbole fort de la part de l’Évêque de Rome.

Le même jour a vu le début de l’étape israélienne du périple papal. Conformément aux exigences du protocole de ses hôtes. Il a d’abord été accueilli officiellement par le président israélien Shimon Pérès. Il s’est ensuite recueilli devant le Mur des Lamentations, en contre-bas de l'esplanade des Mosquées, et a glissé, comme c’est d’usage dans ce lieu saint du judaïsme, un message dans les interstices des pierres. Juste après, on a eu droit à tout un geste d’amitié et d’œcuménisme: une étreinte du pape avec ses deux amis argentins qui étaient du voyage: le rabbin Abraham Skorka (avec qui il avait signé un ouvrage) et le professeur musulman Omar Abboud. Par la suite, il a fait déposer une gerbe de fleurs aux couleurs du Vatican sur la tombe du père fondateur du sionisme politique Théodore Hertzl. Du jamais vu pour un pape! Il s’est rendu après à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah, avant de rencontrer le premier ministre Benyamin Netanyahou.

Devant les dirigeants israéliens, il a réitéré son message entendu à Bethléem en faveur de la solution des deux États, censée permettre aux Israéliens et aux Palestiniens de jouir tous les deux de la paix et de la sécurité réciproque à l’intérieur de frontières définitives et reconnues internationalement. Il a également appelé à ce que cette option devienne une réalité et non plus un rêve lointain.

Il n’a pas hésité à exprimer son ''profond chagrin'' concernant la fusillade survenue le samedi 24 mai au Musée juif de Bruxelles et à se montrer ferme sur l’antisémitisme. Une attaque dont l’auteur et le motif restent encore mystérieux. Le chef du gouvernement israélien a salué la déclaration papale. Le pape a également demandé aux hautes autorités israéliennes de permettre l’accès de tous les fidèles juifs, chrétiens et musulmans aux lieux saints de Jérusalem. Il n'a pas hésité à condamner les attaques commises par des extrémistes juifs contre des lieux de culte musulmans et chrétiens et qui ont pris de l’ampleur depuis plus d’un an non seulement en Cisjordanie, mais également en Israël.

***

À plusieurs titres, le pape François a gagné son pari. A coup de gestes symboliques forts, marque d’une indéniable intelligence communicationnelle, il a réussi son voyage en Terre sainte. Le processus de rapprochement interchrétien engagé par plusieurs de ses prédécesseurs est sur de bons rails. Les minorités chrétiennes sont rassurées sur la valeur que leur accorde le successeur de Pierre et sur l’importance à ses yeux de leur présence et de leur contribution positive à la vie dans un Moyen-Orient aux prises avec des ambitions et des luttes de pouvoir dépassant souvent le cadre régional. Pour contribuer à la baisse de ces tensions, il a invité les parties israélienne et palestinienne à reprendre le chemin de la négociation d’un accord final et définitif de paix.

27 mai 2014



* http://w2.vatican.va/content/francesco/it.html


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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