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Pauline Marois navigue à vue en pleine campagne

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

En temps d’élections générales, le parti gouvernemental sortant dispose souvent d’un avantage indéniable sur son opposition. Ayant eu accès à l’appareil étatique, il dispose de plusieurs atouts et ressources et jouit à court terme aux yeux d’une bonne partie de la population de l’image de puissance habituellement associée à l’exercice du pouvoir. Il revient donc à ce parti politique d’éviter de dilapider, sinon épuiser, ce capital dans des querelles stériles ou des batailles qui n’en sont pas et d’en faire à la place un atout de plus dans sa course électorale pour pouvoir espérer revenir au pouvoir.

En temps d’élections, les perceptions que l’on se fait d’un parti politique sont aussi sinon plus importantes que son programme. À force de changer en cours de campagne de stratégie, un parti risque de dérouter une bonne partie de ses partisans et de donner l’impression aux électeurs qu’il ne sait où il s’en va. Courant le risque de perdre l'élection.

Navigation à vue de stratèges péquistes

La campagne électorale fait rage au Québec depuis un peu plus de trois semaines. À cette occasion, on s’attendait de la part d’une formation politique clé, bien huilée et expérimentée comme le Parti québécois (PQ) à une stratégie électorale bien préparée et menée d’une main de maître. En vain!

La veille de la dissolution de l’Assemblée nationale et de l’appel lancé aux Québécois de se rendre dans les urnes pour choisir leur nouveau gouvernement, on s’attendait à ce que le thème assez populaire dans le Québec profond de la charte des valeurs soit au cœur de la stratégie péquiste. Mais, c’était sans compter avec l’arrivée inattendue mais non surprenante d’une prestigieuse recrue. Dès son investiture comme candidat péquiste dans la circonscription Saint-Jérôme, en présence de la première ministre sortante, le magnat des médias n’a pas mâché ses mots. Le poing en l’air, Pierre Karl Péladeau a déclaré et répété à qui voulait l’entendre que s’il a rejoint l'équipe du PQ, c’est pour donner aux Québécois un pays.

Avec ces déclarations, ce qui au début devait être pour Pauline Marois et son parti un atout face à l’équipe libérale en matière économique s’est après coup révélé déroutant pour la campagne péquiste. Au lieu de parler de son programme, la chef péquiste a passé plus d’une semaine à essayer de calmer les inquiétudes des nationalistes dits ''mous'' (c’est-à-dire qui ne veulent pas de référendum sur la souveraineté du Québec) dont elle a tant besoin pour se faire réélire. Comme il fallait s’y attendre, son adversaire libéral n’a pas boudé son plaisir. Philippe Couillard a pris un soin particulier à répéter inlassablement qu’une fois de retour au pouvoir, un gouvernement péquiste chercherait à tenir un référendum. À l’appui de son argumentaire, il pouvait citer des déclarations de certains proches collaborateurs de la chef péquiste allant dans le sens contraire de ses dénégations.

Dans ce contexte, les péquistes n’ont pas eu à attendre longtemps avant de voir l’arrivée des premières mauvaises nouvelles. Sondage après sondage, le Parti libéral du Québec (PLQ) et son chef creusaient leur écart par rapport à eux. À leur grand dam. Le premier débat des chefs n’a pas arrangé leurs affaires.

C’est pour essayer de rattraper ce retard que Mme Marois a ressorti cette fois le thème de la charte de la laïcité. Mais, pas pour longtemps!

Au lieu de persister dans cette avenue, trois ministres sortants sont arrivés, un matin, sans crier gare, avec un vol imaginaire des élections par des étudiants de l’Ontario et du reste du Canada. Une idée qui a germé dans la tête d'on ne sait qui...

Mais, la manœuvre a rapidement tourné court. Le Directeur général des élections a promptement non seulement rétabli les faits, mais également rassuré les Québécois sur la fiabilité de leur système électoral. Après cette intervention, la chef péquiste s’est rendue à l’évidence et dit être rassurée.

Juste après, un thème supplémentaire est venu enrichir le débat électoral.

À en croire Mme Marois et son équipe, Philippe Couillard aurait de quoi se reprocher à titre personnel (l’affaire du docteur Arthur Porter accusé de fraude) et sa campagne n’échapperait pas à l’ombre de l’ancien premier ministre libéral Charest. Elle l’a d’ailleurs invité ainsi que ses candidats à se dissocier de ''l’héritage de Jean Charest'' et à se repentir pour la crise de confiance dans laquelle est plongé le Québec. Elle a également mis en garde les électeurs contre un possible ''retour aux années libérales'' entachées par des accros à l’éthique au cas où son parti perdrait le pouvoir. Son proche collaborateur et candidat Jean-François Lisée a encore davantage dramatisé le tableau dans ce cas de figure au soir du 7 avril prochain.

Le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ) François Legault s’en est lui aussi pris à l’intégrité du chef libéral et a imputé à son parti la ''merde'' (sic) dans laquelle se trouve, selon lui, le Québec. Il l’a à son tour invité à renier ''l’héritage de Charest''.

Philippe Couillard a essayé de se défendre en rappelant à ses adversaires qu’il n’est chef de son parti que depuis mars 2013. Il a également déclaré sa confiance aux enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) pour aller au fond des choses dans cette affaire controversée d’activité de financement du PLQ entre 2004 et 2012. Pour rappel, il s’agit d’une activité qui a rapporté 428 000 dollars aux caisses du parti, sans même figurer dans ses rapports annuels. Tout en rappelant que c’est un gouvernement libéral (de Jean Charest) qui avait mis en place et l’UPAC et la Commission Charbonneau d’enquête sur la corruption et la collusion. Mais, sans pour autant admettre d'entrée de jeu que si son prédécesseur à la tête du PLQ avait enfin permis la mise en place de la Commission Charbonneau, c'est contraint et forcé par la pression des partis de l’opposition en chambre et l’opinion publique dans la rue.

Aux péquistes qui ont insisté sur le fait que des policiers de l’UPAC avaient pendant l'été 2013 fait des perquisitions aux bureaux du PLQ, on a rétorqué que deux de leurs dirigeants ont eux aussi été visités par des policiers en mois de février. Un rapprochement rejeté catégoriquement par la chef péquiste. Et M. Legault de raconter une anecdote qui n'a pas dû enchanter son ancienne collègue. Au moment où il était encore député péquiste, il devait, à l’instar de ses collègues, recueillir un montant variant de 10 000 dollars à 80 000 dollars par année et que ceux qui n’y arrivaient pas étaient convoqués à la permanence du parti.

Pour mettre ses adversaires sur la défensive, M. Couillard les a appelés à rendre public leur patrimoine et la valeur de leurs actifs. Si le chef caquiste a fini par accepter de le faire, la chef péquiste s’y est refusée. Pour le moment…

S’il a peut-être cru avoir mis sur la défensive ses adversaires au sujet de l’intégrité, des révélations faites ce soir, à l’antenne de 24/60 de RDI, par l’animateur de l’émission ''Enquête'', montrent que M. Couillard avait, durant les années 1992-2000, alors qu’il travaillait comme neurochirurgien en Arabie saoudite, placé de l’argent dans un compte bancaire dans un paradis fiscal à Jersey. Compte cédé depuis. S’il n’y avait alors rien d’illégal dans ces transactions financières pour un expatrié canadien, le fait est en soi assez délicat pour un aspirant chef du gouvernement du Québec et ne manquerait pas d’être exploité, du moins mentionné par exemple lors du second débat des chefs, par ses adversaires pour le mettre sur la défensive ou le pousser à trébucher.

***

Contrairement à la chef solidaire Françoise David qui continue son plan de match sans y dévier et un chef libéral assez constant, la chef péquiste Marois donne quant à elle l’impression de naviguer à vue dans une mer agitée. Elle ne cesse depuis le lancement de la campagne de changer de stratégie électorale. C’est à donner du tournis à ses électeurs et au public en général l’impression de paniquer. Deux choses qui pourraient lui jouer un mauvais tour le soir du 7 avril prochain.

26 mars 2014



* http://pq.org/candidat/pauline-marois/


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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