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Les chefs Pauline Marois et Françoise David croisent le fer

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Pauline Marois ne séduit pas une bonne partie de la gauche souverainiste. Cette force politique ne voit pas d'un bon oeil ce qu'elle qualifie chez le Parti québécois de virage conservateur identitaire. Désormais, elle s'en méfie. Pire: elle ne voit plus en lui le véhicule de ses rêve et idéaux. D'où son refuge pour le moment dans Québec solidaire. Ce qui fait de ce parti de gauche souverainiste une cible de choix des attaques du parti de l'éconduite

Dix-huit mois après avoir été élue comme première première ministre de l’histoire du Québec, Pauline Marois a déclenché des élections générales dans l’espoir de former cette fois un gouvernement majoritaire. Dans son entourage, on semblait penser alors que les faveurs des sondages d’opinion allaient se traduire en intentions de vote en sa faveur. Mais, c’était sans compter avec les ruses de la politique…

Vote stratégique

Au Québec, chaque élection charrie son lot d’appels au ''vote stratégique''. Une démarche censée, dit-on, éviter la division (et donc la dispersion) du vote d’une famille politique et donc empêcher la victoire de celui qui est censé représenter l’adversaire des partis conviés à se serrer les coudes. L’élection de cette année n’a pas échappé à cette ''règle''.

La chef péquiste a appelé la porte-parole parlementaire de Québec solidaire à cesser de s’en prendre à elle et à son parti. Elle l’a invité en revanche à tourner ses flèches contre l’adversaire libéral puisqu’elle se dit elle aussi ''progressiste et souverainiste''. Et de préciser sa pensée: la démarche critique de Françoise David du parti péquiste risque de favoriser la victoire de leur adversaire commun: Philippe Couillard.

En se mêlant de la définition de la stratégie électorale du parti de gauche souverainiste, la chef péquiste a couru le risque (sans doute calculé) de réprobation de la première concernée et de ses partisans.

Comme elle devait s'y attendre, la député sortante de Gouin ne l’a pas entendu de cette oreille.

Dans un tweet, la co-chef solidaire a écrit que c’est ''tout à fait normal de demander des comptes à Mme Marois puisqu'elle représente un gouvernement sortant'' (22 mars). Et de préciser qu’elle n’avait nullement ménagé dans le passé l’adversaire libéral. Elle a également avoué être déçue d’une première ministre sortante qui, quelques semaines seulement après son élection, n'avait pas hésité à mettre de côté un programme largement de centre-gauche au profit d’une politique d’austérité.

À cette appréciation idéologique s’ajoute une raison supplémentaire de conflictualité. Les deux partis se disent souverainistes et progressistes et recrutent dans une large mesure leurs membres dans le même bassin. Les gains électoraux de l’un sont donc, dans une large mesure, des pertes pour l’autre. D’où le jeu politique du plus progressiste et du plus souverainiste que l’autre... Pour ne rien arranger à sa relation avec le parti de gauche souverainiste, Pauline Marois en a fait une cible de sa campagne. D’ailleurs, elle n’a pas hésité à assimiler le vote en faveur de Québec solidaire à un vote pour le Parti libéral du Québec, un parti qu’elle a tenté de dépeindre sous des traits très négatifs.

Ces attaques sont venues après avoir tenté dans un premier temps de rallier les électeurs solidaires au vote stratégique en faveur de son parti au nom du projet commun de souveraineté du Québec. Un vote assimilé par la solidaire Françoise David à une chimère (voir son tweet du 20 mars: ''Ne vous laissez plus bousculer par les vendeurs de vote stratégique qui ne livrent pas la marchandise''). C’est dire l’échec de sa stratégie de sabordement du parti de Françoise David. C’est dire aussi le paternalisme du ''grand frère'' péquiste qui ne voit encore en Québec solidaire qu’un joueur mineur doublé d’un trouble-fête de son tête-à-tête traditionnel avec le PLQ.

***

Le soir du premier débat des chefs, la distance séparant les deux partis qui se disent progressistes et souverainistes est restée ce qu'elle était: grande. Pauline Marois n’a donc pas réussi à rallier un vote solidaire qui doute à la fois du progressisme et du souverainisme de la direction actuelle du PQ. C’est dire l’échec de la stratégie péquiste de sabordement de QS. Mais, celui-ci pouvait-il vraiment se permettre de se laisser faire et de risquer du coup de perdre ce qui fait sa force:  l'appui de son électorat de gauche? D'un autre côté, sa stratégie combative lui permettra-t-elle de récolter des gains substantiels en termes de sièges le soir du 7 avril prochain?

24 mars 2014



* http://www.quebecsolidaire.net/equipe/francoise-david/


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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