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Pourquoi suis-je sur Facebook ?

Le mouvement 20 février  a libéré la parole au Maroc. Le réseau social Facebook a contribué énormément à démocratiser le débat sur la question des droits humains. Voici un ouvrage collectif sur la question : pourquoi  suis-je sur Facebook?   Des femmes, professeurs universitaires racontent leurs aventures avec ce monde virtuel  et la cause qui les a réunies dans ce forum virtuel. 

L’idée d’écrire cet ouvrage collectif me parait intéressante dans la mesure où les réseaux sociaux et notamment Facebook sont devenus un outil dont l’impact dépasse le virtuel. Un dépassement qui se sert du virtuel pour inviter l’actuel au sens physique. C’est grâce au virtuel que l’histoire sud méditerranéenne a échappé au déterminisme et s’est réfugiée dans l’imprévisible. Le virtuel a donc contribué au questionnement physique du concert.

Rachida Roky nous dresse son parcours sur Facebook guidé par le droit au rêve(1). C’est un portrait ambitieux car son cheminement ne nourrit d’un éveil auquel le politique pour des raisons liées au jeu de complicité ne voulait pas adhérer. Le mouvement 20 Février a questionné chez Rachid son étant et excite en elle le pourquoi de l’existence du je intellectuel. Son droit au rêve se conjugue au devoir de partager. Seule la confrontation des idées pouvait créer la différence dans un après 20 Février qui a au moins libéré la parole et a pourchassé la peur. Lire encore et encore, c’est la seule monnaie avec laquelle on doit échanger, comme si elle nous disait : lisez n’importe quoi, l’essentiel c’est de vous référez. Après on discutera et on emballera. Cette devise lui a valu une amplification non seulement de savoir mais aussi de réseau de personnes qui adorent le verbe et lui assigne le positionnement. La diversité et la différence bannissent l’uniformité dans laquelle seuls les dupes et les opportunistes trouvent refuge. Au final, le droit au rêve s’est convertit en un projet concret. 

Rachida Lakhal nous raconte son errance, en quête d’une liberté que la doxa a endiguée, avec une aisance intellectuelle. Son voyage commence là où l’étendu a pacté avec l’indulgence en se servant des clauses qui cautionnent la rigidité et de la nature et de l’homme. C’est en plein contraste que son aventure avec le virtuel bleu (Facebook) a commencé. Il lui a fallu, comme toutE intellectuelE qui adore la distanciation, du temps pour harmoniser la différence avec l’identité. Convaincue par l’idée culturelle du voyage, Rachida trouve dans cet espace une marge de liberté où l’immobile trinque avec l’errance. A quoi sert cet outil s’il ne nous permet pas d’embrasser une cause ? C’est cette question qui a poussé Rachida à dénoncer le silence de l’opinion sur lequel la puissance absurde s’est accumulée. Le cas d’Amina Filali (2) a fait éclater en elle la sagesse latine. Son arme, pour défendre la raison, le droit et l’égalité, s’aiguise à l’aide de la fureur du verbe. Basta. Un cri que Rachida a lancé haut et fort contre tous les violeurs du droit et de la dignité.

Avec Asmaâ Farah, le temps change et la tonalité aussi. Le temps chez elle s’est construit dans un contexte où la plaisanterie ne peut pas esquiver la spontanéité que la montagne a forgée. En sa compagnie on voyage dans une autobiographie que la hauteur a signée. Dans son monde, le lecteur se sent happé par une histoire entachée de douleur que la mort a engendrée. Ce qui m’a attiré dans ce récit plein d’addiction à une expression technologique consolante, c’est cette capacité à renoncer à l’indolence. Une jeune fille qui fuit l’étendu et relève le défit, munie d’audace. Asmaâ, de par la pertinence de ses questionnements, ne voulait pas sombrer dans le mais, si non la nature l’emporterait sur la volonté de devenir. Elle avait besoin d’une tendresse dont l’humain est perçu comme une fin en soi. Chez elle, le rêve à une connotation je dirais existentielle, du moment où la transcendance cohabite avec l’immanence. Le virtuel et la liberté ont développé chez elle le sens de la citoyenneté, là où le physique a échoué. Je rêve, ne veut pas dire : je plaisante, telle est la maxime que le moyen Atlas lui a communiquée. Le rêve n’est autre qu’une nouvelle configuration de soi et un combat contre un sens commun qui essaie par tous les moyens de nous arracher à l’étonnement.Asmaa, tu as le droit de rêver de rencontres, d’exister, et d’être. (3).

Le rapport de Nouzha à Facebook est d’ordre philosophique. Elle le problématise et l’identifie à la condition humaine dans sa portée complexe. L’un des aspects problématiques de cette relation au virtuel réside dans ce dilemme selon lequel l’hésitation qu’impose la tradition est en permanence confrontation avec à une ouverture qui revendique un changement, à savoir une modernisation conditionnée par une autre éthique. L’autre aspect philosophique chez Nouzha dépasse le narratif et adopte une démarche spéculative. L’identité et autrui sont les deux concepts qui gèrent son entreprise de ce monde virtuel. Qui suis-je ? Comment peut-on connaitre autrui ? Quelle relation doit-on établir avec cet autrui ?

Dois-je me conformer aux exigences administratifs pour exhiber mon identité ? Mon je, doit-il se conformer à mon identité telle que ma carte d’identité la corrobore ? Il fallait donc bien réfléchir avant de s’identifier. Après tout, il s’agit d’un espace où il est libre à chacun de s’identifier comme il le souhaite. Du coup, l’identification échappe à la concordance et trouve refuge dans la symbolique. Le Je(4) s’inscrit dans les règles du jeu et transgresse l’uniformité de l’identité en cultivant la différence. Dans le monde de Nouzha tout parait multicolores. Chaque je se présente selon sa philosophie, si j’ose dire. L’image, les citations, les proverbes, les maximes… cherchent à accommoder l’intériorité du je et appellent autrui à s’y identifier et devenir ami.

Pour ce qui est d’autrui qui est en réalité une ouverture de soi, Nouzha le renvoie à la richesse de la diversité. Son souci est culturel et nostalgique. Grâce à Facebook elle a renoué non seulement avec la mémoire mais aussi avec la langue(5). Cet outil lui a permis de connaitre autrui, sa culture par le biais d’une langue en l’occurrence l’arabe laquelle a développée chez elle le sens du sublime et du beau. 

Cette relation du je à autrui caractérisée par une différence pleine de richesse dispose d’un mécanisme magique qui se déclenche par deux mouvements (deux cliques) : J’aime. Je partage.

Nouzha décortique la magie du j’aime et du partage qui apparaissent comme deux gestes banales. Elle nous renvoie à l’effet psychique de ces deux cliques. Au fond, il ne s’agit pas d’une manipulation mécanique de la souris mais d’une réparation narcissique, pour reprendre Nouzha Guessous. Je suis enfin soulagé car mon commentaire est apprécié et partagé.

Si on me demande de donner un titre au texte que Latifa El Bouhsini a produit sur son aventure avec l’espace bleu, je proposerai ceci : la complexité de la liberté.

La complexité d’être libre réside dans la difficulté à concilier le vécu et le conçu. L’histoire de Latifa s’est écrite à cheval entre une réalité qui tire vers l’obligation, voire la contrainte et l’engagement qui s’identifie au droit dont l’égalité prime. Les prémisses d’une démarcation par rapport au prêt à accepter, donc à subir apparaissent tôt chez elle. Dés son jeune âge, Latifa annonce sa couleur, laquelle diffère de celle qu’exige l’uniformité. Son appétit constant au savoir lui permet de ne pas rentrer dans une grille de lecture préétablie. Son mépris du verbe ; se couvrir, conjugué à l’impératif : couvre toi, lui a signifiée que le chemin à parcourir est long et épineux. La seule voie à emprunter pour combattre le patriarcat, c’est d’affiner son savoir. Seul le savoir anéantit les clichés que la logique déterministe alimente. Personne n’a le droit d’assigner à ma vie son sens. Après tout la fonction de penser ne se délègue point, comme disait Alain. A partir de là, Latifa El Bouhsini s’engage à ce que la culture l’emporte sur la nature. « Réduire la femme à son corps considéré à la fois comme objet d’exaltation, source de désordre et « machine « » à procréer pour perpétuer l’espèce humaine ne m’a pas laissée indifférente et m’a tout le temps intriguée ». (7) Il fallait donc porter ce préjugé auprès de la cour et le condamner au nom de l’égalité. C’est au complexe universitaire que Latifa a commencé à présenter son argumentaire pour défendre sa thèse dans laquelle s’articulent les notions : Démocratie et Egalité.

L’étau se resserre autour d’une réalité canalisatrice à cause ou grâce a l’élargissement du virtuel qui favorise une liberté non institutionnelle. Je choisis, je trie les invitations qu’on me propose. Dans ce contexte, l’engagement de Latifa pour un mouvement qui revendique l’égalité dans sa portée humaine sans discrimination aucune, a transité vers un présent où la politique cohabite avec la citoyenneté. Une transition d’une histoire entretenue par l’indulgence de l’oral à un présent soumis à la rigueur de l’écrit.

Notes

(1)Pourquoi suis-je sur Facebook ? Des marocains croisent leurs paroles. Coordonné par Nouzha Guessous. Editions : Le  Fennec.

(2) Amina Filali, jeune fille de 15ans voilée puis mariée à son violeur en 2011.Elle se suicide 6 mois après son mariage à cause des mauvais traitements, cité par Rachida Lakhal. Page: 92.

(3) Méditations d’une jeune Amazigh. Page : 55.

(4) Mon baptême sur Facebook. Page : 65.

(5) Facebook comme carrefour de cultures et de langues. Page : 78.

(6)  Du forum réel au forum virtuel, la mise en réseau se poursuit. Page : 29.

19 mars 2014                                                                           



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Il y a actuellement 2 réactions.

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(1)Pourquoi suis-je sur Facebook ?
par mr azimani mustapha le 25 avril 2014

MES DAMES ? 

il ne faut prendre mes propos du 24 avril ,suite a l excellent  article de MR BAROUDI ,comme une  critique , pouvant influer,mais plutot je voulais parler  d un etat de conscience , qui est devoile au grand jour  sans restriction  par les intervenantes( je ne parle que des femmes : c est un  choix)) entre la souffrance psychique et l emerveillement personnel   .,je connais la valeur de toutes les intervenantes d abord a travers l article en question ,et aussi a partir  de ma lecture de leurs publications sur Face book et sont d ailleurs toutes des intellectuelles et si mon choix tend vers MME LATIFA  El Bouhsini c est  aussi pour ses reactions qu elle poste sur son mur sur Face book  empreintes d un humanisme debordant- Quant a MME NOUZHA  GUESSOUS  je la considere comme LA REINE DU FACE BOOK ! SA PLURICULTURALITE FAIT D ELLE UNE DAME D EXCEPTION ,  ET C EST LE FRUIT D UN BUTINAGE DE FLEUR EN FLEUR QUI FAIT FEMME QU ELLE EST .

CORDIALEMENT

MUSTAPHA AZIMANI

 

(1)Pourquoi suis-je sur Facebook ?
par mr azimani mustapha le 24 avril 2014

bravo a MR BAROUDI ! qui a elabore cet article ce qui donne une certaine valeur au livre ou certaine innocence  innee a ete decrite qui represente les diversites de notre societe. chaque intervenant  exprime ce qui lui ronge les tripes a tel point que de sinceres verites emergent de la contrainte de ne pas etre a la hauteur des autres personnes   ou celles qui aiment les likes et se contentent  d epier  surtout les femmes et puis on considere  que al ibdae commence par le cri par le  desavouement de tout ce qui ne rapproche d une certaine realite evaluee selon  des valeurs  preetablies qui pour l instant n existent que dans leur imaginaire .j avoue que les propos de Mme Latifa El Bouhsini que vous avez  relates m ont convaincu..

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par Abdelmajid BAROUDI

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