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Le gouvernement Harper et la crise ukrainienne

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La crise ukrainienne n’a cessé depuis plusieurs mois de s'aggraver. Le coup de force russe a exacerbé les tentions inter-ukrainiennes et rendu la situation très explosive. Désormais, le pays est poussé au bord du délitement de son intégrité territoriale. Cette situation volatile rend plus que jamais nécessaire la mission d'une diplomatie internationale rompue aux codes et usages de la fonction.

Après trois mois de mobilisation populaire, EuroMaïdan a fini par obtenir la fuite du président Viktor Ianoukovitch. Un gouvernement de transition est aussitôt mis en place avec l’appui de la place Maïdan. Mais, la joie s’est révélée de courte durée. L’inquiétude n’a pas tardé à gagner les rangs du nouveau pouvoir en raison notamment des velléités hostiles du puissant voisin russe. Vladimir Poutine n’a pas caché son mécontentement de ce qui venait de se produire à Kiev. Mais, en bon joueur d’échecs, il a offert asile à Moscou même à celui à qui il prodiguait jusque-là son soutien. Dans ce contexte d’instabilité politique à Kiev, le soutien d’une puissance étrangère comme le Canada ne pouvait être que bienvenu aux yeux du nouveau pouvoir.

Une Ukraine souveraine et indivisible

Depuis le début de la crise en Ukraine, le gouvernement Harper n’a pas hésité à afficher ses couleurs. Il a non seulement critiqué la répression policière des manifestations à Kiev et ailleurs, mais également imposé, en date du 20 février, une série de sanctions contre les principales figures du régime Ianoukovitch et son appareil sécuritaire présumés responsables de cette répression. Ces dignitaires ne pouvaient donc plus, entre autres, visiter le Canada. Des décisions qui, en plus de rejoindre ladite vision de ''clarté morale'' chère aux conservateurs de Stephen Harper en  matière de politique étrangère, avaient potentiellement l'avantage de facto de consolider leurs appuis parmi la communauté ukrainienne.

Une fois le président Ianoukovitch parti en catastrophe et son remplaçant Tourtchinov connu, Ottawa n’a pas, en date du 24 février, boudé son plaisir.

Pour faire l’état des lieux en Ukraine, le ministre canadien des affaires étrangères s’est, le 28 février, rendu à Kiev. Il était accompagné de représentants de la communauté canado-ukrainienne et de parlementaires conservateurs. Il a rencontré des figures du nouveau pouvoir, dont le premier ministre intérimaire Iatseniouk. Il a également offert de l’aide et du soutien de son pays aux nouvelles autorités.

Alors que John Baird se trouvait sur place, Vladimir Poutine a fait avancer plusieurs pions sur l’échiquier de Crimée. Mouvement fait, selon lui, au nom de la protection des intérêts et des citoyens russes. La capitale de cette région d’Ukraine a ainsi vu plusieurs hommes armées, peut-être des parachutistes de l’armée russe, prendre le contrôle de plusieurs bâtiments et symboles forts de souveraineté, dont le parlement. Un développement qui a hautement irrité le ministre canadien au point de le pousser à comparer ce qui s’est passé à Simféropol à une ''agression à la soviétique''. Une allusion lourde de sens…

Le chef de la diplomatie canadienne n’a pas exclu l’idée d’expulser l’ambassadeur russe du pays. Mais, sans franchir le pas. Pour le moment...

Georgiy Mamedov est un diplomate avec le titre d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire. Il a été convoqué au département des affaires étrangères pour lui transmettre la position du gouvernement Harper.

De son côté, le premier ministre Harper a le 1er mars rappelé ''pour consultation'' son ambassadeur à Moscou. Il a également convoqué la même journée une réunion du conseil des ministres, s’est entretenu, entre autres, avec le président américain et fait savoir que le pays suspendait sa participation aux préparatifs du sommet du G8 à Sotchi prévu en principe pour cet été. Il a également condamné, notamment sur sa page Facebook, ''avec la plus grande fermeté l’intervention militaire'' russe en Ukraine, réitéré sa reconnaissance de la ''légitimité du gouvernement (Latseniouk, ndlr)'' et son soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine et demandé au président Poutine de ''rappeler immédiatement ses forces militaires à leurs bases et de s’abstenir de commettre tout autre acte provocateur et dangereux''. Dans le cas contraire, a-t-il prévenu, ''la relation bilatérale entre nos deux pays en subirait des conséquences négatives à long terme'', sans la moindre précision de ce que cela signifie.

Le lendemain, fort de la déclaration la veille du G-7 (Etats-Unis, Canada, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie et Japon), Stephen Harper s’est entretenu avec son homologue ukrainien et l’a assuré du soutien du Canada à son pays. D’ailleurs, les membres de la Chambre des Communes ont voté à l’unanimité une motion condamnant le coup de force de la Russie et exprimé leur soutien à la politique ukrainienne d’Ottawa.

Le 4 mars, le premier ministre canadien a suspendu toutes les activités prévues entre les forces armées canadiennes et russes. Ce faisant, il a emboité le pas à l'allié américain qui avait la veille pris une décision allant dans le même sens.

Le 5 mars, M. Harper a nnoncé avoir suspendu la participation canadienne à la Commission intergouvernementale économique (CIE) canado-russe. Cette commission est chargée de la promotion des relations économiques entre les deux pays. Il a également dit que le Canada prendra part à la mission d'observation militaire de l'OSCE des activités militaires en Crimée.

***

L’invasion russe du territoire ukrainien est une violation grave d’un des principes fondateurs du système international. Évidemment, un pays fondateur de l’ONU comme le Canada ne pouvait se permettre de garder le silence sur ce coup de force. Mais, delà à se laisser, au nom d’une dite politique de ''clarté morale'', piéger par une posture rhétorique peu diplomatique, c’est un pas qu’il valait mieux éviter. Tout en restant ferme sur le principe de condamnation du coup russe, il fallait trouver les formulations et le ton diplomatiques adéquats pour l'exprimer. L'enjeu est ici de taille! Il s'agit de ne pas avoir l'air de prendre d'ores et déjà le parti d'une partie en conflit et d'éviter par conséquent d'être accusé par la seconde partie de partialité et rater ainsi l'occasion de prendre place dans la délégation internationale de médiation qui finira, avec l'accord des deux parties en conflit, par voir le jour pour trouver une sortie politique négociée de la crise à travers, entre autres, des élections générales anticipées organisées sous la supervision de l'OSCE.

3 mars 2014 - Mis à jour les 4 et 5 mars 2014



* http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Parlement_discours-du_tr%C3%B4ne.jpg


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par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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