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Quand Tout le monde parle de Justin Trudeau et de l'Ukraine

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

L’humour et la politique? L’humour en politique? Un couple qui souvent ne fait pas bon ménage. Tout homme politique, toute femme politique, qui s’y est risqué a souvent froissé au moins une partie de la population et donc de l’électorat. Avec le risque de voir ses adversaires en profiter et peut-être même s'aliéner une partie non négligeable de l'électorat et voir ainsi la perspective d'accès au pouvoir s'éloigner pour un bon moment.

Peut-on rire de tout quand on est un professionnel de la politique? Peu importe les circonstances? Ou y a-t-il une frontière invisible et mince au-delà de laquelle un politique, et encore moins un premier ministrable, ne peut s’aventurer? Le risque étant pour lui (ou pour elle) de voir une blague se transformer, par la magie du verbe médiatisé et des techniques de communication de masse, en munition de la grande (et les petites) ''guerre(s)'' que se livrent adversaires rompus aux combats de corps-à-corps politiques. Si le chef libéral fédéral avait encore besoin de s’en rendre compte, les réactions partisanes à ses propos cette semaine sur la crise ukrainienne à l’antenne de l’émission Tout le monde en parle (TLMEP) devaient l’en instruire.

Quand Tout le monde en parle: de… Justin et de l’Ukraine

Comme c’est de coutume à TLMEP, chaque fois qu'un sujet déffraie la chronique au Québec, des invités sont conviés pour s'y pencher. Dimanche dernier, son animateur a invité la journaliste de La Presse Agnès Gruda et le professeur Dominique Arel à son émission pour décortiquer les tenants et aboutissants de la crise sanglante ukrainienne. Pendant l’entrevue, diffusée le 23 février, le titulaire de la chaire des études ukrainiennes à l’Université d’Ottawa a profité de la présence du chef du Parti libéral du Canada pour lui demander ce qu’il pensait de la réaction du gouvernement conservateur face à ce qui se passait en Ukraine.

Justin Trudeau lui a répondu: «Le président Ianoukovitch est rendu illégitime. Et c'est très inquiétant, surtout puisque la Russie a perdu au hockey, ils vont être de mauvaise humeur. On craint l'implication russe en Ukraine».

Pour l’aider à éviter le piège qui allait se refermer sur lui, l’animateur Guy A. Lepage l’a relancé, en lui demandant si on devait craindre l'implication de la Russie simplement à cause du hockey. C’est là, où le chef libéral a semblé vouloir se reprendre, tout en justifiant sa blague inappropriée: ''Non. C'est d'essayer d'amener une optique un peu légère dans une situation qui est extrêmement sérieuse, extrêmement troublante.''

Malgré le calibrage de son propos, ce qui devait être une blague destinée à faire rire l’auditoire n’a pas passé.

''Manque de jugement''

Dès le lendemain, l’ambassadeur Vadym Prystaiko, qui a été nommé à Ottawa par le président déchu Viktor Yanukovich, a demandé au chef libéral fédéral de présenter ses excuses pour une blague inappropriée dans le contexte dramatique de la mort de dizaines de ses compatriotes.

L’ambassadeur russe à Ottawa n’a pas non plus caché son mécontentement du propos du chef libéral sur une éventuelle intervention moscovite dans ce pays.

Il ne fallait pas plus pour que les adversaires du chef des libéraux fédéraux à la Chambre des Communes s’engouffrent dans la brèche ouverte par lui pour lui tirer à boulets rouges.

Des ténors conservateurs, dont les ministres Chris Alexander (Citoyenneté et Immigration), Jason Kenney (Emploi) et James Moore (Industrie), et le chef néodémocrate Thomas Mulcair ont pris prétexte de ces propos pour remettre en question le jugement du député de Papineau.

Côté libéral, le député Marc Garneau s’est porté à la défense de son chef et ancien adversaire lors de la dernière course au leadership du PLC.

Soumis au feu nourri des attaques, de gauche comme de droite, contre sa faculté de jugement, Justin Trudeau a ce mardi 25 février senti le besoin de présenter ses excuses. Ce que l’ambassadeur ukrainien s’est empressé d’accepter. Il a également rendu visite au 310 Somerset St W. pour discuter avec les diplomates ukrainiens de la situation volatile dans leur pays et signer par la même occasion un livre de condoléances. Un geste fortement souligné par M. Prystaiko. Il s’est excusé le même jour auprès du président du Congrès des Ukrainiens-Canadiens (voir son annonce sur Twitter). Paul Grod a lui aussi accepté les excuses du chef libéral.

***

Au-delà de l’aspect partisan des attaques de ses adversaires, le chef libéral a encore une fois de plus tenu des propos controversés relativement aux questions de politique étrangère. S’il continue de plaider la spontanéité et la fraicheur du propos chaque fois qu’il se fait coincer, à la longue cela pourrait se retourner contre lui, en donnant de sa personne l’image d’immaturité et d’absence de jugement. D’ailleurs, ses adversaires l’attendront toujours au tournant pour tenter de le discréditer. C’est pourquoi Justin Trudeau ferait mieux de bien méditer sa nouvelle mésaventure et se rappeler que le cheminement vers le sommet ne peut souffrir une pléthore de controverses et que même l’humour devrait être servi au bon moment.

25 février 2014



* http://commons.wikimedia.org/wiki/File:INC_2009_Justin_Trudeau2.JPG


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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