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Le chemin de croix de Mohamed El Baladi

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Le régime politique de Mohamed VI a des problèmes d’image à l’étranger. Plusieurs dossiers controversés de droits humains alourdissent son passif. Une nouvelle affaire touchant cette fois la communauté marocaine chrétienne tombe très mal pour lui. Mobilisant les réseaux évangéliques en Occident et des militants des droits humains au Maroc!

Malgré l’engagement solennel de l’État à garantir la liberté d’opinion, la liberté d’expression et le libre exercice des cultes de tous (Constitution, articles 6 et 9), cela reste un vœu pieux pour au moins une partie du peuple marocain. Un jeune de la région de Taounate l’a appris à ses dépens.

Condamné pour ''prosélytisme''

Mohamed El-Baladi est âgée de 32 ans. Le 28 août 2013, suite à une dénonciation, les autorités l’ont arrêté à Douar Oulad Amrou à Ain Aïcha (une commune rurale située dans la région de Taounate). Après plus de cinq mois de surveillance de ses faits et gestes, les autorités ont fouillé son domicile et y ont trouvé du matériel religieux: des livres, des revues et des CD-Rom.

Ce marchand ambulant est accusé d’avoir tenté de convertir un mineur au christianisme. Le 3 septembre, il a comparu devant le tribunal de première instance de Taounate. Il n’a pas nié sa conversion à l'âge de 24 ans au christianisme (soit en 2006). Il est jugé coupable et condamné pour s’être converti à la foi chrétienne et pour prosélytisme. Sa peine: 30 mois de prison ferme et une amende de 500 dirhams (50 dollars américains).

Pour le prononcé de la sentence, le juge s’est appuyé sur l’article 220 du Code pénal qui stipule ce qui suit: ''(est puni d'emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 200 à 500 dirhams) quiconque emploie des moyens de séduction dans le but d'ébranler la foi d'un musulman ou de le convertir à une autre religion (alinéa 2).'' (1)

À la prison d'Ain Aïcha, il a subi des mauvais traitements de la part de ses codétenus pour sa conversion. Sa famille, de condition très modeste, a quant à elle, souffert de l’ostracisme de villageois qui avaient, à coup sûr, ressenti la conversion d’un des leurs comme une trahison des membres du groupe.

La mobilisation des militants des droits humains dans plusieurs villes du pays a permis la réouverture de son procès. Dès la première séance, la Cour d’appel de Fès a accordé au condamné la liberté provisoire en attendant d’entrer dans le vif du dossier. Fait à noter: si la première fois, M. Baladi était livré à lui-même, en raison du refus des avocats de la ville de Taounate de le défendre (!) (2), cette fois onze avocats venus de Fès, Rabat, Meknès et Tétouan se sont mobilisés pour le représenter gracieusement au nom du principe de liberté de conscience. Nombre de défenseurs des droits humains au pays se sont également mobilisés en sa faveur. Les réseaux sociaux et la blogosphère marocaine n’étaient pas en reste. Une page Facebook et une pétition ont été mises en ligne pour demander sa libération. Il n’était donc plus seul devant la justice.

Faute de preuves, la Cour a annulé en février sa condamnation pour prosélytisme. Il est redevenu un homme libre à partir du 13 février!

***

Mohamed El-Baladi peut donc désormais vivre son culte en toute liberté et à la lumière du jour! Sa libération, obtenue en partie grâce à la mobilisation de la société civile, est une avancée pour la liberté religieuse au Maroc. La question maintenant est de savoir quel sera l’impact de cette décision judiciaire sur la vie quotidienne des milliers de chrétiens marocains qui vivent, à ce jour, dans la clandestinité, leur nouvelle foi et qui n’osent même pas fréquenter une église de peur de faire l'objet de représailles ou d’ostracisme. Continueront-ils encore d’agir de même ou au contraire se saisiront-ils de cette occasion pour faire leur sortie chrétienne de placard? Et puis, comment réagiront les milieux ultraconservateurs à cette décision et à cette démarche? Se rappelleront-ils le verset coranique selon lequel ''Nulle contrainte en religion'' (Coran, S2: V256), un fondement du pluralisme religieux, ou préféreront-ils au contraire se lancer dans une surenchère qui n’a pas lieu d'être dans ce XXIe siècle quand il est question de choix religieux? L’avenir nous le dira.

18 février 2014



1) Dahir n° 1-59-413 du 28 joumada II 1382 (26 novembre 1962) portant approbation du texte du code pénal, Bulletin officiel du royaume du Maroc, n° 2640 bis du mercredi 5 juin 1963,

2) Voir son entrevue accordée au journal électronique Ajialpress, 18 février 2014, http://www.ajialpress.com/

 


* Église Notre-Dame de Lourdes 


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Il y a actuellement 1 réaction.

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par Driss le 18 février 2014

Cher Aziz,

j'apprécie ton engagement pour la tolérance, j'appelle ça: la sagesse.A quoi bon de persécuter un être humain pour le plus privé et profond de lui, sa foi. Avec de telles mesures,l'Etat marocain montre combien il est intrus. 

 

Ce qui est déplorable, et vous apporter "faute de preuves, la cour a annulé .." Il s'agit donc d'une question de fond et non pas de forme. Ce veut dire que d'autres poursuites peuvent avoir lieu, car  elles seront toujours admissibles ou disons judiciables :-)

Toute loi doit se conformer nécessairement à la constitution. Quand on parle d'un État de droit on parle du droit, des droits, et des libertés. Le Maroc, d'après moi a essayer de sauver la face, faute de preuves comme alibi à l'appui. Ce citoyen est une victime de l'Etat marocain qui ne respecte pas la constitutionnalité des lois. 

heureux que mon concitoyen soit libre, fier de mes concitoyens engagés. Soyons prudents, la game vient de commencer.

 

Une question qui me désole: Pourquoi demander les preuves! s'agit-il d'un crime? 

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Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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