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L’agenda international de Barack Obama

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Barack Obama reste le combattif qu'il était il y a quelques années. Son optimisme n'a pas été entamé. Il a non seulement rendu compte de ce qui a été fait en matière de politique étrangère par son gouvernement, mais a également fait le tour de ce qui lui reste à accomplir. Dans l'enthousiasme!

Pour une cinquième fois de suite, le président américain a fait le tour de l’état de son pays devant les membres du Congrès. Il a également indiqué ce qui reste à faire pour parfaire l’Union américaine. Tout au long de son discours, il a fait preuve d’optimisme. Cette fois, les questions internationales ont occupé davantage de place que la dernière fois.

Retrait d’Afghanistan

Ceux qui jusque-là pouvaient encore douter de sa volonté sont désormais fixés sur le calendrier de retrait américain de l’Afghanistan.

Comme prévu, la mission américaine de combat viendra, selon Barack Obama, à son ''terme d’ici la fin de cette année''. Mettant un terme à ''la plus longue guerre'' des États-Unis. Il a justifié sa décision par la prise en charge des ''forces de sécurité afghanes de la sécurité de leur pays''. Dans ce nouveau contexte, les forces américaines (et donc la force internationale d’assistance, soit 58 000 soldats) seront chargées de soutenir les forces afghanes.

Mais, pour Washington, le maintien en Afghanistan, après 2014, d'une mission de petite taille est fonction de la signature par Kaboul d'un accord de sécurité (Bilateral Security Accord, BSA). Le 27 janvier, le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen s’est lui aussi exprimé dans le même sens. La mission dont parle le président américain, ''Soutien résolu'' (Resolute Support), sera double: ''la formation et le soutien des forces afghanes'' (armée, police et services de sécurité) face aux Talibans et ''la lutte contre le terrorisme et Al-Qaïda''. Autrement dit, Kaboul ne devrait pas compter sur Washington pour défendre son territoire. Ce qui n’est pas pour plaire au gouvernement Karzaï.

Si l’assemblée traditionnelle (la Loya Jirga) a approuvé en novembre dernier le projet de traité de sécurité (BSA), le président afghan continue pour le moment de donner des signes de ''résistance''. Une manœuvre faite pour obtenir de Washington le plus de concessions possibles et tenter, d’ici au moins la prochaine élection présidentielle de février, de faire oublier à ses compatriotes ce qu’il a toujours été, à savoir une créature américaine.

Mais, les deux parties se savent liées. Hamid Karzaï aura besoin de l’allié américain, entre autres, pour ne pas subir le sort tragique de Najibullah aux mains des Talibans. Ayant vécu une bonne partie dans la région et aux États-Unis, il sait que ceux-ci ne pourraient se permettre, pour des raisons stratégiques, de sacrifier leur alliance avec la puissance nucléaire pakistanaise. Washington sait de son côté que le prix à payer pour son intérêt national d’une ''option zéro'' serait trop élevé pour pouvoir se le permettre.

Mais, si le prochain successeur de Hamid Karzaï et Barack Obama devront se rencontre à Washington pour signer le BSA, force est de constater que la mission internationale agira de facto dans l’après 2014 comme facteur de stabilisation et de déstabilisation de ce pays et de la région. Les combattants talibans et jihadistes en prendront prétexte pour continuer leur guerre d’usure contre tout gouvernement à Kaboul et la mission internationale.


 

Soutien à l’opposition syrienne non jihadiste

Barack Obama a invité l’opposition syrienne à rompre avec ''les réseaux terroristes'' et conditionné le soutien de son pays à son rejet de leur agenda jihadiste. Mais, il n’a pas dit s’il était prêt à armer l’opposition modérée et à lui fournir les types d’armes que celle-ci réclame depuis plus d’une année. En recyclant la rhétorique anti-terroriste de son prédécesseur, le locataire de la Maison-Blanche donne l’impression de s’être rallié implicitement à l’argumentaire du régime Assad qui s’est, durant presque trois ans, échiné à présenter sa guerre contre la révolution populaire comme une guerre contre le terrorisme international.

Le président américain a également dit des diplomates de son pays qu’ils continuent leur labeur avec la ''communauté internationale'' pour que le peuple syrien jouisse finalement d’un état où ''la dictature, la terreur et la peur'' n’auront pas de place.

Soutien aux pourparlers israélo-palestiniens

Barack Obama a dit ''soutenir les pourparlers de paix'' entre Israël et l’Autorité palestinienne (AP). Il les a invités à aller au-delà de leur ''caractère difficile'' car ''ils sont nécessaires pour mettre un terme'' définitif à ce conflit. Rendus à ce stade, les Palestiniens devront, a-t-il dit, retrouver ''la dignité et vivre dans un État indépendant''. De leur côté, les Israéliens jouiront dans ce nouveau contexte d'un ''État juif bénéficiant d’une paix durable et de la sécurité''. Et de préciser que cet État pourra compter sur ''l’appui durable'' de l’allié américain.

Si la mention d’État palestinien indépendant a à coup sûr plu aux Palestiniens, le mutisme de M. Obama sur son contenu a dû les laisser sur leur faim.

Dans le camp en face, le premier ministre israélien et la droite nationaliste ont entendu le mot qu’ils voulaient entendre: ''État juif''. Une formulation forte qui a suscité un feu nourri  d’applaudissements des deux côtés du Congrès et a dû plaire à l’AIPAC, principal lobby conservateur pro-Israël à Washington.

Les paramètres d’une paix définitive, globale et durable sont connus depuis au moins l’époque du président Clinton, à savoir les réfugiés palestiniens, Jérusalem, les colonies juives, les ressources hydrauliques et les frontières.

Israël ne veut en aucun cas entendre parler du retour des réfugiés palestiniens là où ils vivaient ou vivaient leurs familles avant 1948  (date de la ''catastrophe'' pour les Palestiniens et de ''l'indépendance'' pour les Israéliens) car cela équivaudrait, de son point de vue, à sa fin comme État juif. De leur côté, les Palestiniens y tiennent. Ces derniers veulent également faire de la partie arabe de Jérusalem (Quds) leur capitale nationale, ce que refuse un État hébreu qui tient au caractère indivisible de la ville trois fois sainte et la considère comme sa capitale éternelle à lui seulement.

Les colonies juives en Cisjordanie représentent un autre obstacle majeur à toute paix durable et empêchent de facto la création d'un État palestinien soutenable économiquement et territorialement. Israël aimerait maintenir ces gros blocs de peuplement juif dans des parties entières de la Cisjordanie quitte à les intégrer ultérieurement à son territoire en cas d’accord de paix et à échanger contre eux d’autres parcelles de son territoire actuel. Mais, les Palestiniens tiennent quant à eux au démantèlement de ces colonies pour pouvoir bénéficier de continuité territoriale.

En raison du caractère semi-aride de la Palestine historique, la question de l’eau et de son partage entre les deux parties représentent un casse-tête colossal supplémentaire. Les ambitions hydrauliques israéliennes sont insupportables pour la partie palestinienne. D’ailleurs, celle-ci craint d’être le perdant d’une éventuelle entente israélo-jordanienne dans ce domaine.

Le leadership nationaliste palestinien considère les frontières d’avant la guerre des Six-Jours (1967) comme celles de l’État palestinien futur et rejette le tracé actuel du mur de séparation (ou ''barrière de sécurité'' qualifiée en juillet 2004 d’illégale par une Cour internationale de justice qui a appelé à son démantèlement, tout comme l’Assemblée générale de l’ONU). Ce que refusent les dirigeants israéliens. Les plus intransigeants d’entre eux vont jusqu’à parler à ce propos de ''frontières de la Shoah''. Sans sourciller! Pour la droite nationaliste, la Vallée du Jourdain devrait demeurer sous souveraineté israélienne et la ''barrière de sécurité'' quant à elle suivre son tracé initial pour permettre aux Israéliens de se protéger des attentats.

Pour rassurer les Israéliens sur la sécurité de la frontière est du futur État palestinien, le président de l’AP Mahmoud Abbas a suggéré au secrétaire d’État américain John Kerry que l’armée israélienne et les colons juifs restent sur place pendant une période transitoire de cinq ans et que des forces de l’OTAN, sous commandement américain, viennent s’installer de manière permanente à Jérusalem-Est et en Cisjordanie et collaborent avec les forces de sécurité et de police palestiniennes (voir New York Times, 2 février 2014). Dans cet esprit, l’État palestinien futur serait donc démilitarisé. Mais, si Benjamin Netanyahou peut se réjouir de voir son exigence mainte fois martelée d’un État palestinien démilitarisé, il rejette la présence permanente de l’OTAN sur place.

Sur ces différents sujets d’importance, les positions des deux parties restent donc en réalité éloignées. Les déclarations optimistes faites ces jours-ci par l’émissaire du président américain dans la région ne pourront cacher cette réalité. N'en déplaise à l'optimisme d'Obama, même en cas de fortes pressions américaines ou saoudiennes sur Ramallah pour l’amener à réviser à la baisse ses exigences, il serait peu probable que ce qui reste de l’Autorité palestinienne ose franchir le pas.

Donner une chance à la négociation avec l’Iran

Après des mois de pourparlers secrets irano-américains à Oman et deux mois de négociations sur le Lac Léman entre l’Iran et le groupe ''5+1'' (soit les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Russie, la Chine et l’Allemagne), ils sont parvenus, le 24 novembre dernier, à conclure un accord à Genève. Conformément à cette entente ntérimaire de six mois, Téhéran gèle une partie de ses activités nucléaires sensibles en échange d’une levée partielle des sanctions internationales. Cette entente internationale est entrée en vigueur le 20 janvier dernier.

Pour défendre sa stratégie face à l’Iran, Barack Obama a déclaré que si ce pays a ''entamé l’élimination de son stock nucléaire hautement enrichi, une première en dix ans'', c’était grâce à la conjugaison de sanctions et de diplomatie.

''Avec nos alliés et partenaires, nous sommes impliqués dans des négociations pour voir si nous pouvons parvenir à l’objectif que nous partageons tous: empêcher l’Iran d’avoir une arme nucléaire'', a-t-il déclaré. Et de prévenir les faucons au Congrès que même s’il n’exclue pas que ces négociations échouent: ''si le Congrès m’envoie maintenant une nouvelle loi de sanctions qui menace de faire dérailler ces pourparlers, j’y mettrai mon veto''. À ces yeux, ''donner une chance à ces négociations est une question de sécurité nationale''.

Cette affirmation forte n’a pas dû plaire à l’AIPAC ou aux sénateurs Mark Kirk et Robert Menendez, chevilles ouvrières du projet de loi dit ''un Iran sans armes nucléaires, 2013'', et à leurs soutiens des deux côtés dans les deux chambres du Congrès.

Mais, lot de consolation: il s’est engagé, en cas d’échec de ces négociations, à être ''le premier à appeler à durcir les sanctions'' contre Téhéran et ''d’être prêt à recourir à toutes les options susceptibles d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire''. Mais, en cas de succès, l’Iran devrait être intégré au concert des nations.

Menaces terroristes

Même s’il pense que son pays est sur la voie de ''vaincre la direction centrale d’Al-Qaïda'', le président américain a reconnu que ''le danger reste là'' et que ''la menace terroriste a évolué'' et qu’elle s’est régionalisée: Yémen, Somalie, Irak, Mali. D’où, à ses yeux, la nécessité pour son pays de rester vigilant, de fermer la prison de Guantanamo et de revoir la politique d’usage des drones dans la guerre clandestine contre les réseaux terroristes dans plusieurs pays musulmans.

***

Le bilan de la politique étrangère de cette année est très dense. C'est également un mélange d'exceptionnalisme américain et de réalisme présidentiel. Si on peut regretter le mutisme de M. Obama ou le fait qu'il n'ait pas assez abordé plusieurs enjeux d'importance, il n'en demeure pas moins qu'à cette occasion il a envoyé un message à qui de droit, à domicile et à l'étranger, qu'il reste encore le maître à bord de sa politique étrangère. 

6 février 2014



* http://en.wikipedia.org/wiki/File:2011_State_of_the_Union.jpg


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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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