Tolerance.ca
Regard sur nous et ouverture sur le monde
Indépendant et neutre par rapport à toute orientation politique ou religieuse, Tolerance.ca® vise à promouvoir les grands principes démocratiques sur lesquels repose la tolérance.

Le niqab en garderie et les réactions des anglophones

par
Ph.D., Université de Montréal, Directeur, Tolerance.ca®

On sait combien la photo montrant des éducatrices en garderie entièrement recouvertes d'un niqab suscite l’indignation du public francophone québécois.  Fait étonnant, les parents qui ont inscrit leurs enfants dans cet établissement et qui pour la plupart ne sont pas musulmans, accusent, eux, les Québécois francophones d’intolérance et de racisme. Et le réseau de télévision de langue anglaise CTV s'en donne à cœur joie en faisant largement état de leurs réactions sur son site Internet.

En outre, la quasi totalité des réactions publiées sur le site Internet de la chaîne anglophone soutient par ailleurs le point de vue des parents ainsi que ce qu’ils considèrent l’intolérance des francophones et, bien sûr, du gouvernement péquiste. 

Fait assez étonnant de la part d’un organe d’information, qui devrait normalement faire connaître tous les points de vue, le réseau ne se soucie nullement d’expliquer ni même de rendre compte des inquiétudes exprimées par le public francophone québécois. Ceci tandis que tous les partis politiques qui siègent à l’Assemblée nationale du Québec, dont l’Opposition officielle, ont, à l’instar du  gouvernement, énergiquement dénoncé ce genre de tenue vestimentaire à visage couvert au sein d’un établissement offrant des services à la petite enfance.      

Ce à quoi les parents, comme les responsables de la garderie, ont tôt fait de rétorquer que les femmes portent le niqab uniquement lorsqu’elles se trouvent à l’extérieur de l’établissement et devant une présence masculine.

Le réseau CTV reproduit en outre intégralement une lettre rédigée en anglais et signée des parents qui réclament de l’ouverture et de la tolérance de la part des Québécois.  «Nous avons pris le temps de connaître ces personnes, de les apprécier et de le respecter en tant que des individus», clament-ils au sujet du personnel de la garderie.  Nulle part, ici non plus, ne s’interroge-t-on sur les raisons qui motivent  les réactions des Québécois francophones, pas plus qu’on ne s’interroge sur la signification et la portée d’une telle tenue vestimentaire.

Comment expliquer les réactions provenant des milieux anglophones ? Peut-on être aussi indifférent à la signification du niqab et à la séparation qu’il impose aux femmes et aux hommes ? Selon cette conception de la vie en société, un homme, qui n’est pas un proche, doit ainsi être exclu de l’univers où oeuvrent des femmes, et il ne pourra travailler en leur présence, que si celles-ci sont entièrement voilées.

Est-il si difficile de comprendre que des Québécois refusent qu’une telle conception du vivre ensemble, fondée sur la séparation des sexes, s’instaure dans notre société ? Quel modèle nos enfants se feront-ils des femmes, dont le visage et/ou les cheveux doivent être couverts en tout temps en public?

En accusant les Québécois de racisme, nos concitoyens de langue anglaise, rendus imperméables à toute critique sur la religion d’autrui par l’idéologie du multiculturalisme, ne choisissent-ils pas ainsi la voie la plus facile qui leur évite de se remettre en question et d’en débattre de manière rationnelle et sereine ? De plus, ne se montrent-ils pas irresponsables en refusant de manière unilatérale toute discussion sur le sujet et en propageant de fausses accusations, sans tenter le moindrement d’informer et d’instruire leur public sur les inquiétudes, qui ne sont pas dénuées de fondement, des francophones ?

Outre de préconiser la séparation des sexes, le niqab, comme d’ailleurs le voile, est le symbole par excellence de la violation des droits – et non seulement des droits des femmes. Faut-il rappeler que les libertés démocratiques sont inexistantes dans la plupart des pays (sinon dans toutes les sociétés) où les femmes portent le voile, qu’il soit intégral ou non ?

21 novembre 2013

Pour l'article du site Internet de CTV, voir "Parents support niqab-wearing daycare teachers"



Réagissez à cet article !
Il y a actuellement 1 réaction.

Poster une réaction
Me
par Yves G. Ménard le 21 novembre 2013

Les anglophones, tant du Québec que du ROC, nous accusent souvent de tribalisme.

Il est toutefois intéressant de constater les divergences d'opinions, sur le sujet de la Charte et sur bien d'autres, ainsi que les débats qui sont alors engendrés, du côté francophone, comparativement à la quasi-unanimité qui existe du côté anglophone, tant public que média.

Quasi-unanimité encore plus exacerbée et dérangeante dès lors qu'il s'agit d'une initiative perçue comme émanant du PQ.

Alors, où est le tribalisme?

Poster une réaction
Pour écrire votre réaction, nous vous encourageons à devenir membre de Tolerance.ca® ou de vous identifier si vous êtes déjà membre. Vous pouvez poster une réaction sans devenir membre, mais vous devrez compléter vos informations personnelles pour chaque réaction.

Devenir membre (gratuit)   |   S'identifier

L'envoi de votre réaction est soumis aux règlements et conditions de Tolerance.ca®. Vous devez lire Les règlements et conditions de Tolerance.ca® et les accepter en cochant la case ci-dessous avant de pouvoir soumettre votre message.
Votre nom :
Courriel :
Titre :
Message :
 
  J'ai lu et accepté les règlements et conditions de Tolerance.ca®.
Chronique
Cet article fait partie de

Bloc-Notes de Victor Teboul

Victor Teboul est écrivain et le directeur-fondateur du magazine en ligne Tolerance.ca ®, fondé en 2002 afin de promouvoir un discours critique sur la tolérance et la diversité. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont des romans et des essais, et de nombreux... (Lire la suite)

Lisez les autres articles de Victor Teboul
Suivez-nous sur ...
Facebook Twitter