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L’état d’urgence en Égypte

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

L’homme fort du nouveau pouvoir de transition au Caire l’avait promis et a livré la ''marchandise'' ce mercredi. Mais, disperser dans le sang les sit-in cairotes des partisans du président déchu est une mauvaise nouvelle pour l’Égypte. Si l’intention du général Sissi était de plonger son pays dans une crise politique profonde, il n’aurait pas pu agir autrement.

En un an de gouvernement, Mohamed Morsi a réussi ce que n’avait pas pu faire le régime militaire en près de 60 ans d’affrontement entre sabre et turban. Le président frère musulman a non seulement rassemblé contre lui une large coalition sociale, mais également contribué à cultiver un sentiment de désaffection populaire contre sa confrérie. Un contexte habilement exploité par la puissante institution militaire. D’où le succès rapide rencontré par le mouvement Tamarrud (''rébellion''). Ce mouvement nébuleux a fourni une commode couverture politique au coup militaire du 3 juillet dernier.

Reprise en main sanglante des places Rabiya Al-Adawiya et Nahda

Le lendemain du renversement du premier président civil élu démocratiquement en Égypte, ses partisans ont élu domicile, durant un mois, sur les places cairotes Rabiya Al-Adawiya et Nahda. La mythique place Tahrir était alors occupée par leurs adversaires. Au nom de la légitimité électorale, les pro-Morsi ont tenu mordicus au rétablissement du président déchu dans ses fonctions. Éventualité totalement exclue pour le camp adverse.

Les 8 et 27 juillet ont été sanglants.

En raison à la fois du refus du Caire de donner suite aux médiations américaine, européenne, arabe et africaine, et de la fermeté des Frères musulmans, l’affrontement était question de temps. C’est chose faite, le 14 août.

Devant le refus des manifestants de quitter les places Rabiya Al-Adawiya et Nahda, comme le leur demandait le premier ministre de transition Beblawi, les forces de sécurité les ont investis et évacué de manière brutale les pro-Morsi. La violence a coûté la vie à plus de 500 personnes. Sans oublier le millier de blessés. Un compte qui est appelé à augmenter et qui fait partie de la guerre de communication entre un pouvoir porté à réduire le nombre des victimes et des Frères musulmans portés à le gonfler. C'est de bonne guerre... Ce bain de sang a jeté de l'huile sur le feu et alimenté la colère de la confrérie des Frères musulmans. C'est pourquoi elle a appelé à de nouvelles manifestations vendredi dans l’ensemble du pays.

Le démantèlement sanglant des camps pro-Morsi a suscité une condamnation unanime de la part de la ''communauté internationale''. Le même jour, le secrétaire général des Nations unies l’a condamné ''dans les termes les plus forts''. Tout comme nombre de dirigeants de pays européens, de la Turquie, de l'Iran ou du Qatar. Le lendemain, le président américain est sorti de son congé estival pour condamner à son tour "avec force" le recours à la force pour démanteler les camps des partisans du président déchu. Tout en déplorant ''le chemin dangereux'' pris par le pays, il a appelé les pro-Morsi à renoncer à toute forme de violence. Et d’avertir les forces armées et l’exécutif provisoire égyptien: "notre coopération traditionnelle ne peut pas rester inchangée tant que des gens meurent dans les rues". Mais, si les États-Unis ont annulé les manœuvres militaires américano-égyptiennes communes de cette année, peuvent-ils se permettre d’aller encore plus loin en révisant par exemple une aide financière annuelle de 1,3 milliards de dollars à un partenaire stratégique dans la région? Rien n’est moins sûr. Avec une Arabie saoudite et d’autres couronnes arabiques prêtes à mettre la main à la poche pour renflouer les caisses égyptiennes, Washington ne pourrait se permettre de se priver d’un levier d’influence sur l’exécutif de transition, le général Abdel Fatah El Sissi en tête.

À l'initiative d'un des leurs (la France), les quinze membres du Conseil de sécurité se sont réunis en urgence, dans la soirée du jeudi, pour se pencher sur la crise égyptienne. Ils ont appelé les parties égyptiennes à faire preuve d'un ''maximum de retenue''.

État d’urgence et couvre-feu

Pour briser la mobilisation des partisans du président déchu, l’exécutif de transition a décrété l’état d’urgence dans toute l’Égypte pour une durée minimale d’un mois et le couvre-feu (de 19 heures à 6 heures du matin) dans quatorze provinces du pays (dont celle du Caire) et interrompu le trafic ferroviaire en direction et depuis la capitale. Il a également ordonné aux forces armées d’apporter leur concours à la police.

Conformément à ces mesures, les forces de sécurité peuvent, entre autres, procéder à l’arrestation et la fouille, sans la moindre restriction, des affaires de toute personne suspecte de représenter une menace à l’ordre public, garder pendant une longue période en détention tout suspect sans mandat judiciaire, contrôler le mouvement des gens et des transports, surveiller les médias et les communications. Toutes mesures d’exception qui restreignent sévèrement les libertés et les droits de la population.

Après les affrontements de jeudi entre partisans du président déchu et les forces de sécurité, le ''Vendredi de la colère'' dans toute l'Égypte, une action à laquelle a appelé la Confrérie des Frères musulmans, promet d'être sanglant. Les partisans du président déchu sont en colère et tiennent toujours à sa restauration. Ils disent être prêts à se sacrifier. Face à eux, les forces de sécurité ont le mandat de faire usage de toutes les mesures nécessaires, y compris les armes à feu, pour, entre autres, préserver la paix et la sécurité et protéger les biens publics et privés et les vies humaines.

***

L’Égypte est dans l’impasse. D’un côté, les partisans du président déchu tiennent à sa restauration. De l’autre, leurs adversaires s’y refusent. Aussi, la position de l’exécutif de transition s’est durcie au point de lui coûter la caution du vice-président et Prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei. Mais, rien ne garantit le résultat recherché par le pouvoir, à savoir l’écrasement des Frères musulmans. D’un autre côté, la radicalisation de ces derniers leur aliénerait une partie de leurs clientèles. La polarisation de cette situation rend donc incontournable la mission de trouver rapidement une sortie de crise. Devant les contraintes de la marge de manœuvre américaine, Riyad se trouve en meilleure posture pour amener son client Sissi à plus de modération. Mais, à quel prix?

16 août 2013



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