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L’aile militaire du Hezbollah libanais sur la liste européenne des organisations terroristes

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

De guerre lasse, l’Union européenne a fini par céder aux pressions américaines et israéliennes. Mais, à moitié seulement. Elle a décidé à l’unanimité de placer le bras armé du Hezbollah libanais sur la liste des organisations terroristes. Mais, mettre en application cette décision ne sera pas chose aisée.

Le Hezbollah libanais n’est pas un parti comme un autre. C’est à la fois une formation politique et une milice. Il dispose de députés au parlement et lui arrive de siéger au gouvernement. Son bras armé est largement mieux loti que l’armée nationale. Une situation qui est due non seulement au soutien de l’Iran et de la Syrie au parti de Dieu, mais également à l’inconséquence de Washington vis-à-vis de Beyrouth. Depuis son apparition en 1982 sur la scène libanaise, à l'initiative des Gardiens de la Révolution iraniens, dans la foulée de l'invasion israélienne, il n’a cessé de se densifier et de se professionnaliser. En 2000, ses redoutables combattants ont fini par contraindre l’armée israélienne à évacuer la quasi-totalité des territoires qu’elle occupait dans le sud du pays. Rehaussant son image et son influence non seulement au Liban, mais également dans le reste du monde arabe. L’échec militaire israélien de 2006 l’a renforcé encore davantage. Donnant du fil à retordre aux États-Unis.

L’aile militaire du Hezbollah non grata en Europe

Réunis, ce lundi 22 juillet à Bruxelles, les ministres des affaires étrangères des vingt-huit États membres de l’Union européenne ont à l’unanimité décidé d’inscrire l’aile militaire du Hezbollah libanais sur la liste européenne des organisations terroristes.

Cette décision implique trois mesures. D’abord, le gel dans les banques européennes des avoirs de cette branche du parti de Dieu. Ensuite, interdire à ses personnalités le territoire européen. Enfin, interdire tout transfert privé d’argent en sa faveur en provenance des pays de l’UE. Mais, comme l'Europe est loin d'être une zone significative au niveau de la collecte des fonds du parti chiite, l'importance de cette décision est d'avantage symbolique.

Prendre cette décision à l’unanimité n’a pas été chose aisée. L’UE était divisée en deux camps. La Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France s’évertuaient depuis le mois de mai dernier à tenter de convaincre les autres partenaires de l’Union de prendre cette décision. Pour faire céder les dernières résistances, Londres avait déployé tout son charme british et mis à contribution ses services de renseignement. L’enjeu était de taille: convaincre les hésitants, dont l’Irlande, l’Autriche et Malte, de l’implication des miliciens chiites dans deux attentats. Le premier est survenu sur l’île de Chypre. Le second, le 18 juillet 2012, en Bulgarie (aéroport de Bourgas) et a fait sept victimes: cinq touristes israéliens, un chauffeur d’autobus bulgare et l’auteur présumé de l’attentat.

L’implication directe de la branche armée du parti de Dieu dans le conflit en Syrie aux côtés d’un régime Assad aux prises avec une révolution populaire, son rôle dans le dispositif régional et international de la République islamique de l’Iran, entre autres, dans le monde arabe, en Afrique de l’Ouest et en Amérique du Sud, et son opposition aux politiques moyen-orientales des États-Unis et d’Israël étaient, semble-t-il, à l’esprit des capitales européennes au moment de la décision fatidique.

C’est donc chose faite maintenant. Mais, cela demeure timide comparé à des pays comme les Pays-Bas (depuis 2004), les États-Unis, l’Australie ou le Canada qui ont inscrit le Hezbollah, et non seulement sa branche militaire, sur leur liste des organisations terroristes. Mais, la ''timidité'' européenne n’a pas empêché les deux premiers concernés par les activités de ce parti-milice, à savoir les États-Unis et Israël, d’applaudir le geste.

Comme il fallait s’y attendre, le premier concerné par la décision européenne, à savoir le Hezbollah, a rapidement dénoncé une initiative qualifiée par lui d’''agressive'' et d’''injuste'' et y a vu la conséquence de pressions israélo-américaines. Il a également menacé l’UE de ''pertes et de déceptions''. Sans forme de précision. Le parrain iranien n’était pas en reste. Il a lui aussi dénoncé la décision européenne, mais sans aller aussi loin que son protégé.

''Poursuivre le dialogue'' avec toutes les parties libanaises

En attendant que cette décision devienne une politique étrangère, Bruxelles a tenté de rassurer à la fois des Européens désormais inquiets pour la sécurité des casques bleus stationnés au pays du Cèdre et des Libanais, le président Michel Sleimane en tête, craignant pour la stabilité d’un pays divisé entre pro et anti-Assad, à l’équilibre communautaire fragile et qui se trouve déjà et un peu plus chaque jour sur la pente glissante de la guerre dans la Syrie voisine.

Pour calmer l’inquiétude des uns et des autres, l’UE a promis le maintien à la fois des canaux de dialogue avec tous les acteurs libanais, y compris le parti de Hassan Nasrallah, et l’aide humanitaire à l’ensemble du pays, et donc également à sa partie méridionale, un fief du parti de Dieu.

Ce qui, à partir de la perception des milieux  idéologiques à Washington, peut avoir l’air d’une tentative européenne de ménager la chèvre et le chou, est en fait une politique assez réaliste. En gardant ouverts les canaux officiels de communication avec l’appareil politique du Hezbollah, l’UE cherche à modérer ses ardeurs et surtout à éviter de le pousser dans ses derniers retranchements. Le risque probable dans ce cas de figure est de voir les intérêts européens menacés non seulement au Liban, mais également dans la région.

***

Mettre à exécution la décision européenne ne sera pas chose aisée. Il suffit d’analyser la constitution du Hezbollah et l’imbrication de ses différentes structures pour s’en rendre compte et s’attendre à voir même des dirigeants de l’appareil politique, Hassan Nasrallah en tête, touchés par elle. Comme le jeu politique est un jeu à somme nulle, les adversaires libanais du parti de Dieu (forts de l’appui de leurs alliés saoudiens, américains et européens) tenteront à coup sûr d’instrumentaliser la décision européenne pour essayer de mettre cet allié des Chrétiens de Michel Aoun sur la défensive et de lui arracher des concessions politiques, faute de pouvoir l’affaiblir pour le moment. Mais, ce dernier acceptera-t-il vraiment de se laisser faire sans combattre? Rien n’est moins sûr pour une formation qui a montré jusqu'où elle était prête à aller notamment sur le terrain glissant syrien et combien elle n'hésitait pas à jouer à fond la carte confessionnelle pour justifier sa participation à la guerre en Syrie et se maintenir à domicile comme la principale voix politique des Chiites. À la lumière de ce contexte politique instable, les conditions de formation du prochain gouvernement libanais se révéleront cruciales pour apporter les premiers éléments de réponse à cette question.

23 juillet 2013



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