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Nouveau gouvernement conservateur en ordre de bataille électorale

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

À mi-mandat, le Premier ministre Harper a déjà l'oeil rivé sur les prochaines élections générales de 2015. C'est dans ce cadre que son nouveau remaniement ministériel prend tout son sens. La composition de ce nouveau gouvernement et la communication entourant son annonce ne sont pas fruit du hasard. C'est un message destiné, entre autres, à court-circuiter les partis de l'opposition et à mobiliser la base conservatrice.

Rien ne semblait égratigner l’image du Premier ministre canadien ou entamer son crédit. Mais, l’affaire Wright-Duffy, les révélations sur le compte de dépenses gonflé de sénateurs conservateurs et de contestations internes au caucus de son parti l’ont mis dans une situation très difficile. L’arrivée à la tête du Parti libéral du Canada (PLC) de Justin Trudeau et la chute de la cote de popularité de son parti, dans les sondages d’opinion, sous la barre des 30% ont compliqué la donne pour lui. Il fallait donc pour Stephen Harper d’agir et vite pour tenter de renverser la vapeur.

Un gouvernement bien garni en vue de la prochaine bataille électorale

Pour donner un souffle nouveau à son gouvernement, Stephen Harper l’a, le 15 juillet, remanié. Avec l’œil rivé sur les prochaines élections générales de 2015. Un exercice qui devait prendre en considération une série de facteurs pour éviter de froisser les susceptibilités de plusieurs clientèles au sein et à l’extérieur du parti gouvernemental.

Au sein de ce cabinet cohabitent des poids lourds du gouvernement sortant et de nouveaux parvenus. D’ailleurs, le retrait annoncé depuis plusieurs semaines de la vie politique de six ministres (dont Vic Toews de la Sécurité publique) ou le retrait d’autres en arrière-ban ont rendu plus aisée la promotion de plusieurs de ces nouveaux joueurs.

Pour les besoins de stabilité, Stephen Harper a gardé à leurs postes respectifs Jim Flaherty, M. déficit zéro et ministre des Finances, John Baird (Affaires étrangères) et Joe Oliver (Ressources naturelles), et a déplacé plusieurs autres poids lourds de son cabinet sortant: Jason Kenney (Emploi et Développement social), Peter MacKay (Justice et Procureur général du Canada), Tony Clemen (Conseil du trésor), James Moore (Industrie) et Rona Ambrose (Santé).

Malgré la faiblesse de la base électorale du Parti conservateur du Canada (PCC) au Québec, quatre des cinq députés québécois ont obtenu un maroquin: Christian Paradis (Développement international et Francophonie), Denis Lebel (Infrastructure et Collectivités, Affaires intergouvernementales), Steven Blaney (Sécurité publique) et Maxime Bernier (ministre d'État aux petites entreprises, au tourisme et à l’agriculture). Si M. Lebel devient à la place de son collègue Paradis le lieutenant politique de Stephen Harper au Québec, le député libertaire de la Beauce n’a pas obtenu de véritable promotion. Un signe peut-être qu’il n’a pas encore su ou réussi à tourner la page de son passage controversé à la Défense.

Huit nouveaux députés ont également rejoint le gouvernement, dont la moitié sont des femmes de l’Ouest du pays: l'ancien diplomate Chris Alexander (Immigration et Citoyenneté), les ministres d'État Kevin Sorensen (Finances), Greg Rickford (Sciences et Technologie), Bal Gosal (Sports), la Manitobaine Candice Bergen (Développement social), l’Albertaine Michelle Rempel (Diversification de l'économie de l'Ouest) et Alice Wong (Aînés), et la ministre franco-manitobaine Shelly Glover (Patrimoine canadien et Langues officielles).

Le nombre des femmes dans ce gouvernement est donc passé de dix à douze. Ce qui représente un record dans l’histoire du pays. Sans oublier l’importance de plusieurs ministères détenus par elles, dont Travaux publics et services gouvernementaux (Diane Finley), Transports (Lisa Raitt), Travail et Condition féminine (Kellie Leitch), Pêches et Océans (Gail Shea) et Environnement (Leona Aglukkaq).

Plusieurs observateurs ont vu dans la désignation de Pierre Poilievre comme ministre d'État pour la réforme démocratique la marque de récompense pour défense indéfectible des politiques gouvernementales. Mais, n’est-ce pas le rôle d’un député de défendre les choix du gouvernement de son parti?

Comme il est de coutume dans chaque remaniement ministériel, certains joueurs ont donc perdu des plumes, d’autres ont connu une ascension importante, du moins ont fait leur entrée dans le cénacle gouvernemental.

Ce jeu réglé comme une boîte à musique est le premier acte des prochaines élections générales en octobre 2015. D’abord, on a installé l’équipe qui sera en ordre de bataille dans un peu plus d’un an. Ensuite, viendra le tour du discours de Trône et enfin celui du congrès national du PCC en octobre prochain à Calgary.

La composition de ce nouveau gouvernement et la campagne de communication entourant son annonce ne sont pas dus au hasard. Le rajeunissement et la féminisation de son profil sont un message subliminal adressé à des groupes traditionnellement peu séduits par le discours conservateur. D’ailleurs, l’utilisation par le bureau du Premier ministre de twitter pour annoncer des nominations ministérielles la veille du jour de la cérémonie obéit à cette même volonté conservatrice de rejoindre les jeunes et les séduire en vue des prochaines élections générales.

Comme il fallait s’y attendre, les trois partis de l’opposition ont minimisé l’importance du nouveau remaniement conservateur. Mais, c’est de bonne guerre…

***

Stephen Harper est au pouvoir depuis plus de sept ans. Une période au cours de laquelle il a fait passer son gouvernement de minoritaire à majoritaire. Si plusieurs de ses politiques publiques avaient mécontenté la base électorale traditionnelle de ses adversaires, plusieurs de ses décisions n'ont pas plu non plus à sa propre base, notamment dans l’Ouest. À coup sûr, le nombre important de portefeuilles de son nouveau gouvernement (trente-huit) ne plaira pas au courant libertaire partisan du plus petit État possible qui se recrute au sein de sa propre base dans l’Ouest du pays. Sans oublier ses adversaires politiques qui l’attendent de pied ferme, au tournant.

20 juillet 2013



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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