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Malala Yousufzai à la tribune des Nations unies

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Contrôler la moitié du ciel, c’est contrôler toute la société. La prendre en otage. Empêcher les femmes de s’instruire, c’est la double garantie de les tenir en laisse et de contrarier le changement social et l’égalité entre les sexes. Gare alors à tout agent social dont l’initiative va dans le sens contraire. Le prix à payer pourrait se révéler très élevé.

Malala Yousufzai (16 ans) est une adolescente pakistanaise. Le 9 octobre 2012, les talibans pakistanais (TTP), alliés du réseau terroriste international Al-Qaïda, avaient tenté de l’assassiner alors qu’elle se trouvait à bord d’un bus scolaire qui les transportait, elle et ses camarades, vers leurs domiciles dans la vallée de Swat, dans les zones tribales pakistanaises. Son crime abject? Avoir tenu un blog (hébergé par le site de la BBC) dans lequel elle faisait la promotion de l'éducation des filles. Une cause que ne sauraient tolérer des talibans pakistanais violemment opposés à toute initiative de scolarisation des filles et donc d’émancipation des femmes. Cet acte terroriste a suscité une large vague d’indignation dans son pays et à l’étranger. Mettant le TTP sur la défensive. À l'hôpital britannique de Birmingham, elle a subi avec succès une opération à la tête. Elle l’a quitté en mois de février. Au lieu de l’intimider, les talibans en ont fait un symbole du droit à l'éducation des filles non seulement au Pakistan, mais également dans le monde.

Vibrant appel à l’éducation de tous les enfants dans le monde

Le 12 juillet, soit le jour de son 16e printemps, Malala Yousufzai s’est adressé à l’Assemble jeunesse de l’ONU. Elle a plaidé en faveur de la scolarisation de tous les enfants dans le monde. Selon les estimations de l’ONU, plus de 57 millions d’enfants dans le monde, dont la plupart sont de petites filles, n’ont aucun accès à l’école. Le Pakistan à lui seul compte plus de cinq millions de ces enfants. C’est dire l’importance de l’enjeu de son discours. Dans l’assistance, il y avait, entre autres, des centaines de jeunes venus de plus de 80 pays, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et Gordon Brown, son représentant spécial pour l'éducation et ancien premier ministre britannique.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La jeune adolescente est d’abord revenue sur ce qui lui était arrivé cette journée fatidique du 9 octobre 2012 et en a tiré des enseignements de vie.

''Le 9 octobre 2012, les talibans m'ont tiré dessus, me touchant sur le côté gauche du front. Ils ont cru que les balles allaient nous réduire au silence, mais ils ont raté leur coup. Ce silence a donné naissance à des milliers de voix''. Et d’avertir: ''Les terroristes ont cru qu'ils allaient pouvoir changer mes buts et stopper mes ambitions. Mais, rien n'a changé dans ma vie, à l'exception de ceci: la faiblesse, la peur et le désespoir sont morts, pour donner naissance à de la force, de la bravoure, du courage.'' Malala est donc restée la même, égale à elle-même: ''Mes ambitions'', ''mes espoirs'', ''mes rêves'' demeurent donc ''les mêmes''! La tentative d’assassinat de la jeune adolescente a donc non seulement échoué à la faire changer de cap, mais en plus l’a ''rendue plus forte encore,'' de ses propres dires.

Elle a également pris la peine de préciser qu’elle ''ne détestait pas'' le taliban qui avait tenté de l’assassiner. Elle a inscrit cette attitude de pardon dans le sillage de l’enseignement des prophètes Mohamed et Jésus-Christ et de Bouddha, et sa démarche de compassion et de non-violence dans l’héritage de personnalités comme Mahatma Gandhi, Nelson Mandela, Martin Luther King, Mohammed Ali Jinnah, Bacha Khan ou encore mère Theresa.

Pour elle, si les extrémistes s’en prennent aux écoles, à leur personnel enseignant et aux petites filles qui s’y rendent, c’est en raison de leur "peur des livres et des stylos. Le pouvoir de l’éducation les effraie". Et d’ajouter qu’ils ont "peur des femmes (…), du changement et de l’égalité (entre les hommes et les femmes, ndlr)" que les femmes instruites apporteront à la société. Et de pointer le décalage entre leur idéologie et l’islam et le tort qu’ils infligent à cette religion: "les extrémistes font un mauvais usage de l'islam (…) pour leur gain personnel" alors que l'islam "est une religion de paix et de fraternité".

Malala Yousufzai a ensuite enchaîné en lançant un vibrant appel à l'éducation pour tous: "Je suis ici pour défendre le droit à l'éducation pour tous les enfants (partout dans le monde, ndlr)", y compris pour "les fils et filles des taliban et de tous les terroristes et extrémistes", a-t-elle précisé.

Elle a appelé "les dirigeants mondiaux à changer de stratégie politique, pour promouvoir la paix et la prospérité", "lutter contre le terrorisme et la violence", "protéger les droits des femmes et des enfants" et "assurer une éducation libre et obligatoire à chaque enfant dans le monde".

Elle a demandé aux pays développés de soutenir "les mesures visant à renforcer l’accès des filles au système d’éducation dans les pays en voie de développement".

Elle a demandé aux 193 États membres des Nations unies de "s'engager à financer écoles, enseignants et livres" et à mettre fin à l'exploitation des enfants, "afin de tenir d'ici à 2015 la promesse d'envoyer chaque garçon et chaque fille à l'école".

Un premier jalon de la campagne internationale d’éducation des enfants

Malala Yousafzai a saisi cette occasion pour remettre au secrétaire général des Nations unies une pétition intitulée "Stand with Malala: End the Education Emergency" (Soutenez Malala: mettez un terme à l’état catastrophique en éducation des enfants) (1). Une initiative forte alors de l’appui de plus de 300 000 signataires (ils sont ce lundi 15 juillet 377 458 signataires). Ils réclament "le financement d’enseignants, d’écoles et de livres pour que chaque enfant ait accès à l’école en décembre 2015".

Elle devra retourner au siège de l’ONU en mois de septembre prochain pour s’adresser à l’ensemble des dirigeants du monde à l’occasion du sommet sur l’éducation qui se tiendra en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

***

Les dirigeants du réseau terroriste qui avaient pris la décision d’éliminer la jeune adolescente pakistanaise devraient, tout compte fait, regretter leur geste. À leur corps défendant, ils ont contribué à créer et à mettre en orbite une icône de la lutte non seulement des droits des petites filles (et des jeunes garçons) à aller à l’école, mais également de la cause de l’émancipation des femmes dans son pays et dans le reste du monde. En la voyant à l’enceinte des Nations unies discourir, on sent une force de caractère remarquable et une détermination sans faille. Plus important encore, on voit le déploiement d’une pensée claire et même d’une vision à la hauteur du monde et en phase avec le moment historique que vit l’humanité de nos jours. On sait d’ores et déjà que les extrémistes et les traditionnalistes dans son pays auront face à eux une redoutable adversaire politique car porteuse d’un agenda de changement culturel en profondeur d’une société pakistanaise profondément conservatrice et même réactionnaire quand il est question de question de femmes et de contrôle de leur destinée.

15 juillet 2013



1) La pétition est hébergée dans ce site: http://www.change.org/en-GB/petitions/stand-with-malala-end-the-education-emergency-3


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Il y a actuellement 1 réaction.

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Merci
par Driss le 17 juillet 2013

Merci Aziz et bonne continuité.

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