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Naima Abattouy: ''Il faut que la recherche scientifique soit au service du développement du pays''

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Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

Naima Abattouy est une docteure marocaine spécialiste en parasitologie. Elle est une des quinze femmes dans le monde récipiendaires du prestigieux Prix L’Oréal-UNESCO ''Women in Science'' pour l’année 2013. Nous nous sommes entretenu avec elle à propos de l’engagement féminin en science, de ses défis et de son impact sur le développement. Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Tolerance.ca®.

Tolerance.ca: D’entrée de jeu, pouvez-vous nous dire comment est né votre intérêt à la science?

Naima Abattouy: Quand j’étais enfant, j’étais très curieuse. Je voulais tout savoir. Je posais sans arrêt des questions à tout le monde. Depuis, cette passion de découverte ne m’a jamais quitté. Au secondaire, j’aimais beaucoup la science en général et la biologie en particulier. Mais, j’étais également bonne élève dans les matières littéraires. C’est pourquoi un de mes professeurs de langue et littérature arabes m’encourageait à choisir la filière ''littérature moderne''. Pour lui, j’avais ce qu’il faut pour devenir un jour écrivaine. Mais, au moment de choisir la filière d’études au lycée, mon frère aîné m’a vivement encouragé à choisir la filière biologie. Ce que j’ai fait. Si au début, j’hésitais, l’idée d’étudier la biologie animale, le corps humain et ses disfonctionnements, la médecine et la biomédecine, me fascinait. De plus en plus! Je dois avouer que j’aurais aimé faire carrière en médecine. Faute d’y avoir arrivé, pour plusieurs raisons, j’ai trouvé quand même une grande satisfaction dans l’étude des sciences de la vie. Je ne l’ai jamais regretté.

Tolerance.ca: Comment Naima est devenu docteure Abattouy? Autrement dit: quelles sont les principales étapes qui ont structurées votre parcours jusqu'à l'obtention de votre doctorat?

Naima Abattouy: Après avoir obtenu mon baccalauréat, je me suis inscrite à la Faculté des sciences de l’Université Abdelmalik Essaadi à Tétouan. J’ai d’abord obtenu une licencie en biologie (spécialité immunologie). Puis, une maîtrise en biotechnologie, alimentation et santé (BAS). Juste après, je me suis inscrite en première année de thèse dans la même faculté. Puis, une occasion intéressante s’est présentée. L’Agence espagnole de coopération internationale (AECI) finançait un projet de recherche de coopération internationale entre le Maroc et l’Espagne à la Faculté de Pharmacie de l’Université de Grenade. C’est dans ce cadre que j’ai voyagé pour la première fois en Espagne. Une fois au département de parasitologie de l’Université de Grenade, je me suis inscrite au programme de doctorat européen en collaboration avec la Faculté de Pharmacie de l’Université de Strasbourg. Cette double affiliation était nécessaire pour obtenir le prestigieux label de ''Doctorat Européen''. Mon sujet de recherche a porté sur une maladie parasitaire induite suite à la consommation de poisson parasité et les complications provoquées par ce parasite chez l’homme. Le 27 janvier 2012, j’ai soutenu ma thèse à l’Université de Grenade.

Tolerance.ca: Vous êtes récipiendaire du prestigieux Prix L'Oréal-UNESCO ''Women in Science'' pour l'année 2013. Que représente cette distinction pour vous? Et pour votre carrière scientifique?

Naima Abattouy: Être une des quinze lauréates internationales de ce prestigieux Prix est pour moi à la fois une source de fierté, de motivation et d’inspiration. Un motif de fierté car je représente mon pays à l’échelle mondiale.

Bénéficier durant deux ans du soutien du programme ''L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science'' représente également une mise en valeur de ma recherche et une reconnaissance internationale de mon parcours scientifique et de l’intérêt suscité par mon sujet chez la communauté scientifique aujourd’hui.

C’est aussi un encouragement sans faille pour ma carrière scientifique postdoctorale et une invite à continuer sur la voie de la recherche, ce qui n’est pas toujours chose aisée.

La semaine FWIS passée fin mars à Paris, dans ce cadre, en compagnie, entre autres, des quatorze autres boursières internationales et des cinq lauréates était agréable, émouvante et fort enrichissante à tous points de vue.

La bourse internationale reçue à cette occasion va me permettre de mener à bien ma recherche dans mon pays sur une maladie parasitaire qui touche aussi bien l’homme que l’animal. La leishmaniose est une maladie cutanée devenue un sérieux problème  de santé publique au Maroc puisqu’elle touche déjà les 5000 cas dans plusieurs régions rurales du pays. Une fois ma recherche menée à terme, les résultats pourront contribuer à mettre un terme à la souffrance d’une partie de la population marocaine. Et même dans d’autres parties du monde touchées par cette terrible maladie.

J’ai confiance que les autorités médicales et administratives dans la province de Settat, dont dépendent les trois sites que je vais étudier, vont me faciliter la tâche durant mon séjour sur place.

En parallèle avec ma recherche, je suis à la recherche d’un poste de professeur universitaire au Maroc. Je suis ouverte à l’idée de collaborer à des projets de recherche dans mon pays. D’ailleurs, j’ai toujours intégré mon pays dans mes travaux, même si je vis et travaille à Grenade, en Espagne.

Tolerance.ca: Comme vous êtes une femme issue d’une société conservatrice, on peut imaginer que cela n’a pas été facile pour vous pour être là où vous êtes aujourd’hui. Autrement dit: avez-vous rencontré des obstacles sur votre cheminement scientifique? Si oui, pouvez-vous nous dire comment vous avez fait pour en venir à bout?

Naima Abattouy: Mon premier défi était de convaincre ma famille et surtout mon père de m’autoriser à quitter le foyer familial et voyager seule en Espagne. Connaissant mon amour pour la science, mon sens moral élevé et ma droiture, mon père a fini par accepter que je quitte mon pays pour pouvoir réaliser mon rêve doctoral. Il n’a cessé de m’appuyer et de me soutenir durant tout mon parcours universitaire. Chaque fois que j’avais besoin de son aide, il était présent! Il se dépensait sans compter! D’une certaine façon, je suis très chanceuse d’avoir la famille que j’ai.

En Espagne, j’ai eu aussi la chance de tomber sur une directrice de thèse alliant compétences scientifiques et empathie. Une professeure qui m’a beaucoup apporté à différents points de vue. Je lui en serai toujours reconnaissante. Cela dit, ma maîtrise de la langue espagnole a contribué à mon intégration rapide dans mon département de parasitologie et au sein de l’équipe scientifique de la Faculté de pharmacie.

Tolerance.ca: Que devrait, selon vous, faire le Maroc pour encourager la recherche scientifique?

Naima Abattouy: Il faut que la recherche scientifique soit au service du développement du pays. Que les thèses et les travaux de recherche réalisés dans les facultés s’appliquent dans différents secteurs: agronomie, médecine, industrie, etc.

Il faut également donner une attention particulière à la formation du chercheur et par la suite à l’application des résultats de sa recherche. La recherche scientifique sera rentable si les résultats obtenus sont mis à la disposition des sociétés privées et publiques.

L’absence de structures institutionnelles de financement du travail de recherche scientifique est un obstacle supplémentaire pour l’avancement des projets scientifiques au Maroc.

Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Tolerance.ca ®.

8 juillet 2013



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