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Nouvelle maladresse de Justin Trudeau

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La politique traditionnelle ressemble d’avantage à un jeu à somme nulle qu’à autre chose. C’est pourquoi plusieurs politiciens estiment que tous les coups ou presque sont bons pour mettre à terre l’adversaire. Du moins, le mettre en difficulté. Avec le risque d’alimenter le cynisme au sein de la population.

Justin Pierre James Trudeau (1971-) déstabilise les stratèges conservateurs. Il s’est révélé moins vulnérable que ses deux derniers prédécesseurs à la tête du Parti libéral du Canada (PLC). D’ailleurs, les publicités conservatrices négatives qui cherchaient à définir le nouveau chef des libéraux fédéraux comme personnalité incompétente n’ont pas fonctionné comme prévu.

Se faire payer grassement pas des organismes à but non lucratif

Justin Trudeau est élu une première fois comme député libéral fédéral en 2008. Deux ans après sa réélection en 2011, il devient nouveau chef du PLC. Suscitant l’enthousiasme de la base d’un parti sorti affaibli de l’affaire du ''scandale des commandites'' lors de la campagne référendaire de 1995. Son arrivée à la tête du PLC a suscité railleries conservatrices et questionnements néodémocrates sur ses compétences et sa faculté de bon jugement. Mais, ces adversaires ont-ils eu tort à ce chapitre?

Depuis qu’il est devenu membre de la Chambre des Communes, le représentant de Papineau a fait plusieurs déclarations et gestes controversés. Le dernier en date concerne l’affaire d’œuvres de charité.

Dans le cadre de leur campagne de levée de fonds, dix-sept groupes à but non lucratif avaient cru que la participation du fils de l’ancien Premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, pouvait leur être fort rentable. En échange de conférences, le député de Papineau se faisait rémunérer à fort tarif. À titre d’exemple, la Grace Fondation lui a donné en juin 2012 la coquette somme de          20 000 dollars. Mais, la vente des billets était décevante. Elle n’a pas permis de récolter les 300 000 dollars escomptés. Faisant donc perdre de l’argent à l’œuvre de charité new-brunswickoise.

Au lieu de la rembourser, le député s’est dans un premier temps retranché, durant plusieurs mois, derrière l’argument déontologique qui veut qu’il n’a rien à se reprocher dans cette affaire puisque tous ses discours avaient reçu l’aval de la ''Commission aux conflits d’intérêts et à l’éthique'' du Parlement. Apportant à son corps défendant de l’eau au moulin de ses adversaires conservateurs et néodémocrates qui s’en sont pris à lui à cœur joie.

Devant le tollé suscité au pays par son refus de rembourser la Grace Foundation, le chef du PLC s’est finalement rendu à l’évidence. Le 16 juin, il a promis de ''régler la situation''. D’où son engagement à l’antenne de l’émission ''Question Period'' à CTV à discuter avec les organismes à but non lucratif concernés pour trouver avec eux la solution la plus appropriée pour chacun d’eux. Il pourra donc soit les rembourser, à même ses deniers personnels, soit trouver une façon alternative de les dédommager.

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D’un point de vue politique, M. Trudeau a tout intérêt à trouver un terrain d’entente satisfaisant avec les dix-sept organismes concernés. Le plus tôt sera le mieux, non seulement pour lui, mais également pour son parti. Autrement, ses adversaires s’en donneront à cœur joie et ne le rateront pas. Cela dit, son geste de percevoir des indemnités à titre de conférencier auprès de ce type d’œuvre est en soi controversé. Cela pose une question d’éthique: comment se fait-il qu'un député largement rémunéré par les contribuables s'est-il cru en droit de se faire payer auprès d’organismes caritatifs ou de groupes à but non lucratif qui eux peinent à trouver du financement pour garder leur œuvre de charité à flot? Mais, au lieu de jeter la pierre au seul député de Papineau, tous les partis politiques (y compris le PLC) de la Chambre des Communes et du Sénat seraient mieux inspirés de faire passer un audit à tous leurs membres pour corriger le tir s'il y a lieu de le faire à ce chapitre. Il en va de leur crédibilité et de l'image de la démocratie canadienne. Autrement, le cynisme continuera de grandir au sein de la population.

24 juin 2013



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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