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Suisse: Rasha Alzrir, une Syrienne demandeuse d’asile menacée d’expulsion

par
Rédacteur en chef, Tolerance.ca, membre de Tolerance.ca®

La chute des régimes autoritaires en Tunisie et en Égypte a montré la voie aux Syriens. Contrairement à ses deux homologues autocrates déchus, Bachar Al Assad a choisi de ne pas céder. Quitte à brûler toute la Syrie!

Une guerre contre les civils fait rage en Syrie depuis près de deux ans. Pour écraser son opposition, le régime Assad n’a hésité devant aucun moyen. Même des monuments historiques n’ont pas eu l’air de trouver grâce à ses yeux… C’est dire la détermination de Bachar Al Assad à rester à la tête de l’État coûte que coûte et peu importe ce que cela pourrait coûter à la fabrique sociale de son pays. En plus de 70 000 morts, plus d’un million de Syriens se sont déjà exilés dans les pays de la région ou se sont envolés vers des contrées lointaines.

Rasha Alzrir, une requérante du droit d’asile à la Suisse

Rasha Alzrir est âgée de 26 ans. Cette jeune femme syrienne travaillait dans le secteur bancaire à Damas. Comme cela arrive souvent à nombre de cadres de classe moyenne dans des pays plongés dans des conflits armés, Rasha Alzrir s’était créée une bulle dans laquelle elle se croyait protégée des affres de la guerre contre les civils dans son pays. Mais, le voile s’est déchiré. Le conflit l'a rattrapé. À son corps défendant. Ses ''boucliers'', soit son appartement et sa voiture, ont été touchés. Là, elle a dû se rendre à l’évidence et reconnaître qu’elle non plus n’est pas en sécurité dans son propre pays. Ébranlée et craignant sérieusement pour sa vie et donc pour sa sécurité personnelle, elle a dû se résoudre à quitter la Syrie. La mort dans l’âme!

Son périple en catastrophe l’a finalement mené en Suisse.

Aussitôt arrivée, elle s’est présentée dans un poste de police et a déclaré vouloir faire une demande d’asile politique. Sa demande étant déboutée, elle a été placée en centre de détention à Martigny (Valais), en attendant le 12 mars, date prévue pour son expulsion vers l’Italie, soit le premier pays d’accueil pour elle de l’espace Schengen (Accords de Dublin).

Plusieurs citoyens suisses n’ont pas apprécié le rejet par leurs autorités de sa demande d’asile et encore moins sa mise en détention depuis 18 jours déjà dans un centre fermé. Elle qui n’avait commis aucun crime.

Sous l’impulsion de Charly Pache, co-vice-président du Parti pirate suisse, un «Comité de soutien ''Rasha Alzrir''» s’est mis en place pour que le gouvernement revienne sur une décision de renvoi administratif jugée ''incompréhensible'' et lui accorde le statut de réfugié politique. S’y retrouvent de simples citoyens, des journalistes, des universitaires, des écrivains, des artistes, des réalisateurs à côté de personnalités politiques de différents horizons. On compte parmi ces derniers des noms comme les conseillers nationaux Luc Barthassat (PDC GE), Carlo Sommaruga (PS Genève) et Christian Van Singer (Verts VD), François Meylan (secrétaire général du PDC-VD), Romain De Sainte Marie (président du parti socialiste, section Genève), Béatrice Hirsch (présidente du PDC, section Genève), Laurent Seydoux (président des Vert libéraux, section Genève), les vice-présidents Arnaud Durand (JDC, Vaud), Sue Putallaz, (Vert libéraux, section Genève), Sonia Zöllner (Parti Pirate Fribourg) et son camarade Charly Pache (Parti Pirate Suisse, FR), Alexander Eniline (secrétaire cantonal du Parti du Travail, GE), Jean-Christophe Schwaab (conseiller national, PS-VD), la députée Anne Emery-Torracinta (Genève) et les conseillers municipaux Pascal Holenweg (ville de Genève, PS) et Delphine Perrella Gabus (Versoix, GE) (voir la liste complète des membres de ce comité sur sa page Facebook).

Pour mobiliser l’opinion publique en faveur de Rasha Alzrir, ce comité de soutien s’est, entre autres, servi des nouveaux médias et des réseaux sociaux. Il a par exemple créé une page Facebook, ''Didier Burkhalter has to free Rasha now'', et lancé une pétition Avaaz du même nom. Une campagne qui a récolté plusieurs centaines de signatures. Le choix de Didier Burkhalter n’est pas dû au hasard. Comme le rappelle le texte accompagnant cette pétition, ce membre du gouvernement suisse s’était adressé récemment à la Commission des droits de l’Homme de l’ONU (à Genève) relativement aux violations systématiques des droits humains en Syrie et les avait condamnées. Il avait également affirmé que «la persistance des violences a des conséquences désastreuses pour les habitants du pays». Il devait donc en principe se montrer réceptif aux conséquences catastrophiques du conflit qui fait rage dans ce pays, devait-on estimer de bonne foi au sein du comité.

Comme l’a expliqué M. Pache à Tolerance.ca, lors d’un échange en messagerie privée (MP) sur Facebook, en guise de moyens de pression, le comité avait, entre autres, adressé une lettre ouverte à ce conseiller fédéral, publié différents communiqués et un de ses membres éminents, le conseiller national démocrate-chrétien Barthassat (PDC GE), s'est chargé de porter sa parole auprès du ministre. D’ailleurs, il est prévu que ce membre du comité de soutien reçoive, en séance parlementaire ce lundi 11 mars, la réponse du Conseil fédéral (gouvernement) à sa question relative à cette affaire.

Si les membres du comité de soutien ont appelé le gouvernement à revenir sur sa décision de renvoi, c’est d’abord au nom de ce qu’ils appellent l’impératif moral de cohérence entre les obligations internationales du gouvernement suisse de protéger une demandeuse d’asile et sa politique dans le dossier de Rasha Alzrir. Ils ont également rappelé au gouvernement la récente décision de l’Allemagne de ne pas expulser les demandeurs d’asile vers une Italie dépourvue de politique d'asile et où les conditions de leur accueil sont loin de répondre aux conditions minimalement requises à ce propos. À ce motif humanitaire, ils ont ajouté celui légal puisque la jeune femme est arrivée en Suisse par l’Allemagne et non l’Italie et ne devrait donc pas y être expulsée, le cas échéant.

Risques de renvoi de Rasha Alzrir

Le large éventail politique du «Comité de soutien ''Rasha Alzrir''» montre que cette histoire humaine a bouleversé nombre de citoyens suisses. La diversité politique des sympathisants de la cause de cette jeune femme syrienne montre leur attachement à une certaine idée de la Suisse. Un pays exemplaire quand il est question de défense des droits humains.

Si des provisions des Accords de Dublin pourraient permettre, en toute légalité, de la renvoyer vers l’Italie, Berne pourrait en revanche se prévaloir de sa prérogative souveraine et surseoir à cette décision de renvoi administratif. Autrement, une fois de l’autre côté des Alpes, le risque est de voir un pays submergé par des flux de migrants clandestins la renvoyer dans son pays, sous prétexte qu’elle n’a pas le droit de demeurer en Europe.

Maintenant que l’histoire de cette femme est devenue une affaire publique, aucune erreur d’appréciation ne saurait être de bon conseil pour le gouvernement suisse. Berne n’est pas sans savoir ce qui se passe dans le pays des Assad. Les rapports du département d'État américain et de différentes organisations locales et internationales de défense des droits humains ont documenté le large éventail de moyens de répression physique, morale, psychologique et même sexuelle mis à la disposition du régime en place pour faire taire toute voix qui oserait lui résister ou le dénoncer au pays ou à l'étranger. D'ailleurs, la publicité faite autour de la demande du statut de réfugié de la jeune femme syrienne en fait désormais une cible des redoutables moukhabarates (services secrets) de son pays. Et est donc sérieusement et plus que jamais fondée dans sa crainte pour sa sécurité physique et pour son intégrité psychologique et sexuelle si d’aventure on la renvoyait à Damas.

***

Le parcours de Rasha Alzrir est atypique. Son histoire ne peut laisser personne indifférent. La preuve: elle a traversé les clivages politiques de la société suisse et a également alimenté la chronique sur des nouveaux médias et des réseaux sociaux. En acceptant de régulariser son statut, la Suisse gagnerait un acteur économique qui ne demande qu’à contribuer à la prospérité du pays d’accueil et enverrait un message clair au peuple syrien quant à sa forte désapprobation de la politique du  régime autoritaire à Damas.

9 mars 2013



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La Chronique de Aziz Enhaili, rédacteur en chef de Tolerance.ca
par Aziz Enhaili

Aziz Enhaili est spécialiste du Moyen-Orient, de l’islam et de politique étrangère. Il est contributeur irrégulier au volet «voisinage» du groupe Europe2020. Il s’agit d’une unité européenne dédiée à la recherche dans le domaine de prospective internationale. Il  a contribué à trois... (Lire la suite)

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